LARREY AU QUARTIER GÉNÉRAL DE RONAPARTE
Catalogne l’avait précédé en Italie , et il n’était pas un étranger pour l’état-major de Bonaparte, dont la plupart des officiers avaient connu en Provence ou dans les Pyrénées orientales le valeureux chirurgien qui , le premier, avait osé organiser les secours aux blessés sur le champ de bataille. Il fut accueilli avec une vive sympathie. Il retrouvait là, entre autres, son ami Villemanzy, — l’habile ordonnateur de l’armée du Rhin , — qui venait de renouveler à l’armée d’Italie les prodiges d’habileté et d’activité qui lui avaient permis d’assurer l’existence des troupes de Custine et de Beauharnais dans le Palatinat. Ce fut lui qui le conduisit chez le général en chef. Larrey remarqua l’étiquette minutieuse qui régnait autour de Bonaparte, — si différente de la facilité et de l’aisance presque familière avec laquelle il avait été accueilli à Toulon. — Les salons, une grande tente dressée dans les jardins , étaient remplis d’importants personnages , généraux , administrateurs, grands entrepreneurs, nobles et savants italiens qui avaient sollicité la faveur d’une audience et qui attendaient leur tour. Des aides de camp les introduisaient successivement auprès du maître de l’Italie , avec le même cérémonial que s’il se fût agi d’une tête couronnée.
Bonaparte accueillit Larrey avec faveur. Il le félicita des nombreux services qu’il avait déjà rendus, et l’entretint de ses ambulances , le questionnant sur leur organisation et leur fonctionnement. Ce qui l’intéressait surtout, c’était leur mobilité manœuvrière et leur accession sur le champ de bataille. Malgré l’armistice, il l’invita à les établir dans les différents corps d’armée, et lui prescrivit d’accompagner l’ordonnateur Villemanzy dans son inspection des hôpitaux des villes occupées par les troupes françaises et de procéder, au cours de cette inspection, à l’examen des jeunes médecins militaires. Il le chargea, en outre, de prendre toutes les mesures nécessaires au bien des blessés et des malades.
Après avoir réglé avec lui ces détails de service, il l’entretint de sa campagne du Rhin et l’interrogea sur les généraux qui avaient commandé l’armée du Palatinat, et surtout sur Desaix , dont il le savait l’ami.
JEUNESSE DE LARREY
Bonaparte n’était pas, à cette époque de sa vie, le maître dur et impérieux qu’il devint plus tard , sa bonne grâce, maiquée d’une rare simplicité; sa jeunesse, que faisait resplendir le prestige de ses merveilleuses victoires , sa physionomie aux lignes arrêtées, à la bouche finement accusée, et au regard fixe et profond , — tour à tour sévère et bienveillante , — mais rayonnante du feu de son génie ; l’expression d’autorité dont était empreinte toute sa personne et qui s’imposait irrésistiblement , exerçaient sur tous ceux qui l’approchaient un extraordinaire ascendant. A cette influence, les jeunes généraux de l’armée d’Italie, les vieux soldats de la Révolution , les capitaines et les diplomates étrangers en relation avec lui et jusqu’aux agents du Directoire, envoyés comme Clarke à son quartier général pour le surveiller, n’avaient pu se soustraire , et pour beaucoup d’entre eux elle se transforma en dévouement passionné. Ce fut le cas de Lannes, de Junot, de Berthier, de Duroc et de tant d’autres. Ce fut aussi celui de Larrey. Il fut conquis dans cette entrevue, et de cette époque date l’invincible dévouement, cimenté par la campagne d’Égypte, qui l’attacha à Bonaparte, que rien ne put jamais altérer, — pas même les injustices qu’il subit parfois, — et qui survécut avec une inébranlable fidélité aux désastres, à la chute et à la mort du grand capitaine.
Larrey, accompagné de l’ordonnateur Villemanzy, partit le 6 prairial an Y (25 mai 1797). Les deux voyageurs inspectèrent les garnisons de Lodi, Crémone, Mantoue, Vérone, Yicence, Padoue et Venise, réprimant les abus et les scandaleuses concussions auxquelles se livraient les agents administratifs, et créant sur leur route des hôpitaux militaires. Larrey constitua le service de santé de l’expédition de Corfou, assainit l’escadre de Brueys, dont l’état d’incurie et d’insalubrité était lamentable, combattit une épidémie de typhus qui avait éclaté dans le Frioul, et créa des écoles de chirurgie à Milan et à Padoue.
De retour au quartier général , il organisa trois ambulances volantes. La première fut cantonnée à Modène, la seconde à Padoue, et la troisième resta à Milan. Chacune de ces ambu-