‹ Napoléon et LarreyChapitre 50 sur 319 · BONAPARTE ET L’ARRIÈRE- GARDE DE KLÉBER · texte numérisé non relu

BONAPARTE ET L’ARRIÈRE- GARDE DE KLÉBER

cas. Les blessés furent confiés aux soins du chirurgien Valette. Malgré toutes les précautions qu’il adopta, quelques-uns furent contaminés et moururent de la peste.

Les troupes souffraient de la faim ; elles trouvèrent quelques approvisionnements de riz et de biscuits à El-Arich et reprirent leur route le 4 ventôse (24 février). La marche était excessivement pénible. Pour comble de malheur, la division Kléber, qui était à l’avant-garde, trompée par son guide, s’égara et se retrouva, après une journée de marche, à peine à deux lieues d’El-Arich. Bonaparte, de son côté, croyant Kléber devant lui, marcha sur Gaza, franchit la frontière de Syrie, — marquée par les deux fameuses colonnes de granit, — et arriva à Kan-Iounes sans avoir trouvé sur sa route aucune trace du passage de son avant-garde. Une division de mameluks d’ibrahim-pacha, seule, l’attendait. Elle prit la fuite à la vue de l’armée française, et on ne la revit qu’au mont Thabor. Cependant Bonaparte , inquiet du sort de Kléber, rebroussa chemin et finit par rencontrer son lieutenant, qui, après avoir fait fusiller son guide, s’était fait remettre dans sa vraie route par des Arabes qu’il avait rencontrés.

L’avant-garde avait erré cinquante heures dans le désert, enduré tous les tourments de la faim et de la soif qu’elle avait déjà éprouvés dans sa première marche à travers les solitudes de Damanhour, et était démoralisée et exténuée de fatigue. A peine, cependant, ces vaillantes troupes aperçurent-elles de loin Bonaparte monté sur son dromadaire, qu’elles se redressèrent en poussant des cris de joie, et c’est au milieu de leurs acclamations que le général en chef parcourut leurs rangs. Cette scène est restée profondément gravée dans la mémoire de ceux qui en furent les témoins. Elle frappa vivement Larrey, qui y vit une éclatante marque de l’absolue et indestructible confiance que l’armée avait désormais dans son général. Cependant, si confiants qu’ils fussent dans le génie de Bonaparte , les soldats commençaient à se lasser de leurs épreuves, et ils le montrèrent plus d’une lois par leur attitude et l’indépendance de leur langage, pendant

EXPÉDITION D’ÉGYPTE

cette marche sur la Syrie. A Gaza, leur conduite fut presque séditieuse ; ils entourèrent Bonaparte , se plaignant violemment de la fatigue, de la soif et de l’absence de distribution de vivres. Celui-ci savait apaiser ces grands enfants; au lieu de se défendre, il leur fit des reproches, et, comme toujours, c’est à leur amour de la gloire qu’il fit appel. Il leur parla de nouveau de ces légions romaines dont il avait dit, dans sa première proclamation, qu’ils les avaient imitées, mais non égalées, et leur raconta que dans ces mêmes lieux les Romains, se trouvant dans les mêmes conditions de détresse, avaient, sans se plaindre, mangé leurs sacs de peau.

« Général, ils n’en portaient pas, vos Romains! » dit un orateur de la bande.

Cette repartie fit rire ses camarades, et les murmures s’apaisèrent1.

Gaza avait ouvert ses portes à la première sommation. L’armée s’y reposa le 8 et le 9 ventôse. Larrey y installa une ambulance pour les quelques blessés qu’il avait et pour les malades qui devenaient déjà plus nombreux. Il confia le soin des premiers à Dewevres, chirurgien de la Commission des arts, et celui des fiévreux à un jeune médecin, nommé Bruant. Tous deux devaient mourir de la peste.

Après le sable du désert, se déroulaient maintenant les vastes campagnes de la Palestine ; au soleil implacable avait succédé une température moyenne et agréable, rafraîchie par les orages, fréquents au printemps dans ces contrées. L’armée souffrait moins et avait repris son entrain. Elle coucha le 11 à Ramleh, — l’ancienne Arimathie, — où Larrey établit dans un couvent de capucins un hôpital et deux cents malades, et, le 13 ventôse (3 mars), arriva sous les murs de Jafïa. Kléber était déjà devant la place. Sans tarder, Bonaparte la fit investir par les divisions Bon et Lannes et ouvrit les opérations du siège; le 17, il lui envoya une sommation. Pour toute réponse le commandant de la garnison fit égorger

1 Pelleport, Souvenirs militaires.

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