‹ Napoléon et LarreyChapitre 280 sur 319 · WALTER SCOTT, HISTORIEN DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

WALTER SCOTT, HISTORIEN DE NAPOLÉON

il avait été mêlé. Ce ne fut certainement pas la faute de celui-ci si l’ouvrage de Scott contient tant d’erreurs et de fausses et injustes appréciations à côté de passages d’un réel intérêt *. Mais l’auteur de Waverley, malgré le succès avec lequel il avait évoqué des personnages et des épisodes appartenant au domaine historique, malgré l’éclat de son style et la puissance de son esprit d’observation, ne possédait pas les dons de l’historien. Il lui manquait le plus important de tous : l’impartialité.

Déjà très porté à détester Napoléon en tant qu’ Anglais, par esprit national , la haine qu’il lui portait était accrue de toute celle que lui avait inspirée sa femme, — une Française royaliste, épousée sous la Terreur, — contre le régime révolutionnaire et l’homme qui, après avoir organisé et consolidé ce régime, avait pris la place de son roi. Il avait donc, en un mot, toutes les haines jalouses et vindicatives de l’insulaire unies aux passions de l’émigré. On comprend combien, malgré son génie, cet état d’espiit était peu propre à interpréter sainement les événements et à comprendre la grande figure qu’il s’était proposé d’étudier. Ajoutons cependant que cette tâche était loin d’être aisée, puisque nous ne sommes pas encore parvenus aujourd’hui, avec les nombreuses richesses documentaires dont nous disposons, à éclairer toutes les faces du génie compliqué que fut Napoléon.

La Révolution de 1830 trouva Larrey au nombre de ses partisans. Il avait souffert de la Restauration et pouvait espérer que le nouveau régime lui serait plus favorable. Il était, nous le savons, chirurgien en chef de la garde royale, dont l’hôpital était au Gros -Caillou. Un grand nombre de blessés furent transportés dans cet établissement pendant les journées de Juillet. On revit là le Larrey des anciens jours, un Larrey

1 Life of N. Bonaparte , Édim., 1827 (9 vol.).

Accueilli en Angleterre avec grande faveur, cet ouvrage fut vivement attaqué en France. Il fut spécialement réfuté et critiqué par le général Gourgaud et l’ancien roi de Hollande, Louis Bonaparte.

522 SOUS LE GOUVERNEMENT DE JUILLET

dont les années n’avaient ni glacé le cœur, ni amorti l’ardeur et le courage, ni diminué l’habileté. Si son zèle et son dévouement n’étaient pas ralentis, il put constater que sa popularité restait toujours la même. Tous les matins, accompagné de son fils Hippolyte Larrey, alors brillant aide-major attaché à son service, il se rendait de bonne heure à l’hôpital. Il fallait, pour y arriver, franchir les postes militaires et les barricades des insurgés. On assista alors à ce spectacle extraordinaire du vieux chirurgien acclamé par les deux partis. Du côté de l’armée, pour laquelle il était une de ses vieilles gloires, on le comprend facilement; mais du côté des émeutiers? Or ceux-ci se composaient en grande partie de vieux soldats de l’Empire, ayant la plupart du temps à leur tête d’anciens officiers en demi-solde, qui vénéraient le nom de Larrey presque à l’égal de celui de Napoléon. Aussitôt sa personne reconnue, les barricades s’ouvraient au commandement de leurs chefs, les insurgés lui présentaient les armes, et c’est au milieu d’une haie respectueuse et sympathique que le père et le fils défilaient pour se rendre à leur service.

Au soir de la troisième journée, l’émeute victorieuse se rua sur l’hôpital du Gros-Caillou, demandant que les blessés de la garde royale lui fussent livrés. Mais le chirurgien qui avait défendu ses blessés en Égypte contre les Turcs et les Arabes, à Eylau contre les Russes, à Madrid contre les Espagnols, pendant la campagne de France contre les cosaques, n’était pas homme à parlementer sur ce sujet avec des Français. Le vieux guerrier se révéla encore une fois. Il fit ouvrir les portes : « Que voulez-vous? Mes blessés? Ils sont à moi, allez-vous-en! » Les bandes, saisies à ces rudes paroles, reculèrent et partirent en l’acclamant. Peu de temps après, Daumesnil, le vieux soldat de l’Empire, auquel il avait coupé la jambe et qui était gouverneur de Vincennes, tenait le même langage aux émeutiers qui venaient lui réclamer les ministres prisonniers confiés à sa garde. Tous ces hommes étaient d’une trempe inimitable.

Le gouvernement de Juillet rendit à Larrey et à Des

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