‹ Napoléon et les femmesChapitre 18 sur 25 · SUISSE, ETC., ETC., ETC · texte numérisé non relu

SUISSE, ETC., ETC., ETC

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

Article premier. — Les biens situés dans le royaume de Naples désignés dans l’état ci-joint et qui font partie de Notre Domaine privé, sont donnés comme Nous les donnons par le présent décret au comte Alexandre-Florian-Joseph Coloima-Walewski, pour composer le majorât que Nous instituons en sa faveur et auquel Nous affectons le titre de comte de l’Einpii’e.

Art. 2. — Ces biens seront transmissililes à la descendance dmecte, légitime, naturelle ou adoptive, de mâle en mâle, par ordi-e de primogéniture, dudit comte Walewski.

Art. 3. — S’il arrive que le comte Walewski vienne à décéder sans enfants mâles. Nous ordonnons cjne ses filles, s’il en a, nées d’im légitime mariage, soient appelées à recueillir les biens composant le majorât et à les diviser entre elles par parties égales.

Art. 4- — Dans le cas prévu par le précédent article, la part des susdits biens échéant à chacune des tilles du comte W^alewski sera transmissilile avec le titre de comte à la descendance directe, légitime, natiu’elle ou adoptive, de mâle en mâle, par ordre de primogénitiire, de celle qui l’aura recueillie.

Art. 5. — Conformément à Nos statuts du i®'' mars 1808, les biens composant le majorât du comte Walewski feront retour à Notre Domame privé, 1“ si ledit comte Walewski décède sans postérité ; 2° par l’extinction de la descendance masculine ; 3° par l’extmction de la ligne mascu-

line de chacune des filles dudit comte Walewski, qui, par l’effet de l’article 3, auraient été appelées à recueillir une portion du majorât.

Art. 6. — Jusqu’à la majorité du comte Walewski, Nous entendons que la dame Marie, comtesse Colonna-Walewska, née Laczinska, sa mère, ait la pleine et entière jouissance des revenus et fruits composant le majorât, à la charge pour elle de pourvoir à l’entretien et à l’éducation de son fils suivant son état, comme aussi d’administrer lesdits biens ainsi que le ferait rm bon père de famille et sans que ladite dame Walewska soit tenue de rendre aucun compte des revenus et fruits desdits biens, duquel compte Nous la dispensons par exprès.

Art. 7. — A compter de la majorité du comte Walewski et lorsqu’il sera rentré en pleine jouissance de son majorât. Nous le chargeons de payer à ladite dame Walewska, sa mère, une pension annuelle et viagère de cinquante mille francs.

Art. 8. — Arrivant le cas prévu par l’article 3, où, par le décès du comte Walewski sans postérité mâle, le majorât se trouverait transporté aux filles dudit Walewski , chacune d’elles sera tenue de payer la susdite pension pour la part qu’elle aura recueillie dans les biens du majorât.

Art. 9. — Si le majorât fait retour à Notre Domaine privé. Nous entendons que ladite dame Walewska conserve jusqu’à son décès la pleine et entière jouissance des revenus et des fruits des biens composant le majorât.

Art. 10. — L’état des biens que Nous affectons au majorât du comte Walewski sera adressé avec le présent décret à Notre Cousin le Prince Archichancelier de l’Empire, afin que, sur les poursuites et diligences de ladite dame Walewska, il fasse rédiger dans les formes ordinaires les lettres patentes conformes aux dispositions du présent décret, conmie aussi pour qu’il ait à procéder à l’acte de l’investiture que Nous autorisons ladite dame Walewska à prendre au nom de son fils, dérogeant à cet égard et en tant que besoin à toutes lois, règles et usages contraires.

Art. II. — Après l’expédition de Nos lettres patentes et lorsque ladite dame Walewska aura pris l’investiture, l’intendant général de Notre Domaine privé mettra ladite dame Walewska au nom de son fils en possession des biens dont Nous disposons par le présent décret et lui remettra tous les titres cjui en justifient la propriété.

Art. 12. — Notre Cousin, le Prince Archichancelier de l’Empire, et l’Intendant Général de Notre Domaine privé sont chargés, chacun en ce qui les concerne, de l’exécution du présent décret.

Au Palais de Saint-Cloud, le 5 mai 1812.

Par l’Empereur ;

Le Ministre Secrétaire d’État, Intendant général du Domaine privé, Le comte Daru.

MADAME WALEWSKA

Ce majorât composé, ainsi qu’il résulte de l’état joint au décret, de soixante-neuf fermes ou parcelles de terre louées à divers moyennant une somme totale de 169,516 fr. 60, provenait des biens réservés par l’Empereur lors de l’accession de Murat au trône de Naples et formait le reliquat des domaines qui avaient servi à établir les dotations des ducs d’Otrante, de Gaëte et de Tarente, et du comte Rég-nier.

Les lettres patentes furent signées par l’Empereur à Kônigsberg le i5 juin; l’investiture du majorât fut donnée par le Conseil du Sceau le i3 août, le mandataire de Madame Walewska prit possession des biens le 12 octobre, et la jouissance des loyers data du commencement de l’année rurale.

Madame Walewska était venue à Varsovie pour assister à la résmTCction de sa patrie. L’archevêque de Malines l’y traitait en « fac-similé d’impératrice », et l’on s’étonnait de son « aplomb modeste » dans une situation assez difficile, car on ne doutait point que, sous prétexte de ses affaires, le vrai mobile de son voyage n’eût été l’espoir d’être appelée au quartier général. Elle n’y fut point mandée et retourna à Paris, où il semble qu’elle se répandit davantage dans le monde. Ce n’est pas parce que, sur les invitations réitérées de Joséphine, elle se rend à Malmaison avec son fils que l’Impératrice comble de joujoux et de cadeaux; mais c’est qu’on lui voit des toilettes qui ne peuvent être faites que pour la cour impériale. Voici paraître en i8i3 deux grands habits:

l’un est une robe de velours noir avec cliérusque en tulle lamé d’or fin, l’autre un grand lial3it en tulle blanc avec cliérusque et toque à plumes.

Jusque-là, bien qu’elle soit élégante et que, pour ses robes du soir, elle dépense, chez Leroy seulement, plus de trois mille francs par semestre, elle n’a point de robe de cour. Dans ses toilettes, elle continue à affectionner le blanc ou les nuances éteintes, un peu endeuillées ; on lui voit des robes en levantine lilas, en tulle blanc avec trois montants d’acacia, en tulle blanc garni en roses effeuillées et appliquées ; ou bien c’est le blanc et le bleu, les couleurs polonaises : comme une robe en taffetas ombré bleu et blanc, une robe en tulle bleu garnie de bruyères et de marguerites blanches...

Napoléon, pour se souvenir d’elle, n’a pas besoin qu’elle se montre à la Cour : il n’en faut pour preuve qu’une lettre écrite de Nogent, le 8 février 18147 au milieu des angoisses de la campagne de France, au lendemain de Brienne, à la veille de Champaubert : craignant que Murat ne confisquât la première dotation, il a chargé son trésorier général, M. de la Bouillerie, d’établir un nouveau majorât de cinquante mille livres de rente pour le jeune comte Walewski, de façon que, en cas qu’il mourût, sa mère en fût héritière. Il s’inquiète à la pensée que toutes les formalités ne sont pas accomplies, que les actions sur les Canaux formant 3o,ooo livres de rente ne sont point immobilisées, que les vingt autres mille francs

MARIE WALEWSKA (Née Laczinska)

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