‹ Napoléon et LarreyChapitre 278 sur 319 · LARREY ET L’INSTITUT · texte numérisé non relu

LARREY ET L’INSTITUT

Larrey passa tout le temps de la Restauration à l’écart des honneurs et du monde, fidèle à ses grands souvenirs, vivant dans le milieu spécial des anciens serviteurs de l’Empire, mais honoré et respecté par tous les partis, travaillant beaucoup , se livrant à la clientèle pour augmenter le bienêtre de sa famille et assidu aux travaux de l’Académie de médecine, dont il avait été nommé membre au moment de sa fondation.

A la mort de Percy, survenue en 1825, Larrey, qui avait prononcé l’éloge funèbre de son ancien collègue, posa sa candidature au siège qu’il occupait à l’Académie des sciences. On se rappelle qu’après Eylau, pendant qu’il était, avec l’armée, au fond de la Pologne, son vieux maître Sabatier et Mme Larrey ayant voulu le faire nommer à la place laissée vacante à l’Institut par la mort de Lassus, — ce qui était facile avec l’appui de l’Empereur, — il refusa, par un remarquable trait de modestie et de déférence, de se porter en concurrence avec Percy, dont l’âge et les services lui paraissaient des titres supérieurs aux siens. Il était donc naturel que l’Académie lui restituât le fauteuil qu’il avait alors décliné. Mais les temps étaient changés, et l’influence gouvernementale, toute-puissante à l’Institut, allait faire écarter les vieux serviteurs de l’Empire. Quoique présenté en première ligne, Larrey ne fut pas nommé, et Dupuytren, déjà célèbre, chirurgien du roi et de la cour, lui fut préféré.

Les candidats, parmi lesquels étaient Des Genettes et Gloquet, prévoyaient, du reste, le sort de cette élection, car nous les voyons déclarer avant le scrutin que, leurs titres scientifiques étant les seuls qu’ils puissent faire valoir, ils croient devoir se retirer1. Heureusement l’Institut eut à

1 Le Globe, 7 avril 1825.

Les journaux scientifiques déclarèrent que Dupuytren devait sa nomination à

SOUS LA RESTAURATION

cœur de réparer l’injustice qu’il venait de commettre vis-àvis de Larrey, et il le nomma, un peu plus tard, à la place de son vieil ami Pelletan.

Au mois d’avril 1826, Larrey fit avec son fils un voyage en Angleterre. Les esprits s’étaient bien apaisés depuis les événements de 1815 et la mort de l’Empereur. Le nom de Napoléon n’excitait plus les colères de la nation qu’il avait mise à deux doigts de sa perte et qui s’était si cruellement vengée. Un grand revirement s’était même produit. Napoléon, mort, avait, maintenant qu’il n’était plus à craindre, ses admirateurs et ses partisans chez ce peuple dont la grandeur et les intérêts passent toujours avant l’humanité et l’équité, mais qui est cependant capable de redevenir juste quand sa gloire et sa fortune ne sont plus en jeu. La publication du docteur O’Meara *, qui retraçait les souffrances du prisonnier de Sainte -Hélène, l’avait presque rendu sympathique, et beaucoup d’Anglais reconnaissaient ouvertement et regrettaient les odieux traitements qui lui avaient été infligés. Hudson Lowe, le féroce et maladroit exécuteur des hautes œuvres de Bathurst et de Castlereagh, était devenu un des hommes les plus impopulaires de son pays. Il avait pu être impunément cravaché en pleine rue, à Londres, par le fils de Las Cases, l’auteur du Mémorial , et il avait été accueilli au club ofAr.ny and Navy avec une froideur méprisante.

Un intérêt passionné se portait sur les compagnons d’armes de Napoléon, et, maintenant que la lutte était terminée, que l’Angleterre était bien certaine d’avoir retrouvé sous le paisible règne des Bourbons sa prépondérance politique et militaire, on considérait d’un œil moins prévenu les hommes célèbres dont le nom avait retenti dans cent

l’autorité et non à son mérite. Nous devons cependant confesser que pour une fois l’autorité avait la main heureuse.

1 O’Meara, Napoléon en exil , 1823.

Ce livre fut lu avec une extrême avidité ; c’était le premier ouvrage faisant connaître d’une façon authentique les odieux procédés d'Hudson Lowe. Il avait déjà adressé à l’amirauté et publié en 1818 une lettre qui eut un immense retentissement, et dans laquelle il accusait en termes mesurés Hudson Lowe de lui avoir adressé des insinuations pour l’aider à mettre fin à la vie de l’Empereur.

Page 1