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LES ACTRICES
nature à me livrer à une telle exclusion. Que lui importent donc des distractions dans lesquelles mes affections n’entrent pour rien ? »
Il était impossil3le de mieux raisonner, mais ce n’était pas de raison que se piquait Joséphine. Pourtant, elle eût dû reconnaître que jamais secret ne fut plus discrètement gardé.
Point de scandale, nul affichage, nulle faveur à George comme actrice : lorsqu’elle manque son service, elle est fort rudement menacée de prison par le préfet du Palais et se le tient pour dit. Si elle vient jouer à la Cour, elle reçoit la même gratification que ses camarades, rien de plus, et lorsque, prétend-on, elle s’émancipe à demander son portrait à Bonaparte, celui-ci lui tend un double napoléon : « Le voilà, on dit qu’il me ressemble. »
De l’argent, il en donne à coup sûr. Cette mention : (( Remis à S. M. l’Empereur » se trouve souvent répétée dans les registres de la petite cassette, en face de sommes variant de lo à 20,000 francs ; mais rien ne permet de désigner les destinataires. Une seule fois, le 16 août 1807, le nom de George apparaît pour un don de 10,000 francs. Mais, alors, elle avait cessé, depuis près de trois années, ses visites intermittentes aux Tuileries, et nul doute que ce présent ne fût un souvenir à l’occasion de la Saint-Napoléon.
D’ailleurs, moins d’un an plus tard, le ii mai 1808, George quitta subrepticement Paris en compagnie de Duport, le danseur de l’Opéra, qui, par crainte d’être
arrêté aux barrières, s’était déguisé en femme. Au mépris de son engagement avee le Théâtre-Français, au mépris surtout de ses eréaneiers, elle se sauve pour rejoindre en Russie un amant qui, dit-on, lui a promis de l’épouser : e’est Beiiekendorff, le frère de la eomtesse de Liéven, qui, venu à Paris à la suite de l’ambassadeur Tolstoï, vient d’être rappelé et entend faire aux Pétersbourgeois, et surtout à l’empereur Alexandre, les honneurs de sa maîtresse.
11 y a là toute une intrigue ayant pour objet d’enlever le Tsar à Madame Narishkine par une liaison avee l’aetriee, liaison fugitive, d’où on le ramènera sans peine à l’impératriee régnante. George, qui assurément ne soupçonne rien de ees beaux projets ; qui, en ses lettres à sa mère, s’étend sur les eharmes de son (( bon Beiiekendorff » ; qui signe alors (août 1808) George Beiiekendorff, est présentée à l’empereur Alexandre qui lui envoie une très belle plaque de diamants pour sa eeinture, et la fait appeler à Peterhof, mais ne l’y redemande pas. Pour le grand-due Constantin qui, à la représentation de Phèdre, disait : « Votre MademoiseUe George, dans son genre, ne vaut pas mon eheval de parade dans le sien » , il s’est mis à venir la voir tous les jours, « et l’aime comme une sœur ». C’est eUe qui le dit.
PBle ne s’en tint pas là, et la Cour et la ville furent aussi favorisées ; mais ee n’était ni ce qu’on avait cherché en l’attirant en Russie, ni ce que Napoléon avait permis qu’on cherchât lorsqu’on lui avait révélé
MADEMOISELLE GEORGE (Marguerite Weymer) 1786-1867
BILLET AUTOGRAPHE A TALMA (Communiqué par M. Noël Charamy)
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le complot. Pourtant, quand, après 1812, George eut la pensée de revenir en France et qu’elle accourut rejoindre à Dresde les chefs d’emploi de la Comédie, qu’on y avait appelés pendant l’armistice. Napoléon non seulement la fit réintégrer comme sociétaire, mais ordonna qu’on lui comptât, comme services, ses six années d’absence. Ses camarades ne le lui pardonnèrent j amais .
Aux Cent-Jours, elle fit dire à l’Empereur qu’elle avait à lui remettre des papiers qui compromettaient essentiellement le duc d’Otrante. Napoléon envoya chez elle un serviteur affidé, et, au retour : « Elle ne t’a pas dit, demanda-t-il, qu’elle était mal dans ses affaires ? — Non, Sire, elle ne m’a parlé que de son désir de remettre elle-même ces papiers à Votre Majesté. — Je sais ce que c’est, reprit l’Empereur, Caulaincourt m’en a parlé : il m’a dit aussi qu’elle était gênée. Tu lui donneras 20,000 francs de ma cassette. »
Au moins celle-ci fut reconnaissante. Nul doute que les sentiments qu’elle accusait franchement n’aient été pour tout dans les luttes qu’elle eut à soutenir contre les gentilshommes de la Chambre et les gentilshommes du parterre, et qui se terminèrent par son exclusion brutale du Théâtre-Français. Même, en ses derniers jours, très vieille, n’ayant plus rien ni dans la tête ni dans la tournure de la triomphatrice d’antan, lorsqu’elle parlait de Napoléon, c’était avec un tremblement dans la voix, une émotion qu’elle ne
jouait pas et qui, aux jeunes gens qui l’écoutaient — des vieillards presque, à présent, — se communiquait si profonde qu’elle est demeurée inoubliable. Mais ce n’était point l’amant qu’elle évoquait, c’était l’Empereur. Et cette fille, non point par pudeur de vieille femme — car elle parlait volontiers d’autres amants — mais par une sorte de crainte respectueuse, semblait ne plus se rappeler qu’il l’eût trouvée belle et qu’il le lui eût dit, ne voyait plus l’homme qu’il avait été pour elle, mais voyait l’homme qu’il avait été pour la France, — pareille à ces nymphes qui, lionorées un instant des caresses d’un dieu, n’avaient point regardé son visage, éblouies qu’elles étaient par la lumière aveuglante de sa gloire.
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11 n’y a point que des tragédiennes qui gravissent l’escalier obscur, et qui, sous la conduite de Constant et de Roustam, par le corridor noir éclairé nuit et jour aux quinquets, pénètrent dans l’Appartement entresolé qu’occupait jadis Bourrienue et qui, par un escalier déroljé, communique avec l’appartement officiel. Chaque matin, dans le cabinet secret. Madame Bernard, la fleuriste brevetée, apporte un bouquet. 11 y a pour ce un abonnement ; 6oo francs l’an. Mais ces fleurs, tous les jours renouvelées, se fanent moins vite que le sentiment qu’inspirent les visiteuses.
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Si nombreuses sont-elles, à mesure que Bonaparte grandit en puissance, les solliciteuses, les ambitieuses, les intrigantes, qu’on ne saurait faire le compte de tontes. L’homme arrivé au faîte du pouvoir ne les verra-t-il pas toujours s’empresser vers lui, ces amoureuses intéressées qui n’attendent qu’un signe pour se livrer, et qui, se plaçant sans cesse sur sa route et sous ses yeux, mendient son regard et sollicitent un profitable déshonneur?
Napoléon, on ne saurait trop le répéter, a trente et un ans en 1800, quarante et un en 1810. 11 est, de 1800 à 1810, dans l’entière et pleine vigueur de sa santé et de son tenq^érament. 11 ne recherche point les occasions, mais il ne les fuit pas. D’ordinaire — car, sans parler de Joséphine, deux femmes au moins lui inspirèrent une passion qui le sortit entièrement de son caractère — d’ordinaire, donc, il pense médiocrement aux femmes. Aucune n’est pour le troubler dans son travail, le distraire de ses pensées, le retarder dans ses projets ou pour modifier ses plans de vie. Mais ce qu’il trouve à sa portée, il le prend tout naturellement.
C’est Là comme Ven-cas de nourriture qu’on lui prépare pour la nuit. 11 ne ferait point sans doute un pas pour l’oJjtenir, mais nul préliminaire, nul embarras, nul dérangement, et, tout de suite après, il se met au bain ou vient se rasseoir à sa table de travail. Est-ce là de l’immoralité? Quel homme, à sa place, n’en ferait autant ? quel souverain ne fait pis ? Ce qui
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importe, ce n’est pas que quelques femmes voilées se rendent mystérieusement, la nuit, dans un appartement secret; c’est qu’une femme — épouse ou maîtresse — ne s’habitue point dans le cabinet de travail et dans le salon des ministres. Sinon, les meilleurs maris font les pires souverains.
S’il ne s’agissait de Napoléon, si certaines de ces passades n’avaient été contées avec des détails inventés à plaisir, si quelques-unes des favorisées ne s’étaient laites auteurs pour battre monnaie avec leurs souvenirs ou pour se prêter un rôle qu’elles n’ont jamais joué et donner le change sur celui qui leur a été distribué à une représentation extraor dinaii’e, il n’y aurait peut-être pas lieu de s’arrêter; mais les dépits ont été trop bruyants, les calomnies ont été trop perfides pour qu’il ne convienne point ici, comme ailleurs, de chercher la vérité.
L’une de ces femmes, la plus connue sans doute comme mémorialiste, la plus comblée de faveurs par le Consul et l’Empereur, la plus ingrate aussi et, par son ingratitude, la plus méprisable, échappe encore cette fois, parce que les présomptions, si puissantes qu’elles soient, ne peuvent tenir lieu de preuves matérielles; mais l’étude de caractères analogues au sien suffira sans doute pour la ranger à la place qu’elle devrait occuper.
C’est celle d’une autre qui, bien moins célèbre, a pourtant, jusqu’à ces derniers temps, le mieux servi les pamphlétaires, une certaine Madame de
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Vandey, qui, à la proclamation de l’Empire, fut nommée dame du Palais sur la recommandation très vive de M. Lecouteulx de Canteleu.
Bien née, car elle était fille d’un homme de guerre remarquable, de ee Mieliaud d’ Arçon qui inventa les batteries insubmersibles du siège de Gibraltar, fournit les plans de la eampagne de Hollande en 1798, prit Bréda sans coup férir et fut un des premiers sénateurs du Consulat; bien alliée, ear son mari, M. de Barberot de Vellexon, seigneur de Vaudey, eapitaine dans Royal-Bourgogne, sortait d’une famille aneienne, originaire d’Alsace et fixée à Gray depuis le xv®sièele; de plus, belle personne, pétillante d’esprit, très intrigante, ehantant à merveiBe et éerivant mieux encore, elle fut nommée dame du Palais en juillet 1804, dans eette première promotion dont profita, avec ses compagnes, l’aneienne dame de eompagnie. Madame Rémusat, et, comme l’Impératrice partait pour les eaux d’Aix-la-Chapelle, elle l’y accompagna.
Lorsque Napoléon, au eommencement de septembre, rejoignit Joséphine à Aix pour le voyage triomphal sur le Rhin, Madame de Vaudey fut de toutes les fêtes et s’employa à distraire le maître. Au retour, elle se crut en mesure de braver l’Impératrice, dont la jalousie s’était éveillée, de s’endetter eomme Joséphine même et de monter sa maison sur un pied de favorite. Dans le joli petit ehâteau de la Tuilerie, près d’Auteuil, qu’habitèrent plus tard Mademoiselle Rachel et M. Thiers, où est aujourd’hui le eou-
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vent de l’Assomption, elle réunit quantité de gens, donna des fêtes et mena un train de princesse.
Une première fois, après une audience qui s’était prolongée, elle remit un état de ses dettes qui furent payées; une seconde fois, même succès; mais, à la troisième demande d’audience. Napoléon refusa tout net. (( Je n’aurais, dit-il à Duroc, ni assez d’argent, ni assez de bonhomie pour acheter si cher ce qu’on trouve à si grand marché ; remerciez Madame de Vaudey de ses bontés pour moi, et ne me parlez plus d’elle. »
Là-dessus, lettre pathétique de la dame, qui déclare qu’elle va s’empoisonner si ses dettes — dettes d’honneur ! — ne sont pas payées dans les vingt-quatre heures. L’aide de camp de service court à Auteuil et la trouve disposée à tout autre chose qu’au suicide. On lui fît aussitôt demander sa démission de dame du Palais, et c’est pourquoi son nom ne fîgure sur aucun des almanachs impériaux.
Ce fut cette même femme qui, devenue un peu folle, alla plus tard trouver M. de Polignac pour lui proposer de tuer Napoléon ; c’est elle qui, tombée à la dernière misère, presque aveugle et paralysée d’un ])ras, colportait certains Soiwenirs du Directoire et de l’Empire, qui lui servaient de prétexte j)our mendier ; c’est elle, enfîn, qui fournit au libraire Ladvocat ces parties de Mémoires d’une dame du Palais qui servirent à grossir les livraisons des Mémoires de Constant. Au moins celle-ci était-elle une détraquée et une indigente. L’autre n’a pas eu les mêmes excuses.
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C’était Joséphine qui, sur les instances de Lecouteiilx, avait introduit à la Cour Madame de Vaudey. Elle eut, du même ordre ou d’un ordre inférieur, quantité de protégées qu’accréditaient de moindres patronages et qui semblent n’avoir d’autre raison d’être à la Cour que leur facilité à se prêter aux fantaisies de Napoléon. Mais, de la part de Joséphine, nul dessein prémédité ; ce serait méconnaître son caractère qu’imaginer qu’elle se résignât à fournir ainsi des distractions à son mari : elle avait, dans sa nature de créole, le besoin de s’entourer de complaisantes qui ne fussent ni tout à fait du monde, ni tout à fait de la domesticité, qui lui plussent par leur jolie figure, l’amusassent par leurs reparties, la distrayassent par leurs talents, peuplassent enfin gentiment ce palais « triste comme la grandeur » dont elle ne sortait jamais. Elle les prenait sans grande information, attendiûe à des malheurs qu’on lui contait, séduite par la sveltesse d’une tournure, le chiffonné d’un minois ou l’inattendu d’une réponse. Ces jeunes personnes, dont quelques-unes avaient couru des aventures et qui, toutes, aspiraient à des conquêtes, fort pauvres, élevées à n’avoir guère de scrupules, tombaient avec leurs petites robes minables au milieu de cette cour, la plus élégante qui fut jamais. Inoccupées tout le jour, elles n’avaient, dans l’oisiveté de l’Appartement intérieur, qu’à se laisser courtiser par ces brillants officiers dont elles pouvaient bien espérer faire des maris, — tant d’autres, qui ne
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valaient pas mieux qu’elles, avaient épousé des généraux, à présent maréchaux d’Empire ! Sans cesse elles voyaient entrer et sortir familièrement celui dont découlaient toutes les grâces et qui, d’un signe, élevait et renversait les fortunes. Elles se plaçaient sur son passage, ambitionnant ce signe, prêtes à tout risquer pour l’obtenir - — quelques-unes ne risquaient pas grand’ chose ; — et, comme elles étaient accortes, se présentaient à souhait et s’empressaient pour plaire, comme les subalternes, toujours à l’affût, guettaient en valets si l’Empereur remarquerait l’ime d’elles, les arrangements n’étaient pas longs à prendre, et les choses suivaient naturellement leur cours, sans qu’il y eût d’un côté le moindre effort de séduction et de l’autre le moindre amour. Si bien cachée que fut l’intrigue, Joséphine finissait par s’en apercevoir. Alors, scène de jalousie, renvoi de la jeune personne, laquelle, ayant reçu d’ordinaire une bonne dot, concluait, avec quelque seigneur de peu de scrupule, un excellent mariage et faisait souche ensuite de gens d’importance.
Ainsi en fut-il pour Félicité Longroy, fille d’un huissier du Cabinet, que Joséphine avait appelée aux fonctions de dame d’annonce. Comme telle, elle se tenait dans un salon qui précédait les petits appartements et n’avait d’autre mission que d’ouvrir les battants des portes devant l’Empereur et devant l’Impératrice. Elle touchait pour ce faire 3, 600 francs par an, et, en 1806, Joséphine lui accorda un supplément
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de 600 francs. Mais Félicité Longroy ne compte pas, c’est presque une servante.
Mademoiselle Lacoste est d’un niveau un peu plus relevé. C’est une jolie blonde, un peu maigre, mais d’une taille charmante, d’une figure spirituelle et distinguée. Elle est orpheline, sans nulle fortune, a été élevée par une tante que l’on dit intrigante et qui s’ingénie, en effet, pour la faire présenter à Joséphine. Celle-ci s’attendrit et la recueille en lui donnant le titre vague de lectrice . Cette lectrice ne fut point fatiguée par ses lectures, car presque aussitôt qu’elle eut été nommée, la Cour partit pour Milan, où devait avoir lieu le couronnement. Mademoiselle Lacoste suivit la Cour, sans en être, n’ayant point, comme lectrice, d’accès dans le salon de service, ne pouvant se mêler pourtant aux femmes de chambre près de qui on la logeait, isolée et perdue dans ce monde nouveau. A Stupinigi, l’Empereur la regarda ; il la remarqua à Milan. Le traité n’exigea pas grands protocoles ; mais Joséphine s’aperçut qu’il était conclu. De là, terrible scène : la lectrice dut partir, et l’on fit venir de Paris sa tante pour l’y ramener. Mais, avant, l’Empereur exigea qu’elle parût une fois au cercle de l’Impératrice : scandale nouveau, car une lectrice n’était point pour sortir de l’Appartement intérieur. Joséphine, pourtant, se résigna. A son retour à Paris, Napoléon s’occupa de faire marier Mademoiselle Lacoste. Elle épousa un riche
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financier, fit une fort honnête mère et ne reparut jamais aux Tuileries.
Dans ce même voyage d’Italie, à Gênes, au milieu des fêtes célébrant la réunion à la France de la République ligurienne, on plaça sur le chemin de l’Empereur une dame Gazzani ou Gazzana (la désinence est fréquemment intervertie), née Bartani, fille, les uns disent d’une chanteuse, les autres d’une danseuse du Grand-Théâtre. On l’avait d’abord fait venir à Milan, pour complimenter Joséphine, en compagnie fort mêlée, où, à côté de fort grandes dames, des Negrone, des Brignole, des Doria, des Remedi, se trouvait cette Bianchina La Flèche destinée à un Ijrillant avenir en Westphalie ; mais à eette première fois, rien de fait ; on fut plus heureux à la seconde.
Garlotta Gazzani était grande, un peu trop maigre, plutôt belle que gracieuse : elle dansait mal ; des extrémités médiocres, aussi ses mains étaient-elles presque toujours gantées ; mais le visage parfait, le type même de la beauté italienne : des lignes d’une pureté absolue, des yeux noirs très grands et très briUants, nu accord complet de tous les traits, que relevait un petit rire de côté montrant des dents éclatantes. Chacune des femmes qui l’ont vue s’accorde à la louer ; preuve irrécusable qu’elle était très belle sans doute, mais qu’elle manquait de la qualité suprême que les femmes envient aux autres femmes. Un homme qui s’y connaissait a pu dire : « J’ai été fort lié d’amitié
MADAME GAZZANI (Carlotta Bartani)
MINIATURE PAR AUGUSTIN (Appartenait à M. Chappey)
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avec elle ; j’ai vu successivement chez elle des gens m’en paraissant fort épris ; jamais je n’en ai été amoureux. » Cela dit tout. Ce fut le premier chambellan, M. Rémusat, qui se chargea de produire Madame Gazzani. « Il persuada à l’Empereur de la placer auprès de l’Impératrice en qualité de lectrice. » C’est Madame Rémusat qui le confesse : on voit que Talleyrand n’était point seul à avoir toujours, comme disait Napoléon, des maîtresses plein ses poches.
Madame Gazzani, qu’on appelle alors Gazzani Brentano, et qui, beaucoup plus tard, prit, on ne sait comment, le titre de baronne de Brentano, fut donc lectrice , en remplacement de Mademoiselle Lacoste, aux appointements de 5oo francs par mois.
De i8o5 à 1807, rien ne la met en vue : l’Empereur est sans cesse en route : c’est Austerlitz, puis toute la campagne de Prusse et de Pologne. Au retour, à Paris d’abord, puis à Fontainebleau, elle se place en ligne. Ce n’était pas avec 6,000 francs par an qu’elle pouvait suffire à sa dépense, avancer son mari et mettre sa fille en position de faire, par la suite, un grand mariage. Elle vit l’occasion et la saisit. On la logea de façon qu’elle pût, à toute heure, se rendre aux ordres de l’Empereur, et dès que l’Empereur la fit appeler, elle s’empressa ; d’ailleurs, elle ne chercha pas à se poser en favorite et accepta modestement son rôle ^en-cas. L’Impératrice, dont