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la jalousie s’était d’abord éveillée, se rassura vite lorsqu’elle eut, par Napoléon lui-même, la confidence entière de ce qui s’était passé.
Aussi bien. Madame Gazzani gardait l’attitude la plus respectueuse et la plus soumise, se tenait à sa place et n’élevait aucune prétention. Elle eut pourtant l’entrée aux cercles et dans le salon de service ; mais, cette faveur accordée. Napoléon ne lui témoigna, en public, aucun égard particulier, laissant les dames du Palais la traiter à leur guise, faire le vide autour d’elle et déserter les coins où elle s’asseyait.
Cela dura peu : par la suite, plusieurs, et non des moins hautaines, s’adoucirent au point d’admettre Madame Gazzani dans leur bande. Elle eut une sorte de salon où les plus élégants de la Cour se réunissaient plusieurs fois par semaine. On y jouait aux jeux innocents, on faisait des charades. Le prince de Saxe-Cobourg, le futur mari de la princesse Charlotte d’Angleterre, le futur roi des Belges, n’en quittait pas. Elle avait obtenu quelque chose de plus solide que les honneurs de Cour : la recette générale d’Évreux pour son mari. Après le divorce, elle fut l’y retrouver, et, étant tout à portée de Navarre, où résidait Joséphine, entra dans la grande intimité de la maison. Elle y était retenue par sa liaison avec un écuyer de l’Impératrice, M. Pourtalès, lequel subvint largement à ses dépenses jusqu’au jour où il épousa Mademoiselle de Castellane. Depuis Fontainebleau, l’Empereur ne l’avait revue que par hasard : il ne
LES LECTRICES
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l’avait jamais aimée, et il ne semble point qu’il ait eu jamais occasion de parler d’elle.
Madame Gazzani s’en consola. Sa fille Cliarlotte- Josépliine-Eug-énie-Claire, qualifiée baronne de Brentano, épousa M. Alfred Mosselman, dont elle eut une füle mariée à M. Eugène Le Hon.
Par contre, il a souvent été parlé d’une certaine Mademoiselle Guillebault, qui, fille, dit-on, d’un banquier ayant fait de mauvaises affaires, fut, en 1808, appelée à doubler, comme lectrice. Madame Gazzani. Madame Guillel^ault, la mère. Irlandaise de naissance, avait trois filles dont deux, déjà grandes personnes, dansaient dans les salons en jouant du tambour de basque et en prenant des attitudes. L’aînée s’introduisit chez la princesse Élisa, qui lui fit faire un bon mariage, et la cadette, qui, affirme-t-on, n’avait été cruelle ni pour Murat ni pour Junot, sut se faire prendre en gré par la reine Hortense, qui s’enticlia de sa jolie figure et des agréments de sa danse.
A un bal masqué que donnait Caroline à l’Elysée, Hortense, qui devait mener un quadrille de vestales, imagina de costumer Mademoiselle Guillebault en Folie et de la mettre, tambour de Ijasque en main, à la tête de son en trée. Dès qu’elle aperçut cette Folie, Caroline, qui avait double raison d’être jalouse, se précipita : il y eut une scène fort vive entre les deux belles-sœurs, et, finalement, la Folie prit la porte.
Pour lui donner revanche et se la donner à elle-
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même — car cela lit im épisode de la lutte constamment ouverte entre Bonaparte et Beauharnais, — Hortense inventa de présenter Mademoiselle Guillebault à sa mère, qui, pour laire pièce à Caroline, se l’attacha comme lectrice. C’était fort peu de temps avant le voyag-e de Bayonne.
A Marrac, lorsqu’on fut installé. Mademoiselle Guillebault, à laquelle l’éticpiette fermait dans la journée la porte du salon, et cpii n’était introduite que quelquefois, dans la soirée, pour faire de la musique, passait tout son temps dans ce qu’on appelait sa chambre, un galetas en vérité, car ce château de Marrac était tout petit et nullement bâti pour loger une cour.
Comme elle était coquette, s’ennuyait ferme et aspirait à faire fortune, elle se trouva fort heureuse quand un domestique — le mameluck tout uniment — vint la prévenir de la visite de l’Empereur. Les choses allaient merveilleusement à son gré, lorsque Lavallette, qui, en sa qualité de directeur général des Postes, surveillait les correspondances des personnes attachées à la Maison, envoya à Napoléon une lettre adressée à la demoiselle par sa mère. « On l’y stylait, on lui traçait le rôle qu’elle devait jouer, on lui recommandait de l’adresse, et on insistait surtout pour qu’elle ne manquât point de se ménager à propos et à tout prix des traces vivantes qui pussent prolonger sa faveur ou lui réserver de grands rapports d’intérêt. » La saleté de cette intrigue, derrière
MADEMOISELLE GUILLEBAULT (Madame Sourdeau)