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MADAME WALEWSKA
sur le Grand livre ne sont point inscrits, et il écrit de sa main à la Bouillerie :
« J’ai reçu votre lettre relativement au jeune Walewska (sic). Je vous laisse carte lîlanclie. Faites ce qui est convenable, mais faites de suite. Ce qui m’intéresse, c’est surtout l’enfant, et la mère après.
« Nogent, 8 février. »
De cela, elle ne sait rien, car jamais âme ne fut plus désintéressée que la sienne. A Fontainebleau, aux derniers jours, lorsque l’Empereur, abandonné de tous, venait de cherclier dans la mort un asile que sa destinée lui refusa, elle arrive, et, toute une nuit, dans une antichambre , elle attend qu’il la fasse appeler. Lui, absorbé par ses pensées, épuisé par cette crise physique qu’il vient de traverser, ne songe à la demander qu’une heure après cju’elle est repartie, a La pauvre femme ! dit-il, elle se croira oubliée ! »
Elle lui écrit et, de sa main, il répond :
(( Marie, j’ai reçu cotre lettre du i5. Les sentiments qui cous animent me touchent cicement. Ils sont dignes de cotre belle âme et de la bonté de cotre cœur. Lorsque cous aurez arrangé cos affaires, si cous allez aux eaux de Liicqiies ou de Pise, je cous cerrai acec un grand et cif intérêt ainsi cjiie cotre fils pour qui mes sentiments seront toujours incariables. Portez-cous bien, n’ayez point de cïia-
gi^in, pensez à moi avec plaisir et ne doutez jamais de moi. »
« Le 1 6 avril. »
Ail mois d’aoiit, elle est à Florence. Elle va s’embarquer pour aller à Naples reconnaître les biens qui sont à son fils et solliciter de Murat qu’il les lui conserve. Elle fait demander à l’Empereur de vouloir bien la recevoir et, à la fin du mois, accompagnée de son fils, de sa sœur, de son frère, le colonel Laczinski, elle débarque à l’île d’Elbe et passe une journée près de l’Empereur à l’Ermitage de la Marciana. En i8i5, dès qu’elle apprend le retour de Napoléon à Paris, elle se hâte d’accourir et, parmi ces femmes dont le dévouement survit à la fortune et qui se montrent les plus assidues à l’Elysée et à Malmaison, c’est elle qu’il faut citer la première.
Mais, après le départ pour Sainte-Hélène, elle se crut libre. M. Walewski étant mort depuis 18145 elle épousa en 1816, aux environs de Liège, où il avait dû se réfugier après le second retonr des Bourbons, un cousin de l’Empereur, le général comte d’Ornano, ancien colonel des Dragons de la Garde, un des plus brillants et des plus braves officiers de la Grande Armée. Ce mariage affecta vivement le captif de Sainte-Hélène. « L’Empereur, dit un de ses compagnons, avait toujours conservé une tendresse extrême à Madame Walewska, et il n’était pas dans sa nature de permettre à ce qu’il aimait d’aimer autre
LE DIVORCE
chose que lui. » Au reste, la pauvre femme n’eut point le temps de se familiariser avec le bonheur. Le 9 juin 1817, elle aceouche à Liège d’un fils : Rodolphe-Auguste d’Ornano. Elle rentre à Paris, où son mari a obtenu de revenir, et, à peine arrivée, elle meurt en son hôtel de la rue de la Victoire, le i5 décembre 1817.
Quant au « jeune Walewska », dont l’Empereur avait dit dans son testament : « Je désire qn’AlexancRe Walewski soit attiré an service de Franee dans l’armée », on sait quelle brillante carrière il a remplie. Sa vie de soldat, d’écrivain, de diplomate et d’homme d’État est mêlée trop intimement à l’histoire contemporaine pour qu’il soit nécessaire de s’y étendre et pour qu’il soit opportun de l’apprécier.
LE DIVORCE
La mort de Napoléon -Charles a aboli les rêves d’hérédité que Napoléon avait formés ; la naissance de Léon a dissipé ses incertitudes sur sa descendance ; l’amour pour Madame Walewska a fait décroître dans son cœur l’image de Joséphine. A Tilsit, il n’y a peut-être point un échange direct de paroles sur une allianee avee une grande-duchesse de Russie, mais, dès le retour de Tilsit, tout se prépare en vue du divoree : pour la première fois, l’Empereur en accepte l’idée. Seulement iei, de la eonception de l’idée à la réalisation, quel long intervalle ! Ailleurs, dans les
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opérations où son esprit seul est engagé, lorsque la résolution est prise, il ne souffre point de délai et poursuit son but sans que rien l’arrête. Ici, c’est bien son esprit qui a envisagé les inconvénients de la stérilité de Joséphine, les avantages d’un divorce et d’un second mariage, mais c’est son cœur qui s’oppose à ses desseins politiques et qui, durant deux pleines années, de juillet 1807 à octobre 1809, le fait hésiter, se donner et se reprendre, dans une attitude étrange que la politique n’explique point, que l’amour seul détermine.
Avant que Napoléon ait acquis l’énergie de rompre avec une femme à laquelle l’ont attaché une hal^itude de dix années, une grande passion, l’ardeur de son tempérament, la vanité même, une femme qu’il a aimée assez pour l’appeler à partager son trône et pour la préférer quelquefois, elle et les siens, à ceux qui lui tiennent par le sang, il faut que, fil à fil, le lien qui les unit se soit usé et brisé et que le divorce, cessant d’être seulement profitable, soit devenu nécessaire. Du premier coup, il n’a pu se résigner à sacrifier cette compagne à laquelle il prête d’autant plus de qualités qu’il se croit au moment de se rendre plus coupable envers elle. « Elle n’y résistera point : elle en mourra ! » N’en arrive-t-il pas à penser que sa fortune à lui dépend d’elle et de son étoile?
Mais ce n’est point une vaine superstition qui l’arrête, pas même le souci de l’opinion que prendront de lui ses anciens compagnons d’armes, l’armée et le
JOSÉPHINE Impératrice et Reine i^63-i8i4
TABLEAU PEINT PAR GERARD EN l8o (A S. A. S. le duc de Leuchtenberg)
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peuple, si, deux années après le couronnement, il réj)udie la femme qu’il a fait sacrer : il ne s’occupe point de l’opinion, il n’écoute que son cœur et il recule. Devant ses hésitations, quelques-uns de ses plus affidés, tels que Fouché, s’imaginent de précipiter le dénouement, et veulent, par d’adroites insinuations, déterminer Joséphine à prendre elle-même l’initiative du sacrifice. Napoléon ne peut méconnaître que cet excès de zèle peut être inspiré par les projets qu’il a formés, que même il a laissé entrevoir. Mais, plus il se sent faible, plus il est violent; il s’encolère, il désavoue rudement Fouché, il le traite comme jamais homme de quelque condition qu’il fût n’a jamais été traité par lui. C’est lui qu’un de ses ministres a pensé faire céder à sa pression ! Et ce ministre, ce policier fuyant, se permet de pénétrer dans sa vie intime, d’introduire sa face hideuse dans la chambre conjugale ! Joséphine profite de l’indignation momentanée, et, bien dirigée par Talleyrand, qui, cette fois, pour une cause ou une autre, veut faire obstacle à Fouché, elle va droit à Napoléon, qui n’ose avouer son projet, hésite, chancelle, se laisse reprendre.
Alors, c’est fini pour un temps des listes de princesses nubiles établies d’après les almanachs, des renseignements confidentiels réclamés des agents extérieurs, des portraits soigneusement réunis pour se former une opinion. Napoléon « revient à sa femme bien plus que par le passé, par de fréquentes visites
nocturnes. Il la presse dans ses bras, il pleure, il lui jure la tendresse la plus vive. » En vain l’ attaquet-on à nouveau et eroit-on l’avoir convaineu, la vue de sa femme ranime en lui tous les sentiments anciens , et e’est elle , maintenant , qui , prenant son avantage, pose la question et envisage, en apparenee plus résolument que lui - même , l’iiypotlièse du divorce. Ce n’est point elle — et elle le lui signifie — qui viendra au-devant de sa résolution : s’il ordonne, elle obéira ; mais il faut qu’il commande . Et il n’a point la foree de eommander. Pour assurer son pouvoir, pour fonder l’édifiee de sa dynastie, pour garantir — selon les prévisions humaines — la perpétuation de son œuvre, « l’homme au cœur de fer » doit écarter une femme, et il ne le peut pas.
Pour amoureux qu’il est redevenu, au moins par intermittenees, s’est-il fait plus fidèle? Non, — et dans le sentiment qu’il éprouve pom" sa femme, la fidélité n’a rien à voir. Son amour est fait de souvenirs, de pitié, de reconnaissance, de tendresse ; le désir n’y est qu’une réminiseence, sans illusion sur la beauté et la jeunesse de la femme. Par suite, si Napoléon trouve à sa portée des femmes plus jeunes et plus jolies, il peut fort bien les désirer et les prendi’e, sans que son affection pour Joséphine en soit diminuée. Ce séjour à Paris et à Fontainebleau, d’août à octobre 1807, est le beau temps de Madame Gazzani, et même Madame Gazzani n’est point seule. L’amusement purement physique qu’elle proem’e, et
LE DIVORCE
auquel son extrême beauté a pu seule donner un semblant d’intérêt, ne pouvait oecuper Napoléon deux mois durant. A Fontainebleau, on croit qu’il va devenir amoureux de Madame de B..., dame pour accompagner la princesse Pauline . Cette dame de B..., dont le mari a un semblant d’alliance avec les Beauliarnais et qui doit à cette parenté lointaine sa place à la Cour, en est une des plus jolies femmes. Sa beauté superbement épanouie — elle vient d’avoir vingt -huit ans — s’étale sur un corps gigantesque, un corps de cinq pieds six pouces. Certains trouvent même que, pour cette immense taille, la tête est trop petite et les traits enfantins ; mais ceux-là ne l’ont point vue en reine du jeu d’échecs au quadrille du bal Marescalclii. De l’esprit, avec cela, point d’argent et nul préjugé. L’Empereur la voit aux déjeuners de chasse, dont elle ne manque pas un, et la remarque ; il le lui fait savoir, et l’on dit même qu’il le lui écrit . Son appartement ayant été choisi au rez-de-chaussée du château, sur le jardin de Diane, est propice aux visites du soir : il faut passer par la fenêtre , et , dans l’embrasure , une haute marche expose les imprudents à des chutes bruyantes, mais la dame est accueillante et sait faciliter les accès. Elle s’en trouve bien, et le mari, fort âgé et des plus naïfs, s’en frotte les mains, u Ma femme, dit-il un jour dans un salon, a dans l’esprit des ressources incroyables. Nous ne sommes pas riches, et nous le paraissons grâce à son talent : c’est un vrai trésor ! »
Tant elle travaille qu’elle le fait ehambellan d’un des Rois frères de l’Empereur, le dernier promu, et baron de l’Empire, pour qu’elle soit baronne. Mais l’aventure, dont quelques-uns ont douté tant le secret fut bien gardé, n’est point suivie après le voyage de Fontainebleau, et le mari doit rabattre de ses joies. Il éprouva d’autres déplaisirs. Madame de B... se brouilla avec sa princesse à propos d’un brillant officier ; elle fut rayée des listes impériales et dut se retirer dans sa terre, tandis que l’officier partait pour l’Espagne, où il fut grièvement blessé. Au retour, après guérison pour lui et divorce pour la dame, il y eut mariage, et l’on serait indiscret à citer des dates.
Peut-être encore à ce moment se trouve-t-il quelque temps en liaison avec une autre dame de la princesse Pauline, une certaine Madame de Matliis pour laquelle nul ne paraît s’expliquer le goût qu’il a pris. « Elle est, dit Tun, petite, blonde, ronde comme une boule et un peu moins fraîche qu’une rose. » « C’était, dit un autre, une petite blonde assez grasse à laquelle je ne trouvais rien de remarquable et je n’ai jamais conçu ce sentiment-là. » Elle vécut tard et avec sa perruque blonde toute frisottée, sur sa tête trop grosse pour son corps, si épais fût-il, que des toutes petites jambes portaient à peine, on s’étonnait qu’elle eût jamais pu avoir quelque agrément et que l’Empereur l’eût trouvée de son goût. Mais elle en avait des preuves écrites et qu’elle ne se faisait pas faute de montrer.