‹ Napoléon et LarreyChapitre 300 sur 319 · RECONNAISSANCE DE LA MÉMOIRE POPULAIRE · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE DE LA MÉMOIRE POPULAIRE

auquel, sur la proposition d’Arago, la cité s’associa en donnant à sa sépulture l’hommage d’un terrain gratuit et perpétuel. Elles eurent lieu au milieu d’une foule immense dont la composition rappela celle qui escorta les restes de Napoléon aux Invalides. Tous les vieux serviteurs de l’Empire que la mort avait épargnés , et à la tête desquels étaient Exelmans et Petit, les survivants de la garde et les invalides, des députations de tous les corps savants, le Val-de-Grâce et tous les chirurgiens militaires, tous les amis connus et inconnus du grand chirurgien, tous les admirateurs de son passé avaient tenu à l’accompagner à sa dernière demeure.

Là, dans ce cimetière devenu trop étroit pour les assistants, les représentants les plus autorisés de l’Institut, de l’Institut d’Égypte, de l’Académie de médecine, du Val-de- Gràce et de l’armée, Breschet, Jomard, Pariset, Lévy, Guyon, Pelletan, prononcèrent son panégyrique et retracèrent sa belle et glorieuse existence. Ce fut une apothéose1.

Elle recommença bientôt, inoubliable et glorieuse. Du deuil général avait surgi, le jour même de sa mort, la pensée d’élever un monument à sa mémoire, et deux ans après, le 8 août 1850, l’inauguration de sa statue dans la grande cour du Val-de-Grâce réunissait de nouveau tous les délégués des corps de l’État et de la science2. Deux fois encore, dans le cours du siècle, la même solennité se renouvela, et l’Académie de médecine et la ville de Tarbes tinrent également à honneur de consacrer son souvenir. On ne peut pas dire que vis-à-vis de Dominique Larrey la mémoire populaire a été ingrate. Aucun des compagnons d’armes de

ministres les plus intègres de Louis XVI, digne femme du chirurgien célèbre que Napoléon a proclamé l’homme le plus vertueux de son temps. »

1 Larrey avait demandé à être enterré aux Invalides au milieu de ses vieux soldats. Soult, qui avait toujours sur le cœur l’affaire des conscrits mutilés de Lutzen, s’y opposa. Hippolyte Larx-ey avait fait extraire le cœur de son père, qui fut conservé en l’église Saint- Germain -l’Auxerrois. Il fut déposé dans les caveaux de l’église du Val-de-Grâce, le 25 juillet 1854.

2 Le monument, qui est un chef-d’œuvre, est dù au ciseau de David d’Angers. Larrey est debout, pressant sur son cœur le testament du grand Empereur. Les bas-reliefs, qui, à eux seuls, constituent toute une épopée, représentent les grandes scènes militaires de l’histoire impériale : les Pyramides, Austei’litz, Somosierra et la Bérésina.

LA VIEILLESSE DE LARREY

Napoléon n’a reçu d’aussi nombreux témoignages de reconnaissance et d’admiration.

Alors que sur l’étendue de la France entière, de la Belgique, de la Hollande et des anciens départements français de l’Allemagne il n’était pas une famille dont il n’eût soulagé quelques-uns de ses membres et qui ne bénît son nom, vingt tableaux des grands maîtres français reproduisirent ses traits à côté de ceux du héros des temps modernes. Le roman, le feuilleton, le théâtre, la poésie s’emparèrent de sa personnalité. On donna son nom à une rue de Paris ; on créa la rose Larrey. Mais la pensée la plus pieuse, la plus touchante est celle qui transforma en école l’humble maison de Baudéan, qui le vit naître et où s’écoulèrent les jours de son enfance. Ce fut là l’hommage filial, celui d’Hippolyte Larrey. Dans un pieux sentiment de vénération pour la mémoire de son père et peut-être aussi de respect pour celle du grand Empereur, Hippolyte Larrey consacra à cette fondation le complément du legs de Sainte-Hélène, acquitté par un décret de Napoléon III. C’est ainsi qu’au lieu d’un monument de bronze ou de marbre s’élève à Baudéan une modeste école, où le héros de l’humanité et le savant que fut Dominique Larrey se survit dans une œuvre touchante et utile d’éducation d’enfants pyrénéens.

Page 1