SIÈGE DE SAINT-JEAN-D’ACRE
de blessés. Pour mettre rapidement à leur portée les premiers secours, Larrey eut l’audace de placer une ambulance à trente toises seulement de la place et en prit la direction les jours de combat. Ce fut l’ambulance centrale du siège, qui devait devenir rapidement célèbre. Tous les officiers de santé de l’armée reçurent l’ordre de s’y rendre dès le début d’une attaque, pour rester à la disposition de leur chirurgien en chef1. La place manquant dans l’hôpital établi dans les écuries de Dzezzar, on fit construire des baraques en jonc à portée de tous les chemins de tranchées2.
Larrey décrit dans son Journal toutes les opérations du siège et celles de la défense, conduites, de chaque côté, avec un égal acharnement. Ces faits historiques sont trop connus pour les rapporter en détail. Je ne ferai que les rappeler.
Du côté des assiégés , deux hommes , Sidney Smith et Phélippeaux, résument à eux seuls tout l’effort devant lequel doit échouer le génie de Bonaparte. Sans eux, le pacha turc Dzezzar, — sorte de boucher barbare et inculte, qui faisait égorger les parlementaires et les prisonniers, — n’eut pas tenu huit jours.
Il eût fallu pouvoir emporter la place, comme Jaffa, en un coup de main, car Bonaparte était dépourvu d’artillerie de siège et devait bientôt manquer de munitions. La croisière active de Sydney Smith et les habiles dispositions de Phélippeaux rendirent vains les assauts successifs de l’armée française. Pour comble de malheur, le matériel de siège, embarqué sur la flottille de l’amiral Perrée, et qu’attendait impatiemment l’armée, fut capturé par le commodore anglais3. Dès lors les esprits clairvoyants commencèrent à envisager les difficultés et l’insuccès probable de l’entreprise.
Bonaparte eut bientôt d’autres préoccupations. De nom-
1 Ordre du jour de Berthier, 22 germinal an VII (11 avril 1799).
2 Larrey, Correspondance générale. Lettre à l’ordonnateur Daure. Ms. 5873, f. 713. B. N. F. F. N. Acq.
3 L’artillerie, qui possédait déjà l’amour-propre de corps qu’elle porte à un si haut degré, avait refusé d’accepter des affûts avec roues à jantes très larges que Conté avait voulu adapter aux canons de siège pour traverser le désert. Elle fit prévaloir l’envoi des batteries par mer, qui causa la perte de ce matériel.
EXPÉDITION D’EGYPTE
breuses troupes de secours, comprenant des mameluks d’ibrahim -pacha, des janissaires et des maugrabins, avaient été rassemblées à Damas et s avançaient pour passer le Jourdain et faire lever le siège de Saint- Jean-d’ Acre. Un corps de cette armée, composé de quatre mille cavaliers, vint se heurter, auprès de Nazareth, à l’avant-garde de la division Kléber, — postée en observation dans les défilés des montagnes, et qui se composait de quatre cents hommes et de cent cavaliers. — Junot, qui commandait cette avant-garde, n’hésita pas à l’attaquer, malgré l’énorme disproportion de ses forces, acte d’audace qui est comparé par Larrey au combat des Thermopyles. Il lui prit cinq drapeaux, lui tua ou blessa cinq cents hommes et le mit en fuite. Cette brillante affaire fut le prélude d’un des plus beaux faits d’armes de l’armée d’Orient : la bataille du mont Thabor. Larrey l’expose avec la netteté et la précision d’un écrivain militaire. C’est une page historique.
Les soldats turcs sont rassemblés dans la plaine d’Esdrelon ; ils manœuvrent pour traverser les montagnes et marcher sur Acre. Kléber, qui, du haut de ses défilés, observe leurs mouvements, prévient Bonaparte qu’il va marcher à l’ennemi, lui demande de lui envoyer des renforts et des munitions, et descend dans la plaine pour livrer bataille. Il n’a avec lui qu’une division , — deux mille hommes au plus, — à opposer à une armée de trente mille hommes, dont vingt mille cavaliers. Mais, depuis longtemps, l’armée d’Égypte a appris à ne pas calculer le nombre de ses ennemis, et elle est aussi pleine de confiance que si elle allait combattre à armes égales. Cette bataille, étonnante par ses disproportions, s’engage dans la plaine de Fouli, le 27 floréal (16 avril), à six heures du matin. Contre une masse quinze fois plus forte, elle revêt de suite le caractère défensif. La division, formée en deux petits carrés bientôt réunis en un seul, soutient sans faiblir les assauts répétés de la cavalerie égyptienne.
Retranchée derrière un rempart de cadavres d’hommes et de chevaux, visant avec précision et ménageant ses muni-