‹ Napoléon et LarreyChapitre 38 sur 319 · L’INSURRECTION DU CAIRE · texte numérisé non relu

L’INSURRECTION DU CAIRE

giens de première classe, Roussel et Mouquin. A 1 arrivée des insurgés, ils se portèrent au-devant d’eux avec quelques soldats, pour s’opposer à leur entrée dans les salles des malades qui leur étaient confiés ; ils furent aussitôt entourés et massacrés. Toutefois, ils avaient eu le temps de prendre quelques mesures de défense, et l’établissement ne put être

forcé.

Cependant, à la première nouvelle de la sédition, le général Dupuy , gouverneur du Caire, compatriote de Larrey, qui s’était illustré dans le commandement de la fameuse 32e demibrigade, avait fait battre la générale pour rassembler les troupes, et était monté à cheval suivi d’une escorte de dragons. En chargeant la populace pour se frayer un passage, il fut atteint à l’aisselle d’un coup de lance qui lui perfora l’artère axillaire. Une violente hémorragie lui fit presque aussitôt perdre connaissance. On le descendit de cheval et on 1 étendit sur la voie. C’est là que peu d’instants apres Larrey le trouva. Le chirurgien en chef de l’armee était sorti de chez lui pour se rendre à son service et avait, avec son bonheur ordinaire, traversé la foule ameutée sans qu il lui arrivât d accident, mais non sans courir de graves dangers. Il aperçut le général allongé sur le sol au milieu de son escorte de dragons, inondé de sang et déjà dans un état syncopal. Il courut à lui, le déshabilla, tamponna fortement la blessure et le fit transporter chez Junot, dont la demeure était dans le voisinage. Il pratiqua alors la ligature de l’artère. Mais il était trop tard, et ce brave soldat expira peu de temps après.

Larrey se rendit ensuite à l’hôpital pour y réunir les chirurgiens placés sous ses ordres et organiser les soins à donner aux blessés. Sur le seuil de l’établissement il trouva les cadavres ensanglantés de Roussel et de Mouquin. Sa désolation fut immense. Ces deux jeunes chirurgiens étaient des praticiens de haute valeur, appelés à rendre de très grands services pendant la campagne. Il éprouvait surtout une affection particulière pour Roussel, qui s’était distingué dans toutes les actions précédentes et dont l’intelligence , la précoce maturité, le zèle ardent et qui ne se démentait jamais,

70 EXPÉDITION D’ÉGYPTE

étaient connus et appréciés de toute l’armée. Ce furent là les premières épreuves qui frappèrent le corps de santé. Il devait bientôt, au cours de la campagne, en éprouver d’autres plus sensibles encore. Ces médecins, classés par d’absurdes interprétations des règlements et de ridicules préjugés parmi les non-combattants et privés en cette qualité des honneurs et privilèges décernés aux combattants, encouraient plus de dangers que les autres officiers. Ils partageaient d’abord les périls communs du champ de bataille et devaient ensuite subir les risques des affections contagieuses dans leurs hôpitaux, défendre leurs blessés à main armée pendant ou après le combat, et les protéger dans les évacuations. Aussi furent-ils très éprouvés pendant l’expédition, et on observa parmi eux une mortalité plus considérable que dans les autres corps.

L’insurrection du Caire occasionna soixante victimes 1 parmi les Français. Il y eut seulement une quarantaine de blessés. Ce chiffre de pertes, relativement faible pour une révolte qui engloba toute la population fanatisée de la capitale de l’Égypte, tient à la rapidité et à l’énergie avec laquelle elle fut réprimée. Après la mort de Dupuy , les troupes occupèrent toutes les rues, placèrent des canons à leur entrée, et repoussèrent peu à peu devant elles les insurgés, qui, au nombre de quinze mille environ, se retranchèrent dans la mosquée d’El-Hazar, et en barricadèrent toutes les avenues. Bonaparte, qui était à Giseh, put, non sans difficultés, rentrer par la porte de Boulaq. Il fit placer dans la nuit sur le Mokattam, par le général Dommartin, une batterie destinée à bombarder la grande mosquée. Le lendemain, après quelques tentatives de négociation repoussées par les insurgés , il fit cerner l’édifice de tous les côtés, et ouvrir le feu contre eux. Pour échapper aux obus et à l’incendie , les musulmans cherchèrent à fuir. Ils tombèrent sous les baïonnettes des soldats, et quand Bonaparte prescrivit de cesser le carnage, à huit

Letties de Bonaparte à Marmont, à Reynier et au Directoire, 2 et 6 brumaire an VII. — Larrey, Mémoires et campagnes, p. 251.

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