‹ Napoléon et les femmesChapitre 24 sur 25 · V. *' !r/"' ï, i /iï- i'i-'ï · texte numérisé non relu

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MARIE-LOUISE

ait aimée, Tunique pourrait-on dire, qui ait occupé sa pensée, c’est le pouvoir. Et ce pouvoir, si ardemment refusé à Joséphine que, pour un mot où elle semble parler de politique, il lui inflige, par le Moniteur, le plus cruel des désaveux ; ce pouvoir, dont Napoléon est jaloux à ce point que, ni à ses plus vieux conseillers, ni à ses frères, ni à qui que ce soit au monde, il n’a consenti à en abandonner l’ombre seulement; en i8i3, anx heures les plus périlleuses pour son empire , il le partage avec sa femme. Il établit solennellement Marie-Louise régente de l’Empire : Impératrice, Reine et Régente !

Sans donte, l’abandon est plus apparent que réel ; — sans donte nulle décision grave ne doit être prise sans qu’il intervienne ; sans doute, en Russie, il a eu la sensation du désastre, l’impression qu’il pouvait y rester, et, au retour, se lançant en des risques plus grands encore, il a prétendu assurer, pour le cas où il disparaîtrait, la transmission de sa couronne, mais encore fallait-il se dépouiller, et il l’a fait. A présent, les décrets sont rendus, au nom de l’Empereur, par l’Impératrice ; par l’Impératrice, les grâces sont accordées, les nominations signées, les proclamations lancées. A présent, plus de ces Rulletins par lesquels, depuis 1800, le maître faisait partout entendre sa parole, annonçait et commentait ses victoires, distribuait la gloire et rendait ses comptes de conquêtes ; c’est « Sa Majesté l’Impératrice Reine et Régente qui a reçu de l’armée telles ou telles nouvelles ». Les

conscrits de l’année funeste ce sont ses conscrits à elle : les Marie-Louise, comme le peuple les appelle.

Du haut en bas de l’échelle gouvernementale, les faiblesses se manifestent, les défeetions se préparent, les trahisons s’aeeomplissent . 11 n’est plus là. Son nom même a disparu. Ce nom de Marie-Louise, on ne le eraint point. Il ne dit rien au peuple, il ne signifie rien. Mais Napoléon n’en veut point démordre : il s’applaudit de ee qu’il a établi. Sa femme en sait, à elle seule, plus que Cambacérès, plus que tons les Bonaparte réunis. Plus la catastrophe est proche, plus le péril est imminent, plus il s’attache à cette pensée que elle, elle seule, sauvera tout.

Et, par hasard — ear de son départ de Paris, et de la capitulation, et du reste, elle n’est pas responsable — par hasard, e’est par elle que tout est perdu. Il lui écrit une lettre en clair, non chiffrée, où il lui indique le mouvement suprême qu’il va tenter contre les armées alliées. Cette lettre tombe aux mains des coureurs de Blüeher, et Blüeher s’empresse de la mettre, décachetée, <( aux pieds de la fille auguste de Sa Majesté l’empereur d’Autriche ».

L’ILE D’ELBE

En toute cette eonfianee marquée, étalée, affirmée. Napoléon a-t-il été uniquement guidé par l’amour? En cette façon d’agir, la politique avait-elle sa part? Comptait-il que l’empereur d’Autriche, rencontrant

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en face sa fille et son petit-fils, détournerait ses coups, n’oserait et ne pourrait frapper? Avec l’Impératrice, mise ainsi en vedette, préparait-il déjà, pour le cas de revers insurmontables, une abdication personnelle qui sauverait au moins sa dynastie? S’était-il figuré que les souverains d’Europe, trouvant, non plus lui, mais une des leurs, et non des moins qualifiées, installée sur ce trône, hésiteraient à l’en renverser, accepteraient et confirmeraient la substitution qu’il aurait lui - même accomplie , et, au lien d’en chasser son fils, se croiraient intéressés à assurer son règ“ne ?

Pour admettre ces dernières hypothèses il faudrait que déjà, dès avril i8i3, avant Lntzen, avant cette première campag-ne où il fait à chaque instant éclater sa confiance en sa fortune , Napoléon en désespérât. Qu’il eût quelque arrière-pensée à l’ég'ard de l’Autriche, qu’il tînt Marie-Louise pour un g'age certain d’alliance, qu’il se confiât au lien de parenté, qu’il se reposât sur la bonne foi de François II, non sa foi d’empereur, mais sa foi de beau-père, certes.

Pour surprendre d’instinct un complot tel cjne l’avaient noué contre lui les aristocrates d’Europe ; pour deviner que cette jeune fille qu’on avait jetée en son lit avait été le leurre préparé par la coalition des olig'arqiies pour l’attirer au piège, il eût fallu une nomceur d’âme dont nul Français de la Révolution — à peine Talleyrand, même pas Fouché “ eût été susceptible. Il fallait, pour former et conclure

ce dessein, pour coaliser autour de ce lit nuptial les haines attentives de toutes les vieüles cours, la profondeur de corruption qui se rencontre seulement dans les sociétés aristocratiques, — celles-là qui sont habituées par tradition et par éducation à n’éprouver aucun scrupule ; qui sont décidées à ne respecter d’autre loi humaine ou divine que leur intérêt et qui poursuivent leur but sans regarder aux moyens, sans trouver qu’aucun déshonore, celui-ci, moins qu’un autre, parce qu’il est chez elles le plus usité : l’amour. Ce n’est point une maîtresse qu’il s’est agi de fournir, mais une épouse. On l’a fournie : qu’importe si, le triomphe accompli, les roues du char ayant passé sur l’impie qui a outragé l’ai’che sainte, il se trouve, aux moyeux, de la chair pantelante et des eheveux d’archiduchesse ! Si elle survit, cette femme, on lui fera un sort et elle se consolera. Si elle en meurt, tant pis ! A tel jeu il faut risquer, et ce n’est qu’une femme...

Napoléon n’a pas même été effleuré d’un soupçon. Jamais il n’a admis que sa femme fût la complice de ses ennemis : en quoi il avait raison, ear on n’avait eu garde de la prévenir et elle jouait son rôle au naturel bien mieux que si on le lui eût soufflé. Ce n’est que beaucoup plus tard, à Sainte-Hélène, même pas entièrement, soit qu’il lui réj)ugnât d’aller au fond de ces choses, soit qu’il lui déplût d’élucider cette cause majeure de ses désastres, que Napoléon a établi la liaison entre son second mariage et les événe-

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ments qui l’ont suivi. « C’était l’abîme, a-t-il répété, qu’on m’avait couvert de fleurs . » Mais encore dirait-on qu’il ne veut pas s’y attarder, qu’il ne lui plaît point de plonger dans ce gouffre d’impuretés. 11 semble qu’il a le dessein d’empêcher que sa femme et le souvenir de sa femme en soient salis, qu’elle soit chargée devant l’histoire d’une part quelconque de responsabilité dans le grand drame dont son inconscience a été un des principaux ressorts et qui, si on le regarde avec des yeux non prévenus, apparaît tel qu’un di'ame d’Eschyle, large, simple, naturellement héroïque.

Loin d’en vouloir à cette femme qui l’a précipité des sommets, à mesure qu’il en tombe, il lui témoigne plus d’amour et de confiance, comme pour la consoler des désillusions que lui doit causer l’agression de sa patrie native, la levée de bouclier de son père, ce qu’elle doit regarder comme une trahison des siens envers elle-même. Même à ce moment, ce n’est pas qu’il doute de lui ou qu’il ait des incertitudes sur sa fortune : le propre de sa nature est d’espérer même contre l’espérance, et bien des journées de la campagne de France sont, par cetle vertu des forts, les soeurs de l’immortelle journée de Gastiglione. Ce n’est que tout à fait aux derniers jours qu’il se voit contraint d’admettre cette hypothèse que l’ennemi peut entrer dans Paris, s’emparer de l’Impératrice et du Roi de Rome : ce serait un court triomphe, car l’occupation momentanée de Paris ne change rien au

plan stratégique qu’il a formé ; mais il ne saurait souffrir la pensée que sa femme et son fils puissent être la proie du vainqueur. C’est pour les soustraire à une telle insulte qu’il donne à Joseph l’ordre formel d’abandonner Paris, d’en faire partir tous les éléments de résistance et tous les hommes du gouvernement. Il compromet ainsi tout son édifice, car Talleyrand sait bien se soustraire à l’injonction de suivre la Cour. Talleyrand a assemblé tons ses fils de longue date ; il s’est ménagé près du roi Joseph, près de l’Impératrice, à la préfecture de la Seine, à la police, partout, des complices sur qui il exerce une inexplicable influence et qui semblent liés à lui par un pacte infernal. Avec eux il achève, en 1814, l’œuvre de trahison qu’il a commencé à ourdir à Tilsit, en 1807.

Mais renverser le gouvernement de l’Empereur avec l’aide et l’appui de cinq cent mille baïonnettes étrangères, ce n’est que la moitié de la tâche que s’est donnée le prince de Bénévent. Il ne se tiendra satisfait que s’il a rompu les liens que lui-même a contribué à former entre Napoléon et Marie-Louise. L’Empereur croit qu’il gardera cette consolation suprême d’avoir auprès de lui sa femme et son enfant. S’il n’engage pas formellement l’Impératrice à le joindre à Fontainebleau, c’est qu’il s’imagine encore que ses larmes auront quelque pouvoir sur l’empereur François et que son avenir en pourra être amélioré : mais elle ira le rejoindre dès qu’il aura formé un établis-

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semeiit : elle aura elle -même une souveraineté qui lui appartiendra en propre, elle voisinera avec lui qui se résigne à une existence de petit prince ou croit s’y résigner ; elle viendra lui tenir compagnie et, comme elle l’aime, « qu’elle a aimé en lui moins l’empereur que l’homme », la vie encore pourra être heureuse pour eux deux, pour cet enfant qu’ils verront grandir.

A ces projets, à ces rêves, Marie-Louise est toute disposée à s’associer. Certes elle aime son mari et voudrait l’aller retrouver, mais pour une âme qui se rencontre fidèle au devoir, combien parmi celles qui l’entourent viles et vendues ! Le vide se fait autour de cette jeune femme qui jamais, dès l’enfance, n’a été habituée à penser par elle-même; qui, depuis qu’elle existe, pliée à la discipline, n’a connu que des maîtres et ne sait qu’obéir. Son père étend la main sur elle. Elle se débat encore et veut s’insurger, car l’amour qu’elle ressent pour Napoléon est de force à lutter, en son cœur, même contre le respect filial. Mais cet amour, Talleyrand s’arrange pour le tuer. Il a près de Marie-Louise une femme qui lui appartient, et qui est entre les plus remuantes et les plus politiques de son temps. Elle ignore les scrupules et ne sait ce que c’est que la reconnaissance. Galante en sa jeunesse à la façon des Italiennes, elle préfère encore l’intrigue pour l’intrigue et, chaque fois qu’elle a pu s’introduire en quelque aventure diplomatique, elle s’y est sentie dans son

élément. Dame du palais, elle n’est point de eelles qui quittent la plaee et se retirent ehez elles. Elle a mieux à faire : demeurée presque seule près de Marie-Louise, elle ouvre ses batteries. Soufflée par Talleyrand, elle insinue d’abord, elle affirme ensuite que Napoléon ne l’a jamais aimée, qu’il l’a trompée constamment. L’Impératrice s’obstine-t-elle ? Madame de Brignole mande les deux valets de chambre qui viennent d’abandonner, à Fontainebleau, leur maître et leur bienfaiteur, et elle leur fait dire ce qu’elle veut , les mensonges dont ils sont convenus avec M. de Talleyrand. Personne pour inspirer du courage, souffler de l’énergie à cette grande fille mollasse, incapable de résolution, en qui le tempérament joue le premier rôle et qui est plus blessée de ces infidélités qu’on lui raconte qu’elle n’est atterrée par la chute de son trône. De même qu’elle a été livrée en holocauste, moderne Iphigénie, et qu’elle s’est laissé livrer, elle se laisse délivrer à présent, où la politique défait, comme dit Schwarzenberg, ce que la politique avait fait. Ce n’est point le travail d’un jour : elle luttera encore près d’une année contre l’Europe entière acharnée contre elle et mettant en jeu tous les ressorts pour avoir raison de ce cœur de petite fille. L’orgueil, la vanité, la jalousie, l’envie, on emploiera tout et l’on ne parviendra à triompher que lorsqu’on l’aura en quelque façon contrainte à remplacer l’amour par l’amour, que le pudique empereur d’Autriche aura obligé sa fille à un concubi-

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nage public . Alors toute l’Europe monarchique applaudira et une souveraineté sera la récompense de l’adultère.

Napoléon n’a point l’idée d’une telle abjection. De chacune des étapes qu’il parcourt sur sa voie doulom*euse, il écrit à sa femme une lettre comme jadis quand elle s’avançait triomphalement sur le territoire de l’Empire au bruit des cloches sonnant en volée, des canons tirant en salve, l’armée et le peuple formant la haie à son passage et les maréchaux d’Empire la saluant de l’épée. Lui maintenant, escorté par les commissaires des alliés , au milieu des cris de mort hurlés par la populace aux gages des Verdets, s’achemine vers cette île que l’Europe, dans la peur qu’elle a encore gardée de lui, lui a abandonnée, qu’elle compte bien lui reprendre quelque jour, que va lui disputer son grand ami, le ci-devant électeur de Saltzbourg, le ci-devant grand-duc de Wurtzbourg, son hôte de Compiègne et des Tuileries , redevenu grand-duc de Toscane comme en 1797, au temps où le général Bonaparte s’asseyait à sa table. Mais ces lettres de jadis, froides et glacées par l’étiquette, adressées à une inconnue, comment les mettre en parallèle de celles qu’il écrit aujourd’hui ? Quatre seulement sont publiques : quatre lettres à sa « bonne Louise », sa <( boune Louise-Marie ». Oubliant tout ce qu’il souffre, il n’y parle que des peines c[u’elle éprouve ; il s’inquiète de sa santé, car on a eu soin de mettre en avant qu’elle avait besoin de prendre

les eaux d’Aix, ee qui est un moyen de retarder la réunion, et eonseiemment ou non, Gorvisart s’est prêté à faire le jeu des ennemis de l’Empereur. Mais, cela pas plus que le reste. Napoléon ne le soupçonne. Il se réjouit du dévouement de Gorvisart auquel, de Fréjus, il adresse une lettre qui, si elle est méritée, est son meilleur titre de gloire. Loin de s’opposer au voyage à Aix, il le presse et le souhaiterait accompli pour que sa femme pût le rejoindre plus tôt. Si elle ne peut venir de suite à l’île d’EÜDe, elle se hâtera sûrement de s’installer à Parme et, pour qu’elle n’y manque de rien, il y envoie pour sa garde un détachement de ses chevau-légers polonais et pour ses écuries une centaine de chevaux d’attelage.

A peine est-il à Porto-Ferrajo qu’il s’inquiète d’organiser dans chacun des palais — tristes palais ! — destinés à sa résidence un appartement pour l’Impératrice. Voici celui de Porto-Longone qui sera de six pièces, celui de Porto-Ferrajo qui aura la même étendue. Et il presse les travaux, car elle peut arriver d’un instant à l’autre. Il l’attend pour tirer les feux d’artifice, pour donner des bals, pour faire des excursions, subordonnant à elle tous les détails de son existence, au point que lui, si peu habitué d’ordinaire à publier ses sentiments, ordonne au peintre qui décore le plafond du salon d’y représenter « deux pigeons attachés à un même lien dont le nœud se resserre à mesure qu’ils s’éloignent ».

G’est pour cela qu’il apporte un tel mystère à

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recevoil*, le septembre, la visite de Madame Walewska. Elle va à Naples réclamer près de Murat le maintien de la dotation que Napoléon a accordée à son fils sur les biens qu’il s’était réservés dans le royaume de Naples ; profitant de la relâche à Porto- Ferrajo, elle a sollicité de voir l’Empereur. Depuis le 20 août, il est installé à l’Ermitage de la Madonna de Marciana. C’est dans une forêt de châtaigniers centenaires, où les grandes chaleurs l’ont forcé à se réfugier, près d’une chapelle, une maison faite d’un rez-de-chaussée composé de quatre petites pièces. Les ermites que Napoléon n’a point voulu déposséder sont installés dans la cave. Pour la suite, bien peu nombreuse, composée du capitaine de gendarmerie Paoli, de Bernotti, officier d’ordonnance, de c|uelques mamelucks et seulement de deux valets de chambre. Marchand et Saint-Denis, on a dressé, sous les châtaigniers, une tente de grandes dimensions, près d’une source qui se perd dans un tapis de mousse fraîche tout embaumé de muguet, d’héliotrope, de violettes, de toutes les fleurs sauvages. Point de cuisine : l’Empereur descend pour dîner à Marciana où est installée Madame Mère et remonte chaque soir à son ermitage.

Au reçu de la lettre de Madame Walewska, les ordres sont expédiés avec le plus grand mystère et de façon que le secret soit le mieux gardé. C’est à la nuit close qu’elle débarque le i®'’ septembre ; elle trouve au port une voiture à quatre chevaux et trois

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chevaux de selle. Elle monte dans la voiture avec son fils; sa sœur, qui l’accompagne, son frère le colonel Laczinski, en uniforme polonais, se mettent à cheval et l’on part sous un merveilleux clair de lune. A Procchio, on rencontre l’Empereur venu à la rencontre suivi de Paoli et des deux mamelucks. Madame Walew^ska prend elle-même un cheval, ear on ne peut songer à faire rouler plus loin la voiture ; Bernotti se charge de l’enfant et l’on arrive tant bien que mal au haut de la montagne. A la maison, l’Empereur dit en se découvrant à la visiteuse : « Madame, voilà mon palais », et il abandonne aux deux dames la disposition des quatre petites pièces qui le composent et où des lits ont été dressés. Lui-même se réfugie sous la tente, dans les murs de laquelle dorment les deux valets de chambre. La fin de la nuit est orageuse : grand vent, grande pluie. Au matin piquant, l’Empereur, qui n’a pas dormi, appelle Marchand. Celui-ci lui raconte que le bruit s’est répandu à Porto-Ferrajo que la visiteuse est Marie- Louise et que l’enfant qu’elle amène est le Roi de Rome. Sur ee bruit, le docteur Foureau s’est empressé de se rendre à l’Ermitage pour offrir ses services, et il est là, attendant les ordres.

L’Empereur , habillé , sort de la tente . Un beau soleil, que tamise l’ombre épaisse des ehâtaigniers, a déjà ressuyé les terrains environnants. Dans ce paysage, eueillant des fleurs de la montagne, joue l’enfant mystérieux. Napoléon l’appelle et, s’asseyant

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sur une chaise que Marchand a apportée, le prend sur ses genoux. Puis, il fait chercher Foureau qui se promène dans les environs. « Eh bien, Foureau, lui dit-il, comment le trouvez-vous? — Mais, Sire, répond le docteur, je trouve le Roi bien grandi. » Napoléon rit de bon cœur, car le jeune Walev^ski a un an de plus que le Roi de Rome, « mais la beauté de ses traits, ses cheveux blonds bouclés répandus avec profusion sur ses épaules lui donnent une grande ressemblance » moins avec le Roi de Rome qu’avec le portrait qu’Isabey a fait de lui où il l’a vieilli peutêtre à dessein.

Napoléon plaisante quelques instants le docteur, et le congédie en le remerciant de l’empressement qu’il a mis à venir offrir ses services . Madame Wale’wska paraît à son tour, sortant de la maison. Depuis les jours de Varsovie, eUe a pris un peu d’embonpoint, mais sa taiUe n’a pas souffert et sa physionomie ouverte et calme est demeurée aussi attrayante. Quant à sa sœur, âgée de dix-huit ans, eUe a « une tête d’ange ». C’est une de ces enfants blondes dont la jeunesse a le parfum d’une fleur rare. La table est dressée sous les châtaigniers : le déjeuner arrive tout préparé de Marciana et le repas est plein de gaieté. Puis la journée se passe en causeries et en promenades aux environs. Au dîner, l’Empereur veut que l’enfant, qui n’a point déjeuné avec lui, soit assis à ses côtés. Madame Walew^ska résiste, disant que son fils est trop turbulent, mais Napoléon

l’exig-e. Il n’a pas peur des espiègleries ; lui-même, en son enfance, était très volontaire et très diable. «Je donnais des coups à Joseph, et je le forçais encore à faire mes devoirs. Si j’étais puni par du pain sec, j’allais l’échanger contre le pain de châtaignes de mes bergers, ou bien j’allais chez ma nourrice qui me donnait des poulpettes. » L’enfant, d’abord très sage, ne tarde pas à s’émanciper et l’Empereur lui dit : « Tu ne crains donc pas le fouet? Eh bien ! je t’engage à le craindre. Je ne l’ai reçu qu’une fois, et je me le suis toujours rappelé. » Et il raconte alors son aventure ; comment, en son enfance, Pauline et lui se sont moqués de leur grand’mère et comment ils ont été fouettés par Madame, qui n’entendait point raillerie. « Mais je ne me moque pas de maman », répond l’enfant avec un air tout contrit qui ravit l’Empereur. Il l’embrasse tendrement en lui disant : « C’est bien répondu. »

Le soir tombe et, à neuf heures, les visiteurs repartent pour s’embarquer. L’Empereur les accompagne jusqu’à la plage, et, en embrassant son fils, on l’entend murmurer : « Adieu, cher enfant de mon cœur. » Madame Walewska, pour les frais de son voyage, emporte un bon au porteur de 61,000 francs sur le trésorier de l’Empereur et son arrivée à Naples est d’autant plus opportune que, par un décret du i5 septembre, le roi Joachim Napoléon va confisquer toutes les dotations constituées par le gouvernement français. Seule, elle obtient, par un nouveau décret du

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3o novembre, une exeeption en faveur de son fils et une donation nouvelle aux mêmes eonditions que l’Empereur avait posées. Son séjour à Naples se prolonge assez pour qu’elle s’y trouve eneore à la fin de mars i8i5.

Malgré tontes les préeautions prises, malgré l’arrivée et le départ à la nuit elose, trop de gens avaient intérêt à être informés de ee que faisait l’Empereur pour que eette aventure passât inaperçue. Les insulaires ne manquèrent point de dire que l’inconnue était Marie - Louise ; le commissaire anglais et les espions des Bourbons, mieux avisés, se doutèrent qu’il s’agissait d’une maîtresse. Mais ils voulurent voir de l’amour, alors qu’il n’y avait que de la tendresse et de la reconnaissance. La présence de Mademoiselle Laczinska écarte toute idée de rapprochement intime. Si l’Empereur eut à l’île d’Elbe quelque passade, ce ne fut certes point avec cette prétendue comtesse de Rohan, vulgaire intrigante, qui y était, dit-on, venue faire on ne sait quelles réclamations et offres de services ; ce fut avec une femme beaucoup plus inconnue, la même qu’il avait reçue trois ou quatre fois dans l’appartement de l’Orangerie de Saint-Cloud, et qui, de son propre mouvement, avait rejoint Porto-Ferrajo. Etait-elle mariée dès ce moment au colonel B... ou l’épousa-t-elle à l’île d’Elbe? on ne sait trop ; mais, mariée ou non, son dévouement fut pareil et il est malheureux qu’on n’ait sur elle que si peu de détails. Elle ne se contenta pas de

venir à l’île d’Elbe ; en i8i5, on la vit arriver à Rambouillet, demandant, implorant que Napoléon lui permît de le suivre, dans le plus profond désespoir, lorsqu’il le lui refusa. Avec trois mille francs qu’on lui donna, elle passa, dit-on, aux États-Unis, où elle espérait le retrouver.

Nul ne semble avoir soupçonné qu’à l’île d’Elbe l’Empereur ait donné quelques instants à cette femme. Par contre, on a souvent réédité de prétendues lettres qu’un misérable prêtre aux gages de M. le duc de Blacas avait falsifiées pour accréditer certaines calomnies. Il est inutile de s’y arrêter.

A l’île d’Elbe, Napoléon se trouvait en une crise à la fois morale et politique qui l’obligeait à la réserve la plus grande. Il connaissait assez Marie-Louise pour savoir que la moindre infidélité qu’elle apprendrait, savamment exploitée par son entourage, la blesserait au cœur. Il venait d’expédier le capitaine Hurault de Sorbée, époux d’une des femmes rouges, pour tenter d’approcher d’elle à Aix-les-Bains et de lui porter des paroles . Il venait de recevoir des indications qui pouvaient lui faire espérer une correspondance régulière. Le moment eût été mal choisi pour faire scandale.

Le temps passe, tout le mois de septembre, sans lettre, sans communication quelconque qui lui parvienne. Il se détermine, le lo octobre, à écrire à ce grand-duc de Toscane sur l’amitié duquel il compte encore, et que, dès le 19 avril, il désignait à sa femme

L’ILE D’ELBE

comme l’intermédiaire naturel entre eux. Ce n’est point une supplique qu’il adresse, et au ton dont il parle à « Monsieur son frère et très cher oncle » on sent qu’il se souvient et qu’il s’imagine aussi que le ci-devant parasite de Gompiègne doit se souvenir : (( N’ayant point reçu de nouvelles de ma femme depuis le 10 août, ni de mon fils depuis six mois, je prie Votre Altesse Royale de me faire connaître si elle veut permettre que tous les huit jours je lui adresse une lettre pour l’Impératrice et m’envoyer en retour de ses nouvelles et les lettres de Madame la comtesse de Montesquieu, gouvernante de mon fils. Je me flatte que, malgré les événements qui ont changé tant d’individus. Votre Altesse Royale me conserve quelque amitié. Si elle veut bien m’en donner l’assurance, j’en reeevrai une sensible consolation. Dans ce eas, je la prierai d’être favorable à ce petit canton qui partage les sentiments de la Toscane pour sa personne. Que Votre Altesse Royale ne doute pas de la constance des sentiments qu’elle me connaît pour eUe, ainsi que de la parfaite estime et de la haute eonsidération que je lui porte. Qu’elle me rappelle au souvenir de ses enfants. »

Non, ce n’est point une supplique et l’égalité de rang, la supériorité aneienne se fait sentir malgré tout, mais avec quelle habileté, quelle ingéniosité, tout ce qui peut émouvoir cet homme, pourvu qu’il ait un cœur, est mis en œuvre ! Il ne s’agit que d’un service familial à rendre à eelui qui se confesse

malheureux, se reconnaît déchu, et qui, pour mieux l’attendrir, s’avoue presque le sujet de ce prince qui jadis a été entre ses courtisans les plus empressés.

Nulle réponse. C’est que le drame s’est accompli et que la famille impériale d’Autriche a eu la joie de déshonorer à jamais cette fille d’Autriche, impératrice des Français. Napoléon le sait ou l’ignore, mais nul ne peut dire qu’alors il l’ait su. Après une telle lettre écrite à un tel homme, il ne peut plus en écrire. On lui a pris sa femme, on lui a pris son fils. Les Bourbons ne lui paient pas la somme annuelle stipulée à Fontainebleau. 11 va être obligé de licencier sa garde et ne pourra même pas opposer un semblant de résistance et se faire tuer avec ses grognards quand les rois ordonneront sa déportation en quelque île de l’Océan, les Açores, par exemple, que propose Talleyrand le i3 octobre, parce que « c’est, dit-il, à cinq cents lieues d’aucune terre ».

Il faut qu’il meure de faim, qu’il se laisse assassiner par les bandits que soudoie Brulart, ou enlever par les rois que Talleyrand conseille. Il préfère risquer la suprême partie avec la France et pour la France. Le retour est décidé.

LES GENT-JOUBS

Au jour de l’an de i8i5. Napoléon avait reçu une lettre de l’Impératrice qui lui donnait des nouvelles

LES CENT-JOURS

de son fils, disait qu’il était charmant, que bientôt il pourrait écrire lui-même à son père. Comment, pourquoi cette lettre? On ne sait. Un remords peut-être. Quoi qu’il en soit, elle maintenait le lien, semblait lui prouver que Marie - Louise n’avait nullement renoncé à le rejoindre; que, si elle se taisait, c’était par contrainte. Il suffisait qu’elle redevînt libre pour qu’elle se hâtât d’accourir. Il suffisait que Napoléon eût un trône à lui offrir pour que ses geôliers lui rendissent sa liberté. Aussi, à peine l’Empereur est -il à demi rassuré sur son entreprise que, de Lyon, le 12 mars, il s’empresse d’avertir Marie-Louise. Mais comme elle avait fait antérieurement pour les lettres qui lui avaient été adressées de l’île d’Elbe, elle remet le billet qu’elle reçoit aux mains de son père et celui-ci le communique aux plénipotentiaires alliés. Nulle réponse.

Dès son entrée à Paris , l’Empereur a rétabli presque sur le pied ancien la maison de l’Impératrice et il a donné des ordres pour que les appartements soient remis en état. Dix jours après, le i®'" avril, il écrit à l’empereur d’Autriche, <( Monsieur son frère et très cher beau-père » , une lettre officielle où il réclame « l’objet de ses plus douces affections, sou épouse et son fils ». « Gomme, dit-il, la longue séparation que les circonstances ont nécessitée m’a fait éprouver le sentiment le plus pénible qui ait jamais affecté mon cœur, une réunion si désirée ne tarde pas moins à l’impatience de la vertueuse princesse

dont Votre Majesté a uni la destinée à la mienne. » Et il termine ainsi : « Je eonnais trop les prineipes de Votre Majesté, je sais trop cpielle valeur elle attaehe à ses affections de famille pour n’avoir pas l’heureuse confiance qu’elle sera empressée, quelles que puissent être d’ailleurs les dispositions de son cabinet et de sa politique, de concourir à accélérer l’instant de la réunion d’une femme avec son mari et d’un fils avec son père. »

Nulle réponse . Devant ce silence opposé aussi bien à ses lettres officielles qu’à celles dont il avait, avant leur départ, chargé officieusement les diplomates autrichiens accrédités près des Bourbons , Napoléon se confirme dans l’opinion que la politique continue à paralyser l’élan naturel de sa femme et il se décide à employer, pour parvenir jusqu’à elle, des voies secrètes. Il expédie à Vienne des agents qu’il choisit parmi les mieux à même d’arriver jusqu’à Talleyrand et jusqu’à l’Impératrice : Flahaut et Montrond. Montrond seul perce les lignes ; mais, lorsqu’il s’agit de remettre à Marie-Louise le billet dont il est portenr, Meneval, l’ancien secrétaire du cabinet de l’Empereur, qui, devenu en i8i3 secrétaire des commandements de l’Impératrice, l’a suivie en Autriche, s’interpose. Il sait où en sont les choses avec Neipperg et c’est rendre service à l’Empereur que brûler le billet qu’il a écrit à sa femme. Meneval n’ose pourtant point écrire directement la vérité, il comprend quel coup il portera à son maître : c’est par

LES CENT-JOURS

une lettre anonyme , d’une écriture déguisée , qu’il s’imagine d’avertir quelqu’un dont il sait l’invariable fidélité : Lavallette. L’Empereur en a connaissance, mais Lavallette doute, se persuadant qu’une telle missive anonyme peut être un coup de la politique autrichienne. Comment Napoléon ne douterait-il pas aussi ?

On va être éclairci : Ballouhey, secrétaire des dépenses des deux Impératrices, honnête homme sur la fidélité duquel on peut compter, est en route venant de Vienne par Munich où il doit prendre les instructions du prince Eugène. L’Empereur est si impatient de le voir qu’il donne ordre que, de Belfort, on lui télégraphie son passage et qu’il fait mettre à son domicile, à Paris, un planton qui, au débotté, l’amènera droit à l’Elysée. Ballouhey arrive le 28 avril et l’Empereur le retient deux heures pleines : mais, s’il tire de lui des notions utiles dont le prince Eugène l’a chargé, il n’obtient pas la pleine lumière sur ce qui lui importe le plus. Ballouhey, comptable d’une scrupuleuse exactitude, attaché jusqu’au fanatisme à Joséphine, puis à Marie-Louise, est d’une nature trop timorée pour oser affirmer ce qui, à Vienne, est le secret du Congrès, de la Cour et de la Ville.

Il faut attendre Meneval qui, renvoyé de Vienne, arrive enfin douze jours plus tard. Cette fois, plus d’illusion possible. C’est Marie-Louise qui, en se mettant, le 13 mars, par une lettre officielle, sous la

protection des Puissances, a provoqué la déclaration furibonde signée le i3 par les plénipotentiaires alliés. En récompense, Neipperg a été nommé son maréchal de Cour. C’est elle qui, le 18 mars, a consenti à livrer son fils, immédiatement séparé de sa gouvernante. Madame de Montesquion, et de tous ses domestiques français. Et lorsque Meneval a pris congé d’elle, ellemême l’a chargé de dire à l’Empereur « qu’elle ne prêterait jamais les mains à un divorce, mais qu’elle se flattait qu’il consentirait à une séparation amiable, que cette séparation était devenue indispensable, qu’elle n’altérait pourtant pas les sentiments d’estime et de reconnaissance qu’elle lui conservait ». Elle est décidée, sa résolution est irrévocable et son père luimême n’aurait pas le droit de la forcer à retourner en France.

Meneval dut ajouter d’autres détails plus intimes, car il n’était plus temps de cacher la vérité. Peut-être commençait la première de ces grossesses qui devaient peupler les avenues du Burg de bâtards adultérins, titrés princes et qualifiés altesses pour la honte de la Maison d’Autriche.

Lorsque Dubois, l’accoucheur, avait affirmé à Napoléon, après la naissance du Roi de Rome, qu’un second enfant mettrait en péril les jours de Marie-Louise, l’Empereur, quelque désir qu’il eût d’une postérité nombreuse, d’un second fils pour occuper le trône d’Italie, se l’était tenu pour dit : M. de Neipperg n’eut point de ces scrupules et

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prouva diverses fois eomme le baron Dubois avait pu se tromper.

Si, dans l’intimité de son eœur, Napoléon n’avait plus le pouvoir de conserver le moindre doute, au point de vue politique, il était nécessaire que la nation ne connût point la vérité et qu’elle gardât sur l’Impératrice les illusions que l’Empereur lui supposait. Un an auparavant, il estimait que rien n’était plus propre à émouvoir les peuples que la pensée de cette femme et de cet enfant confiés à la France ; aujourd’hui, la captivité où on les tient, cette séparation qui viole toutes les lois divines et humaines, cet attentat à la foi conjugale et à l’amour paternel commis par les rois armés pour rétablir en France le régime des bonnes mœurs, lui semblent de nature à soulever tout ce qu’il reste de généreux dans des cœurs d’hommes et de patriotes. La douleur que l’Impératrice a éprouvée lorsqu’on l’arracha à son devoir, les trente nuits qu’elle a passées sans dormir en 1814, la prison réelle qu’elle subit, le traité de Fontainebleau violé par les rois destructeurs de la famille, l’indignation de la vieille reine Marie- Caroline disant à sa petite-fille : « On t’empêche de sortir par les portes, sors par la fenêtre et va retrouver ton mari », le Roi de Rome — il dit à présent le Prince impérial ! — séparé de sa mère. Madame de Montesquieu chassée, tremblante sur l’existence de son pupille, il veut que Meneval raconte tout, dans un rapport tout prêt « si la

Chambre fait une motion pour le Roi de Rome ». La Chambre !

Pas une fois, durant les Cent- Jours, pas une fois durant ses six années d’agonie , une parole d’amertume ou seulement une parole de blâme n’est sortie de sa bouche contre cette femme : toujours des mots d’affection, de douceur et de pitié. Toujours son souvenir lui revient à l’esprit paré de jennesse et de fraîcheur. C’est la franchise, c’est la loyauté mêmes. « C’est l’innocence et tous ses attraits. » Il n’est pas un de ses compagnons de captivité qui ne rapporte les mêmes conversations, presque dans les mêmes termes. Dans les journaux, apprend-il quelque accident qui lui soit survenu, il se fait expliquer l’article jusqu’à trois fois. Un bâtiment d’Europe jette-t-il l’ancre dans la rade de James-Town, il se persuade qu’il va recevoir une lettre de l’Impératrice et il passe tout le jour, inquiet et nerveux, sans travailler. Lui enlève-t-on un de ses serviteurs , Las Cases ou O’Meara, c’est d’abord à Marie-Louise qu’il songe à l’adresser, remettant, par exemple, à son chirurgien ce billet : a S’il voit ma bonne Louise, je la prie de permettre qu’il lui baise les mains. » Dans son testament, le 5 avril 1821, il écrit cette phrase : « J’ai toujours eu à me louer de ma très chère épouse l’Impératrice Marie-Louise. Je lui conserçe jusqu’au dernier moment les plus tendres sentiments. Je la prie de veiller pour garantir mon fils des épreuves qui environnent encore son enfance. »

MARIE-LOUISE Impératrice et Reine 1791-1847

MINIATURE PEINTE PAR ISABEY ET DONNÉE PAR l’impératrice a madame HERAULT DE SORBÉE (A M. Pierre Amédée-Pichot)

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LES CENT-JOURS

Et ce n’est pas assez : ce n’est pas assez, sur cette modeste garde-robe qui fait à présent sa fortune, que le legs de ses dentelles; c’est, le 27 avril, sept jours avant sa mort, son cœur même qu’il veut qu’Antommarclii arrache de son corps : « Vous le mettrez dans Vesprit-de-çin, vous le porterez à Parme à ma chère Marie - Louise , çous lui direz que je l’ai tendrement aimée, que je n’ai jamais cessé de l’aimer. Vous lui raconterez tout ce que vous avez vu, tout ce qui se rapporte à ma situation et à ma mort... »

En vérité , Hudson Lowe a bien fait d’obliger Antommarclii à placer dans le cercueil le vase d’argent qui contenait le cœur de Napoléon. Qu’en eût fait M. de Neipperg ?

Au moins, à défaut de cette femme, cette étrangère, d’autres, et peu importe d’où elles venaient, de France, d’Irlande ou de Pologne, ont, aux derniers jours de gloire, durant ce court règne de trois mois, entouré l’Empereur de leur beauté fidèle, réjoui son cœur de leur enthousiasme, et, se faisant par dévouement, même celles qui étaient le moins faites pour la politique, ses espionnes et ses avertisseuses, ont, avec leur instinct plus qu’avec leur raison , fourni des conseils qui eussent mérité d’être suivis. Ainsi George au sujet de Fouché ; ainsi Madame Pellapra, qui s’est hâtée de revenir de Lyon, et qui, elle aussi, a surpris certaines démarches du duc d’Otrante ;

ainsi Madame Walewska, qui est aceourue de Naples et qui, dès son arrivée, est reçue avec son fils à l’Elysée, et qui apporte des paroles de la part de Murat. Madame ******** est la première à se présenter à l’Empereur, et, reprenant d’autorité son titre et son rang- de Dame du Palais, elle est des fidèles du 20 mars, de celles qui, dans les salons illuminés des Tuileries, attendent impatiemment le revenant de l’île d’Elbe. Et bien d’autres. Madame Dulauloy, Madame Lavallette, Madame Ney, Madame llegnaud de Saint- Jean-d’Angely, Madame de Beauvau, Madame de Turenne, se disputent de le voir et de lui plaire. A ce moment, sur quelques-unes des femmes de France, sur ces têtes charmantes et parées pour l’amour, passe ce souffle divin qui fait les héroïnes et les martyres, qui inspire des actes suprêmes de dévouement et de courage, et qui met les âmes de niveau avec les périls les plus inattendus.

On le vit bien durant toute cette période sinistre, qui retient justement le nom de Terreur Blanche et dont on essaye en vain, anjonrd’hui, de pallier les atrocités : les femmes, ces femmes de l’Empire, qui avaient fait l’ornement et la joie des fêtes impériales ; ces femmes d’élégance et de grâce, les plus dépensières et gâcheuses qu’on vit jamais, montrèrent alors, au milieu de la lâcheté universelle des hommes, un courage, une énergie, une présence d’esprit qui les immortalisent. Aux Tuileries durant les Cent-Jours, à

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