‹ Napoléon et LarreyChapitre 276 sur 319 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

Ce jourd'hui 15 avril 1821, à Longwood, île de Sainte -Hélène. . . .

Ceci est mon testament ou acte de ma dernière volonté .

Je lègue . 15e idem : au chirur¬

gien en chef Larrey, cent mille francs.

C’est l’homme le plus vertueux que j’aie connu .

J’institue les comtes Montholon , Bertrand et Marchand mes exécuteurs testamentaires. Ce présent testament, tout écrit de ma propre main, est signé et scellé de mes armes.

Signé : Napoléon.

Pour extrait et copie conforme, soussignés.

certifié par nous, exécuteurs testamentaires Bertrand, Montholon, Marchand.

« Paris , ce 13 mars 1822. »

(Extrait original, appartenant à Mlle Juliette Dodu.)

l’homme le plus vertueux que j’aie connu. » Cet hommage, inscrit quelques jours avant sa mort, sur un acte solennel’ par le grand capitaine qui avait vu la France et l’Europe à ses pieds et était un grand connaisseur d’hommes, a été redit de génération en génération et ne périra probablement jamais.

Si on a pu reprocher à l’Empereur, et s’il a pu se reprocher à lui- même de ne pas avoir suffisamment rémunéré les services de Larrey, on peut dire qu’il a payé sa dette par cette seule ligne. Il n’est pas douteux qu’elle n’ait été écrite délibérément pour passer à la postérité. Napoléon parlait pour 1 histoire et connaissait le poids qu’aurait un jour le moindre de ses jugements; il savait que la postérité les enregistrerait, et il est certain qu aucun de ceux qui ont été recueillis à Sainte -Hélene n a été prononcé par lui sans préméditation. Déjà, dans plusieurs circonstances, il s’était plu à évoquer le nom de Larrey et à rappeler ses services. Peu de temps avant sa mort encore, dans une conversation avec Arnott, il avait vanté le chirurgien de sa garde, attribuant à son dévouement et à son zèle l’infériorité de la mortalité dans l’armée française, comparativement à l’armée anglaise. « Quel homme, avait-il dit, quel brave et digne homme que Larrey ! que de soins donnés par lui à l’armée d’Égypte, soit dans la traversée du désert, soit après Saint- Jean-d’Acre, soit en Europe ! J’ai conçu pour lui une estime qui ne s’est jamais démentie. Si l’armée élève une colonne à la reconnaissance, elle doit l’ériger à Larrey'. »

Mais cette conversation, qu’il sait cependant devoir être historiquement reproduite par Montholon ou Marchand, ne lui suffit pas, et dans son testament, où il est si sobre d’appréciations pour les personnes, il fait une seule exception pour Larrey et lui lègue le plus magnifique éloge que depuis Marc-Aurèle un médecin ait reçu d’un souverain1 2.

1 Marchand , Préface du Récit des guerres de César , p. 22.

2 On a souvent cité l’annotation concernant Marbot. Ce n’est pas une glorification comme celle qu il consacre à Larrey. C’est une invitation à continuer ses travaux pour la défense des armées françaises, etc. (Page 31.)

L unique mention personnelle en dehors de celle de Larrey est l’acte de flétrissure concernant Marmont, Augereau Lafayelte. (Page 6.)

Page 1