‹ Napoléon et les femmesChapitre 2 sur 25 · IM>- O · texte numérisé non relu

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LA JEUNESSE

— Je suis de Nantes en Bretagne.

— Je connais ce pays-là... Il faut, Mad^ (sic) que vous me fassiez le plaisir de me raconter Vhistoire de la perte de votre P

— C’est un officier qui me l’a pris.

— En êtes-vous fâchée ?

— Oh! oui, je vous en réponds. (Sa voix prenait une saveur, une onction que je n’avais pas encore remarquées.) Je vous en réponds : ma sœur est bien établie actuellement; pourquoi l’ eus-je pas été?

— Comment êtes-vous venue à Paris?

— L’officier qui m’avilit, que je déteste, m’abandonna. Il fallut fuir l’indignation d’une mère. Un second se présenta, me conduisit à Paris, m’abandonna, et un troisième, avec lequel je viens de vivre trois ans, lui a succédé. Quoique Français, les affaires l’ont appelé à Londres, et il y est. Allons chez vous.

— Mais qu’y ferons-nous ?

— Allons, nous nous chaufferons et vous assouvirez votre plaisir. »

.Pétcds bien loin de devenir scrupuleux . Je l’avais agacée pour qu’elle ne se sauvât pas quand elle serait pressée par le raisonnement que je lui préparais en contrefaisant une honnêteté que je voulais lui prouver ne pas avoir...

Le jour qu’il écrit ce récit, Bonaparte a dix-huit ans et trois mois, étant né le i5 août 1769.

L’oii a le droit de croire que c’est là la première

femme à laquelle il se soit adressé, et, en repassant très rapidement l’iiistoire de son enfance, on trouvera sans doute que les motifs de conviction sont suffisants.

11 est parti d’Ajaccio pour la France le i5 décembre 1778, à l’àge de neuf ans et demi. Les souvenirs féminins qu’il a emportés de son île sont ceux de sa nourrice, Gamilla Carbone, veuve Ilari; de ses vieilles bonnes et d’une petite compagne d’école, la Giacomiiietta, dont il parlera souvent à Sainte-Hélène. Il a plus tard comblé de biens sa nourrice, la fille de cette nourrice. Madame Tavera, et sa petite-fille. Madame Poli, à laquelle il avait lui-même donné au baptême le nom de Faustine. S’il n’a pu rien faire pour son frère de lait, Ignatio Ilari, c’est que celui-ci avait, très jeune, embrassé le parti anglais et était entré dans la marine de guerre britannique.

Au collège d’Autun, où il séjourne du janvier au 12 mai 1779; au collège de Brienne, où il demeure

de mai 1779 au 14 octobre 1784; à l’Ecole militaire de Paris, où il passe une année, du 22 octobre 1784 au 3o octobre 1786, nulle femme.

Une aventure antérieure à celle du 22 novembre 1787 ne pourrait se placer qu’entre sa sortie de l’École militaire et son retour à Paris; mais, parti pour Yalence le 3o octobre 1786, il a quitté Valence, en semestre, pour la Corse, le 16 sej)tembre 1786, après un séjour de moins d’une année; il n’est revenu de Corse que le 12 septembre 1787, et c’est alors qu’il a fait son voyage à Paris.

LA JEUNESSE

Ce n’est pas en Corse cpi’il s’est émancipé. Ce n’a pas été davantage à Valence, durant les dix mois qu’il J a passés en ce premier séjour. Il s’y est montré très timide, un peu mélancolique, fort occupé de lectures et d’écritures, désireux de se faire bien venir pourtant, de se faire agréer par la société. Par Mgr de Tardivon, abbé de Saint-Rnff, aiic[uel il a été recommandé par les Marbenf, et qui, général de sa congrégation , crossé et rnitré, donnait le ton à Valence, il a été introduit dans les meilleures maisons de la ville, chez Madame Grégoire du Colombier, chez Madame Lauberie de Saint -Germain et chez Madame de Laiirencin.

Ce sont des dames qui, les deux dernières surtout, ont le meilleur ton de la province et c{ui, appartenant à la petite noblesse ou à la bourgeoisie vivant noblement, ont des préjugés sur les mœurs des officiers qu’elles admettent à fréquenter chez elles et ne laisseraient point leurs filles en intimité avec des jeunes gens dont la conduite serait suspecte.

Avec Carobne du Colombier, à laquelle sa mère laisse plus de liberté, Bonaparte a peut-être cjuelque vague idée de mariage, cjuoicju’il ait dix-sept ans à peine et qu’elle soit bien plus âgée. Mais, s’il eut du goût pour elle, si -elle en montra pour lui, la cour qu’il lui lit fut de tous points chaste et réservée, un peu enfantine, tout à la Rousseau, — le Rousseau de Mademoiselle Galley. Lorsqu’il cueiUait des cerises avec Mademoiselle du Colombier, Bonaparte ne pen-

sait-il pas aussi : « Que mes lèvres ne sont-elles des cerises ! Comme je les lui jetterais ainsi de bon cœur ! » Elle ne tarda pas à épouser ^1. Garempel de Bressieux, ancien olïicier, qui remmena habiter un château près de Lyon. Près de vingt ans après, à la fin de l’an XII, Napoléon, qui n’avait point revu sa cueilleuse de cerises, reçut au cainj) de Boulogne une lettre où elle lui recommandait son frère. Il répondit courrier j^ar courrier et, avec rassurance (ju’il saisirait la première occasion d’être utile à M. du Colombier, il disait à Madame Caroline de Bressieux : <( Le souvenir de Madame votre mère et le vôtre m’ont toujoui‘s intéressé. Je vois par votre lettre que vous demeurez près de Lyon; j’ai donc des reproches à vous faire de ne pas y être venue pendant que j’y étais, car j’aurai toujours un grand plaisir à vous voir. »

L’avis lie fut point perdu, et lorsque l’Empereur, allant au sacre de Milan, passa à Lyon le 22 germinal an XIII (12 avril i8o5), elle fut des premières à se présenter : elle était bien changée, bien vieillie, plus du tout jolie, la Caroline d’antan. N’importe, tout ce qu’elle demamla, elle l’obtint : des restitutions de biens, une jilace pour sou mari, une lieutenance pour son frère. En janvier 1806, pour le nouvel au, elle se rajjpelle au souvenir de l’Empereur, lui demandant des nouvelles de sa sauté. Napoléon répond lui-même presque aussitôt. Eu 1808, il la nomme Dame pour accompagner jMadanie Mère, charge M. de Bressieux

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