DÉPART DE L’ARMÉE POUR LA SYRIE
L’armée que Bonaparte emmenait en Syrie se composait de douze mille huit cent quatre-vingt-quinze hommes. L’infanterie comprenait quatre divisions commandées par Kléber, Bon, Lannes et Beynier. Murat commandait la cavalerie, Dommartin l’artillerie et Gaffarelli le génie. Dugua restait au Caire, où il remplaçait le général en chef, Marmont à Alexandrie, Menou à Bosette, et Desaix dans la haute Égypte. A la tête des services spéciaux de l’armée étaient : Daure ordonnateur en chef, Estève payeur général, le médecin en chef Des Genettes, le chirurgien en chef Larrey et le pharmacien en chef Boyer.
Le général Beynier avec sa division était à l’avant-garde et avait reçu l’ordre de marcher sur El-Arich. Kléber devait s’embarquer sur le lac Mensaleh et le rejoindre par Tineh et Quatieh. Le général Bon, qui se trouvait à Salahieh, devait appuyer Kléber. Bonaparte, ayant avec lui la division de Lannes, accompagné de son état-major et de quelques-uns des savants, parmi lesquels Monge, Berthollet et Costaz, et des principaux cheiks, devait rejoindre également à El- Arich.
Le journal de Larrey donne jour par jour les étapes et les incidents de la campagne.
Partis le 22 au matin, Bonaparte et l’état-major couchaient le soir à Belbeïs, le 23 à Quorayn et le 24 à Salahieh. Là, on apprit que l’avant-garde, commandée par Beynier auquel s’était joint Kléber, avait livré aux environs d’El-Arich un brillant combat au pacha de Damas, Abdallah, sans avoir cependant pu emporter le fort. Cette affaire avait coûté une vingtaine de morts et quatre cents blessés à la petite armée française. Larrey sollicita aussitôt de Bonaparte l’autorisation de se détacher de l’état-major et de se rendre à l’avant-
EXPÉDITION D’ÉGYPTE
garde. Monté sur un dromadaire, accompagné d’un de ses jeunes chirurgiens nommé Galli et de quelques cavaliers, il fit ce voyage à travers le désert, sans s’arrêter ni jour ni nuit en soixante-douze heures. Sur son chemin se levaient des fauves, des troupeaux d’autruches et de gazelles. Mais, quoique mourant de faim et exténué de fatigue, il ne ralentit pas sa course un seul instant. Arrivé à El-Aricb le 27 au soir, il visita immédiatement les blessés qu’il trouva couchés au milieu du camp sur des feuilles de palmiers. Il les fit établir sous des tentes et pratiqua les opérations nécessaires. Mais déjà les vivres faisaient défaut; on n’avait ni viande, ni bouillon. Larrey, — se rappelant que, pendant la campagne du Rhin, il avait nourri ses blessés avec de la viande de cheval, — eut l’idée d’essayer cette fois de la chair de chameau. Sur sa demande, Reynier fit abattre les dromadaires mis hors d’état de service par leurs blessures, et il se trouva que le bouillon et la viande fournirent une alimentation plus agréable et plus nutritive que celle qu’on obtient avec le cheval.
Cependant le général en chef arriva devant El-Arich le 28. Il fit aussitôt avancer son artillerie, cerna le fort et le somma de se rendre. Effrayés par ses menaces, les assiégés capitulèrent le 2 ventôse (20 février). Cette circonstance fut heureuse, car il eût été difficile de prendre la forteresse de vive force.
Après la reddition de la place, Larrey fut chargé par le général en chef de la visiter et de faire procéder à son assainissement. II trouva les blessés et les malades de la garnison couchés sur de mauvaises nattes, dans des réduits infects et offrant l’état de malpropreté et d’incurie habituels chez les Turcs. Quelques-uns avaient la peste. Ainsi l’armée retrouvait pour la première fois, sur les confins de la Syrie, le fléau qu’elle avait laissé dans le Delta. Après avoir fait placer ces malheureux en dehors du fort et prescrit leur isolement, Larrey fit brûler tous les objets contaminés, nettoyer et désinfecter les salles et les murs, et prescrivit toutes les mesures d’hvgiène et de salubrité indispensables en pareil