‹ Napoléon et les femmes, l'amourChapitre 19 sur 21 · MADAME · texte numérisé non relu

MADAME

la copie du message au Sénat, et sa nomination de prince archichancelier d'Etat.

Rien ne pouvait mieux marquer que Napoléon se rapprochait de Joséphine, qu'il n'entendait point se laisser conduire, et que l'amour qu'il avait ressenti et dont on avait tant espéré était déjà presque passé. La satiété vint vite, en effet; surtout lorsque la contrainte n'exista plus. C'était à Malmaison, au cœur de l'hiver, que l'intrigue s'était nouée : ce fut à Malmaison, avant le printemps, qu'elle se dénoua.

Dans un voyage de quinze jours que la Cour y fit alors, Napoléon, en pleine liberté d'allure, put se promener avec la dame, l'entretenir et ne se priva point de l'aller retrouver ; Joséphine, enfermée dans sa chambre, passait les journées à pleurer et maigrissait à vue d'œil. Un matin, l'Empereur vient chez elle, reprend en lui parlant son ton d'autrefois, lui avoue qu'il a été très amoureux et qu'il ne l'est plus, et finit par lui demander de l'aider à rompre. Elle s'y emploie en effet, fait appeler la dame, qui, parfaitement maîtresse d'elle-même, ne montre aucune émotion et oppose au discours de l'Impératrice une dénégation muette et superbe et l'impassibilité d'uK visaire de marbre.

Elle demeura toujours tendrement attachée à l'Empereur, bien que celui-ci, après Austeilitz, n'eut point repris sa chaîne, et que, si quelquefois il eut des retours, ils furent si fugitifs, que les observateurs les plus attentifs purent à peine les noter. Il la tint d'ailleurs en grande considération, lui accordant

toutes les grâces qui pouvaient être compatibles avec le rang qu'occupait son mari et la désignant des premières pour les honneurs et les faveurs de cour. Elle fut de celles qui, aux mauvais jours, se montrèrent entre les fidèles. Elle para de sa beauté les fêtes des Gent-Jours, et lorsque, le 26 juin 1813, le vaincu de Waterloo allait s'éloigner pour jamais de la patrie, ce fut elle qui, une des dernières, vint à Malmaison, dans ce château qui avait vu naître et mourir cette histoire d'amour, porter à l'Empereur découronné le tribut suprême de son respectueux attachement et de son dévouement inaltérable\

* Le désintéressement absolu de Madame**"*^* au point de vue de l'argent se trouve attesté par cette conversation entre Napoléon et Gourgaud (28 juin 1817) : « Après dîner, l'Empereur parle de ses amours. M"» D... n'a jamais voulu rien recevoir de lui, pas même un collier de diamants. Je trouve celte conduite délicate. — Oui, mais elle aurait pu avoir quelques diamants que, de la sorte, elle n'a pas eus. — Elle voulait se mettre sur le même niveau que moi. Je lui avais écrit des lettres damour que je lui fis réclamer par Duroc. Je n'avais pas envie qu'elles fussent un jour imprimées, comme je Tavai^^vu de divers souverains. Cependarrt elles lui appartenaient bien, d'autant qu'elle m'avait accordé ma demande. »

STEPHANIE DE BEAUHARNAIS

Dès avant Aiislerlitz, Napoléon a résolu d'élablir entre sa maison et les maisons souveraines cV Allemagne un réseau d'alliances familiales qui doublent et resserrent les alliances politiques. Il croit fermement que son système ne sera établi en Europe que lorsque le sang des Napoléonides sera intimement mêlé au sang des vieilles dynasties. Ne se tenant pas lui-même pour mariable, il mobilise autour de lui tout ce qui est nubile, filles et garçons, afin de nouer les seuls liens auxquels il attache une valeur, parce qu'ils lui paraissent au-dessus des hasards de la fortune politique, et que , suivant lui, ils obligent les princes et les eugagent en leur chair.

C'est d'abord, au retour de la campagne, le mariage d'Eugène de Beauharnais avec la princesse Auguste de Bavière. Elle était fiancée au prince de Bade, mais il n'importe. Donnant de sa main un mari à la princesse Auguste, Napoléon saura Lien trouver uoe

femme pour le pi^ince de Bade. Pour celui-ci, c'est encore une Beauharnais qu'il choisit : Stéphanie- Louise-Adrienne de Beauharnais, fille de Claude de Beauharnais, comte des Roches-Baritaud et de sa première femme, Adrienne de Lezay-Marnésia, cousine tout juste au sixième degré d'Hortense et d'Eugène. Elle est née à Paris le 26 août 1789, est restée orpheline dès lage de quatre ans, et, après avoir traversé le couvent de Panthémont, a été recueillie par une amie de sa mère, une certaine Lady de Bath, qui, après la fermeture des couvents, a confié sa pupille à deux anciennes religieuses de Panthémont, M™" de Trélissac et de Sabatier, qui l'ont emmenées dans leur pays, d'abord à Gastelsarrasin, puis à Périgueux et peut-être à Montauban. Sa grand'mère paternelle, Fanny de Beauharnais, s'occupe de Cubières, de petits vers et de galanterie. Son père est émigré. Son grand-père, le marquis de Marnésia, voyage en Pensylvanie. Sans Lady de Bath, l'enfant serait à la charité publique. Un jour en l'an XIII; Joséphine parle devant son mari de cette petite cousine. Bonaparte, si susceptible sur ce qui est famille, s'indigne que sa femme laisse quelqu'un de son nom a la charge d'une étrangère, d'une Anglaise ! Il expédie un courrier avec ordre de ramener l'enfant. Les religieuses résistent, mais un nouveau courrier apporte au préfet M. Bailly, l'injonction de s'emparer de Stéphanie au nom de la loi. Il faut obéir ; ce n'est pas sans pleurs et sans effroi. Aussitôt arrivée, Tenfant est placée chez M"'° (lampan

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et fait partie désormais de ce petit groupe de jeunes filles qui viennent à Malmaison le dimanche, et de leurs robes blanches égaient les parties de barres sous les grands marronniers. Joséphine et Hortense sont des meilleures pour elle; mais elle ne paraît pas les jours de gala, n'est de rien, n'a aucun rang et semble destinée à un mariage tel que celui qu'on a ménagé à sa cousine Emilie de Beauharnais, M"''' Lavallelte. La petite personne ne l'entend pas ainsi, prend volontiers des airs de princesse et traite fort sèchement celles de ses parentes qui n'ont point, comme elle, l'honneur de loger dans les palais impériaux.

Telle est la situation lorsque, Eugène marié, il faut pourvoir le prince de Bade : Napoléon songe d'abord à une autre pupille de Joséphine, sa nièce, Stéphanie Tascher, puis se rabat à Stéphanie de Beauharnais. Le mariage, définitivement arrêté par lui à son passage h Garlsruhe le 20 janvier 1806, est confirmé par un traité signé à Paris le 17 février.

Stéphanie avait alors dix-sept ans, une figure agréable, de l'esprit naturel, de la gaîté, même un peu d'enfantillage qui lui allait bien, un son de voix charmant, un joli teint, des yeux bleus animés et des cheveux d'un beau blond. Amenée de sa pension aux Tuileries dès le retour de l'Empereur à Paris, installée dans un appartement voisin de celui de l'Impératrice, elle fut tout de suite la joie et la gaîté du palais. Vive, piquante, plaisante, amusant de ses enfances les mornes salons, n'ayant devant lEmpe-

reur nulle timidité et forçant plutôt les espiègleries en sa présence, elle le change, elle le distrait, elle Tamuse, elle lui plaît; elle n'est pas longue à s'en apercevoir et en prend d'autant plus d'aplomb. C'est comme un intermède, non pas d'amour , mais de coquetterie de la part de Stéphanie et de flirt de la part de Napoléon. Peut-être souhaiterait-il aller plus loin, mais la petite personne ne veut que s'amuser, tirer le meilleur parti de sa position et ne se soucie point de se compromettre. Elle sent fort bien que ce ne peut-être M''® de Beauharnais qu'épousera le prince de Bade, mais une Napoléonide : seulement à quel titre, de quelle façon, avec quels honneurs entrera-t-elle dans la famille ? Tout cela dépend de l'Empereur et uniquement de lui, et, par suite il s'agit de savoir jusqu'oîi pourra bien le mener le petit désir qu'elle lui a inspiré.

La lutte, pour Stéphanie, n'est point avec Joséphine, qui, si sa jalousie commence à s'éveiller, se tient contente encore d'avoir fourni cette princesse, mais avec les sœurs de Napoléon, qui n'ont nul désir de céder leur rang. Elles le défendent, surtout Caroline Murât, avec une extrême àpreté et ne ménagent point la petite; mais celle-ci riposte en riant à belles dents, et moins les idées plaisantes qu'elle trouve que les dents qu'elle montre lui assurent l'avantage. Caroline exaspérée, en arrive aux insolences. Un soir qu'on attend l'Empereur, Stéphanie s'est assise sur un pliant : la princesse Caroline lui fait donner l'ordre de se lever, attendu qu'on ne doit pas s'asseoir devant

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les Princesses Sœurs de Sa Majesté. Stéphanie se lève mais elle ne rit [)lus ; elle pleure à chaudes larmes. Juste l'Empereur entre et remarquant ses pleurs qui, peut-être, lui vont aussi bien que son rire, ils'informe. « Ce n'est que cela ? dit-il : eh bien ! assiedstoi sur mes genoux, tu ne gêneras personne. » Si l'anecdote n'est point authentique, ce qui lui donne au moins l'air d'être telle, c'est, le lendemain de l'arrivée du prince de Bade, celte note au registre du Grand-Maître des cérémonies : « Notre intention étant que la princesse Stéphanie- Napoléon, Notre fille^ jouisse de toutes les prérogatives dues à son rang, dans tous les cercles, fêtes et à table, elle se placera à nos côtés, et, dans le cas où Nous ne Nous y trouverions pas, elle sera placée à la droite de l' Impératrice. » Donc, c'est le pas sur Julie, qui va être reine, sur Ilortense, sur toutes les sœurs et bellessœurs de l'Empereur, même sur la princesse Auguste femme du fils adoptif.

Et le lendemain, message au Sénat annonçant à la fois l'adoption de la princesse Stéphanie-Napoléon et de son mariage; ordre aux grands corps de l'Etat d'envoyer des députations, et, dans députation du Sénat, figure, comme sénateur, Claude de Beauharnais, le père même de la princesse. Cet ancien émigré, sénateur dès l'an XII (25 000 francs de traitement), va être récompensé d'avoir eu cette aimable fille par le don de la Sénatorerie d'Amiens (2o 000 fr. de revenu), en attendant 2o 882 francs de dotation en 1807, sans parler, en 1810, de la charge de Che-

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valier d'honneur de Marie-Louise (30 000 francs par an) et de 200 000 francs de don manuel le 22 septembre 1807.

Mais qu'est-ce que cela près de ce que l'Empereur fait pour Stéphanie ? Lui-même s'inquiète des robes qu'il lui donne et du trousseau qu'il lui commande, de la robe longue en tulle brodé or et pierres qui coûte 2 400 francs, des douze robes que fournit Lenormand à 1900, 1800 et 1200 francs; il fait prendre chez Leroy pour 4o 178 fr. 96 de modes et d'affiquets; chez Roux-Montagnat, pour 2o74 francs de fleurs artificielles. Il donne une dot de quinze cent mille francs ; il donne une admirable parure de diamants, des bijoux en quantité et, pour argent de poche, il lui fait remettre mille louis sur sa petite cassette.

Au mariage civil, au mariage religieux surtout, toute la pompe imaginable, toutes les ressources des cortèges impériaux, tout le déroulement des splendeurs souveraines. Napoléon ne pourrait rien faire de plus- pour une fille à lui. Et la fête n'est point contenue dans le palais : elle déborde dans la ville, illuminée par le feu d'artifice tiré sur la place de la Concorde. Mais, les dernières fusées éteintes, les dernières notes du concert envolées, le cercle congédié, lorsque l'Empereur et l'Impératrice ont reconduit, selon l'usage, les deux époux, impossible de décider Stéphanie à recevoir son mari dans son appartement. Elle crie, elle pleure, elle exige qu'on laisse coucher dans sa chambre son amie dé pension,

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M"^ Nelly Bourjolly. On part pour Malmaison : môme musi(|ue. Quelqu'un dit au prince de Ijade que celte répugnance de la princesse tient à la façon dont il se coi Ile, qu'elle a horreur des coiffures à queue. Il se fait aussitôt couper les cheveux à la Titus, mais, dès qu'il apparaît, Stéphanie éclate de rire et lui déclare qu'elle le trouve encore plus laid. Chaque soir, le prince vient, prie, supplie, n'obtient rien, et finit, de lassitude, par s'endormir sur un fauteuil. Au matin, il va se plaindre à l'Impératrice, et Napoléon en souriant surveille ce manège, qui est la fable du Château. Que l'Empereur y prenne quelque plaisir et qu'il n'en veuille point à Stéphanie, il en donne une bonne preuve, c'est la grande fête qu'il ordonne aux Tuileries en l'honneur du mariage : le premier grand bal, 011 non seulement toute la Cour, mais toute la Ville est invitée — deux mille cinq cents personnes. On n'a rien vu de pareil aux deux quadrilles que conduisent la princesse Louis et la princesse Caroline, l'un dans la galerie de Diane, l'autre dans la salle des Maréchaux; rien de pareil aux buffets avec les cent grosses pièces, les soixante entrées, les soixante plats de rôts, les deux cents entremets, où l'on boit mille bouteilles de vin de Beaune, cent de Champagne, cent de Cordeaux, cent de vin de dessert. Mais au retour Stéphanie n'est pas plus tendre.

Il" faut que la politi([ue s'en mêle pour que Napoléon se décide à intervenir; les coquetteries de M"*" de Beauharnais l'ont amusé, il en a taquiné sa femme et s'est même laissé aller plus loin qu'il n'eût

voulu, en accordant à la jeune fille un rang- disproportionné, en entourant son mariage de cet éclat inallendu. Mais il voit que le prince de Bade siiiquicte, et, au moment oti la guerre devient imminente dvec la Prusse, il convient de ménager tous les princes allemands qui peuvent être des auxiliaires ou tout au moins des renseigneurs. D'ailleurs, à quoi le mènerait cette amourette, qui n'est ni de sa dignité, ni de son âge, ni de son tempérament? De même qu'il n'a point eu la pensée de faire épouser ses restes au prince de Bade et que sûrement il a respecté Stéphanie avant qu'elle fût mariée, il ne saurait s'alïubler pour maîtresse de cette princesse héréditaire qui déjà porte beau, superbement enorgueillie qu'elle est par l'adoption» Elle devient gênante à Paris, elle peut être utile à Garlsruhe, ne serait-ce que pour balancer l'inflaence de la margrave Louis et de toute cette petite cour hostile à la France.

Napoléon prend à peine le temps d'éclaircir certaine histoire de lettres interceptées qui montrent assez quels mauvais procédés attendent sa fille adoptive, et avant même d'avoir obtenu satisfaction, il presse le départ. Stéphanie s'en va désespérée, bien qu'elle emmène avec elle trois de ses amies de pension, M"' de Mackau, W Bourjolly et M"^ Gruau. A peine arrivée dans les Etats de son beau-père, elle écrit à l'Empereur : « Sire, tous les jours, quand je suis rendue à moi-même, je pense à vous, à l'Impératrice, à tout ce que j'ai de plus cher. Je me trans-

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porte en France, je me crois près de vous et je trouve du plaisir encore à m'occuper de mon chagrin. » Napoléon répond avec certaine sévérité, sur le ton du conseil, sans nulle formule paternelle, sans nulle expression d'affection tendre : « Carlsruhe est un beau séjour... Soyez agréable à l'Electeur, il est votre père... Aimez votre mari, qui le mérite par tout l'attachement qu'il vous porte. » Lorsqu'elle lui a répondu de façon à le contenter qu'elle se plaît à Carlsruhe, il s'adoucit, l'appelle sa fille ^ mais revient aux règles de conduite, y insiste encore. Il ne se rend tout à fait aimable que lorsque le Prince héréditaire lui a demandé à faire avec lui la campagne qui va s'ouvrir et du même coup lui a annoncé la grossesse de Stéphanie. « Je n'apprends que de bonnes nouvelles de vous, écrit-il. Continuez donc à ôtre sage et bonne pour tout le monde. » Et il lui envoie deux beaux chevaux de ses écuries, il l'autorise à venir à Mayence rejoindre l'Impératrice et Hortense pendant que son mari suivra Tarmée. Désormais, dans les lettres qu'il écrit à Joséphine, Napoléon manque rarement de donner un souvenir à Stéphanie; mais c'est en passant, parce qu'il sait qu'elle est là, sans nulle intention de coquetterie.

En 1807, Stéphanie est invitée ainsi que son mari aux fêtes données à l'occasion du mariage de Jérôme avec Catherine de Wurtemberg et elle s'empresse de venir à Paris. Mais, si elle a conservé quelque prétention sur le cœur de Napoléon, si elle a gardé quelque illusion sur cette adoption qui date à peine

(l'une année, sur le rang exceptionnel qui lui a été solennellement attribué, quelle déception ! A présent la place qui lui est assignée est la dernière du côté des princesses ; c'est à peine, et comme par grâce, qu'elle figure dans la Famille Impériale. Elle n'est plus qu'une princesse de la Confédération germanique, et, comme telle, s'il se trouvait là des reines allemandes, celles-ci prendraient le pas. C'est par faveur qu'on lui donne un pliant, tandis que les princesses de la Famille ont des chaises. D'abord, elle ne semble pas s'apercevoir de sa déchéance et elle prend plaisir à se laisser courtiser par Jérôme, le nouveau roi de Westphalie ; mais sa tante lui fait des observations, la situation lui apparaît telle qu'elle est ; elle se rend compte qu'elle ne peut affermir sa position qu'en s'attachant à son mari, et elle le rend si amoureux qu'il en devient insupportable de jalousie.

Au moins, contre tous ses parents coalisés, la défendra-t-il en 1814, lorsque^ l'Empereur tombé, on voudra exiger qu'il la répudie, qu'il fasse sortir de la maison de Za^hringen cet importun témoin des serments abolis, dont la seule présence rappelle des bienfaits dont il plaît d'oublier l'auteur ? Mais est-ce pour cela que, à trente-deux ans, cet homme, de la santé la plus vigoureuse, tombe brusquement malade, traîne une année, finit par mourir en d'étranges souffrances en 1818?

Et Stéphanie n'a pu, dans tous ses enfants, conserver un fils ! Quand elle perd le second ou qu'elle le croit mort, elle jette vers l'Empereur ce cri déses-

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péré : « J'étais trop heureuse de pouvoir dire à Votre Majesté que j'avais un fils, lui demander de l'aimer, de le protéger; un fils me faisait oublier bien des chagrins et était bien nécessaire à ma position dont les devoirs sont quelquefois difficiles... J'ai dCi renoncer à toutes mes espérances !... » C'est chez elle un deuil profond, devant celte fatalité qui s'acharne à ses fils, qui ne lui laisse que des filles, qui enlève à sa race, frappée à cause d'elle d'une stérilité politique, rhércdité du trône.

Or, dix ans après la mort du Grand-Duc, le 26 mai 1828, entre quatre et cinq heures du soir, sur le marché au suif de Nurembers", un bourgeois rencontre un jeune homme de seize à dix-sept ans qui récite une ou deux phrases de bas-allemand : les pieds de ce jeune garçon n'ont jamais marché, ses yeux n'ont jamais vu la lumière du soleil, son estomac ne peut supporter aucune nourriture animale : c'est un être dont les organes n'ont pu être ainsi îitrophiés que si, dès sa prime enfance, il a été séquestré ^ans l'obscurité. Stéphanie, la première, calcule, raiso..ne, rapproche les dates : elle arrive à être convaincue que le mystérieux inconnu de Nurembers:. celui auquel on a donné le nom de (iaspar Hauser, est son fils — son fils auquel on a substitué un enfant mort, et qui, victime de la haine de la margrave Louis et de l'ambition de la comtesse de Hochberg, a, seize années durant, expié dans la nuit le crime d'avoir pour mère une Napoléonide. Mais que peut Stéphanie?

Ses ennemies ont triomphé : Tune rèûnc ; f autre,

promue, elle et ses descendants, à d'inattendus honneurs, voit sa race bâtarde, à peine morganatique, destinée au trône grand-ducal. Stéphanie ne peut que craindre pour Gaspar Hauser, que le pleurer lorsque, après trois guets-apens manques, il est enfin assassiné. Est-ce là une de ces illusions dont le cœur d'une mère se plaît à se bercer, ou une de ces intuitions révélatrices qui, mieux que tous les ressortâ de police et de justice, font brusquement la lumière sur quelque grand crime ? Quoi qu'il en soit, jusqu'à sa dernière heure (elle mourut le 29 janvier 1860), aux quelques Français qu'elle recevait familièrement dans le palais délabré de Manheim, elle attesta que son fils n'était pas mort en 1812, mais qu'il lui avait été enlevé; elle désigna les auteurs et les complices du crime, elle raconta ses suppositions et ses rêves. Quelques écrivains allemands ont voulu démontrer que cette mère se trompait : tant mieux pour la famille régnante de Bade !

Joséphine peut cire à peu près tranquille sur son avenir tant que Napoléon n'aura point acquis la conviction qu'il peut avoir des enfants ; et, pour que cette certitude s'établisse en son esprit, il faut un concours de circonstances singulièrement improbable. Mais voici que ce concours s'établit, et la révélation vient d'où on devait, à coup sûr, le moins l'attendre, d'une passade qui semblait sans lendemain et à laquelle l'Empereur ne dut pas, au moment même, attacher la moindre importance.

M""" Gampan, l'ancienne femme de chambre de la Reine, avait, comme on sait, fondé à Saint-Germainen-Laye, vers la fin de la Révolution, une pension de demoiselles que Joséphine, presque dès le commencement, avait protégée et où elle avait placé successivement sa iille llortense, ses nièces et ses cousines Emilie et Stéphanie de Beauharnais, Stéphanie Tascher, Félicité de Faudoas, puis sa belle-

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sœur Caroline Bonaparte, et même la fille de Lucien, CharloUe. Autour de ces jeunes filles, étaient venues se grouper la plupart de celles dont les pères avaient ou cherchaient quelque attache avec le Consul : i\P^ Barbé-Marbois, Leclerc, Victor, Glarke, iMacdonald... A la suite des mariages que, grâce à leur intimité avec Hortense, avaient rencontrés les nièces de M""^ Campan, Ar""^ Auguié, quantité d'intrigants, même pauvres, s'étaient hâtés de solliciter l'admission de leurs filles.

M""^ Campan passait pour une influence, avait placé quantité de gens, obtenu des radiations d'émigrés, des restitutions de biens confisqués. Bref, c'était la mode d'entrer chez elle, et, à côté de noms glorieux, mais très nouveaux, on voyait, sur les listes, des Noailles, des Talon, des Lally-Tollendal, des Rochemond, puis des noms de finance, puis des noms de rien du tout.

Il y avait une jeune fille en particulier dont la maîtresse de pension eût été assez embarrassée de dire d'oii elle venait, si elle avait porté aux origines de se& pensionnaires la même attention qu'au début et si, la vogue de son institution ayant baissé après le Consulat, elle n'avait point, pour remplir les vides, été obligée de prendre à peu près tout ce qui se présentait. C'était ]\P° Louise- Catherine -Eléonore Dénuelle de La Plaigne. Le père, qui se disait rentier, faisait des afl'aires qui n'étaient point toujours heureuses ; la mère, fort jolie encore, était passablement galante, et le ménage, qui habitait, bou-

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levard des Italiens, un somptueux appartement où il recevait grande compagnie et fort mêlée, vivait, au jour le jour, des bénéfices de monsieur ou de ceux de madame, en attendant que la fille, laquelle avait eu ses dix-sept ans en 1804 (étant née le 13 septembre 1787) trouvât à faire un riche mariage ou, tout le moins, à se produire dans le monde.

Le temps passe, madame vieillit, monsieur s'endette, les adorateurs s'éloignent, les quartiers de pension sont durs à payer, et, depuis le départ des Beauliarnais, le temps est passé chez M""" Gampan des épousailles à laNeyou àlaSavary.

M"^° Dénuelle se détermine, à défaut des salons où elle n'a pas accès, à montrer sa fille dans les théâtres, et, un beau soir, à la Gaîté, un officier de bonne mine se présente dans la loge dont elle occupe le devant avec sa fille, et y prend une place vacante. Les deux dames n'ont point l'air sévère ; l'officier est galant, et la connaissance est rapidement menée. Il parle amour, on lui répond mariage. Va pour le mariage, s'il faut y passer.

On l'invite à venir boulevard des Italiens, il n'y manque pas et suit sa conquête. Le père, à la vérité, cherche à lui emprunter de l'argent, et cela le met en méfiance sur le train qu'on mène, mais une conversation qu'il a avec M""" Gampan lève ses scrupules — s'il en a ; il déclare seulement qu'il veut se marier à Saint-Germain, et c'est là en effet que le mariage a lieu le 23 nivôse an XIII (15 janvier 1805).

Get officier, Jean-IIonoré-François Revel, qui se

qualifiait capitaine au lo® régiment de Dragons, attaché à l'inspection du général d'Avrange d'Haugéranville, était un fripon. Ancien quartier-maître de son réoiment, il venait de donner sa démission et se disait sur le point d'entreprendre la fourniture générale des vivres de l'armée. En attendant, il vivait à crédit dans une auberge, comptant beaucoup plus, semble-t-il, pour se tirer d'embarras, sur la beauté de sa femme que sur ses propres ressources. Deux mois après la noce, il est arrêté pour une fausse traite qu'il a fournie en paiement à son régiment et il est mis en prison préventive, pour crime de faux en écriture privée.

Eléonore se souvient alors qu'elle a été en pension avec Caroline Murât — S. A. I. la Princesse Caroline, — et, vivement recommandée par M""® Campan, va solliciter sa protection. Caroline la place à Chantilly dans une sorte de maison de famille où l'on reçoit les jeunes femmes en semblable disgrâce ; puis, sur ses instances, elle la fait revenir près d'elle, malgré M™^ Campan, qui voudrait qu'on Féloignât du monde et que, dans quelque temps, on la remariât en province.

Eléonore est très belle : grande, svelte, bien faite, brune avec de beaux yeux noirs, vive et fort coquette. Elle n'a point été élevée à avoir des scrupules, et n'en a guère pu acquérir durant les deux mois qu'elle a passés avec Revel. D'abord dame d'annonce, puis promue à. la dignité de lectrice, elle se trouve, comme par hasard, sur le passage de l'Empereur,

lorsque, à son retour d'Austerlilz (fin janvier 4 806), il vient voir sa sœur ; elle s'arrange pour être remarquée, et dès que des propositions lui sont adressées, elle les accepte d'enthousiasme. Elle se laisse conduire aux Tuileries, oii elle prend l'habitude de venir de temps en temps passer deux ou trois heures, — le moins d'heures possible au reste. Elle a dit ellemême que, dans la chambre oii Napoléon la recevait, au fond de l'alcôve, était suspendu un cartel et que, pendant que l'Empereur était occupé, elle trouvait moyen de pousser la grande aiguille et de l'avancer de trente minutes. Le temps que Napoléon donnait à ses divertissements était strictement mesuré : aussi, lorsqu'il levait la tête, il regardait la pendule : « Déjà ! j) disait-il, et V amoureuse %q. trouvait libérée.

Si peu d'heures qu'elle eût données, elles avaient été bien employées et Eléonore savait s'y prendre. Mais au moins ne voulait-elle point que Revel en eût le bénéfice. Aussi, dès le 13 février, elle forme une instance en divorce pour cause d'injures graves, et elle obtient gain de cause presque de droit, Revel ayant été condamné à deux ans de prison par la Cour criminelle de Seine-et-Oise. Le divorce est prononcé le 29 avril 1806. Il est temps, car Eléonore est enceinte depuis le mois de mars ; elle accouche le samedi 13 décembre 1806, rue de la Victoire, n° 29, d'un enfant du sexe masculin qui est déclaré sous le nom de Léon, fils de demoiselle Eléonore Denuelle, rentière, âgée de vingt ans, et de père absent.

Point de doute sur la paternité : Eléonore, qui,

dans son acte de divorce, était qualifiée « attachée à S. A. I. Madame la princesse Caroline », habitait, depuis son retour de Chantilly, rue de Provence, hôtel du Gouvernement (c'est l'hôtel Thélusson, que Murât a acheté le 22 nivôse an X). Elle n'en était sortie que pour ses visites aux Tuileries, dont Caroline savait le secret. D'ailleurs, pour lever toute contestation, il n'y avait qu'à regarder l'enfant, dont la ressemblance avec Napoléon sautait aux yeux.

L'Empereur reçut la nouvelle de l'accouchement à Pulstuck, le 3i décembre. Désormais, le charme était rompu, et l'Empereur pouvait être certain d'avoir un héritier de son sang. Plus que tout autre fait peut-être, cette naissance clandestine d'un enfant sans nom a influé sur la suite de sa vie et a déterminé les grandes résolutions qu'il a prises dès Tilsitt, et qu'il n'a remplies que deux années plus tard.

Léon fut d'abord confié à M""^ Loir, nourrice d'Achille Murât; puis, en 1812, on lui constitua \xu conseil de famille , lequel lui donna pour tuteur M. Mathieu de Mauvières, maire de la commune de Sainl-Forget et baron de l'Empire, mais, surtout, beau-père de Méneval, le secrétaire intime de l'Empereur. Non content de lui avoir attribué une fortune indépendante, Napoléon, en janvier 1814, au moment de son départ pour l'armée, chargea le duc de Bassano d'y ajouter 12 000 livres de rente; il y joignit, le 21 juin 1815, 100 000 francs en dix actions des Canaux; par un legs de conscience inclus

dans son testament, il lui donna encore 320000 francs destinés à lui acheter une terre, et, s'occupant de lui jusqu'à son dernier jour, il lui consacra le paragraphe 37 de ses Instructions à ses exécuteurs testamentalres : « Je ne serais pas fâché que le petit Léon entrât dans la magistrature, si cela était dans son goût. »

Mais qu'étaient ces avantages près de ceux que, un moment, il avait eu la velléité de lui faire ! Pour échapper au divorce, pour éviter de rompre avec Joséphine, à laquelle il était sincèrement attaché et dont il aimait jusqu'aux défauts, pour satisfaire en même temps, d'une façon qui lui parût rationnelle, à la loi d'hérédité, il n'est pas douteux qu'il conçut la pensée d'adopter son enfant naturel, qu'il en parla à Joséphine, et qu'il tàta le terrain avec divers de ses confidents . Il cherche des exemples , invoque des précédents, invente des justifications ; s'il recule, c'est que, en vérité, c'est bien gros de faire passer cela, qu'on n'en est plus à Louis XIV appelant le duc du Maine et le comte de Toulouse à l'hérédité du trône. Mais, en attendant qu'il ait pris sa décision, il s'est habitué, presque attaché à cet enfant. Il se l'est fait souvent amener, soit à l'Elysée, chez sa sœur Caroline, soit même aux Tuileries, pendant sa toilette et son déjeuner. Il s'est plu alors à lui donner des friandises, à jouer avec lui, à s'amuser de ses reparties.

Les événements s'accomplissent, et, nécessairement, Napoléon ne peut plus donner à Léon les mêmes

soins ; mais, en 1815, c'est à Madame mère et au cardinal Fesch qu'il le recommande.

Déjà, Madame s'était occupée de lui, et elle paraissait disposée à faire bien plus; mais Léon n'était point en vérité de ceux dont le caractère peut séduire.

En 1832, — il y a vingt-cinq ans — il apparaît déjà ruiné au jeu, s'adressant au cardinal Fesch, lui promettant de ne plus perdre 45 000 francs en une nuit. — Serment de joueur ! — Un an plus tard, on le trouve à le fois brassant des affaires, se mêlant d'illuminisme et de politique, provoquant en duel un peu tout le monde (1833 et 1834), car il est brave et quelque peu spadassin. En J834, il est élu chef du bataillon communal de la garde nationale de Saint- Denis, en se réclamant « du grand homme dont il a reçu la naissance ». A la suite d'un refus de service, il est suspendu, puis révoqué, et publie des brochures apologétiques oii il est difficile de se retrouver. Il se mêle, en 1840, au cortège officiel du retour des Cendres, et, complètement ruiné, intente alors contre sa mère une série de procès.

Eléonore a en effet conservé sa fortune. L'Empereur ne l'avait jamais revue, il avait refusé de la recevoir lorsque, en 1807, elle s'était présentée à Fonlainebleau, mais il s'était acquitté en lui donnant un hôtel, rue de la Victoire, 29, et le 4 février 4 808, une dot de 22 000 livres de rente inaliénable et incessible. Elle épousa ce jour-là M. Pierre-Philippe Augier, lieutenant d'infanterie, fils d'un M. Au2:ier de LaSau-

saye qui, après avoir été député du Tiers à la Constituante et sous-préfet de Rochefort, était, depuis Tan XII, député de la Charente-Inférieure au Corps Ici^islatif. Le lieutenant Augier emmena sa femme en Espagne et mourut en captivité à la suite de la campagne de Russie. Eléonore, veuve facilement consolée, se remaria à Seckenheim, le 25 mai 1814, à M. Charles-Auguste-Emile , comte de Luxbourg-, major au service du roi de Bavière. Revenue à Paris avec ce nouvel époux, elle se trouva en butte aux menaces de chantage de Revel, son premier mari, lequel profitait de la chute du tyran pour se poser en victime et pour essayer de tirer parti de la situation. M""® de Luxbourg résista, et Revel, pour se venger et gagner quelques sous, publia d'innombrables pamphlets aux titres merveilleusement combinés pour faire scandale ; mais il perdit, devant toutes les juridictions, les procès qu'il intenta à son exfemme.

Léon fut un peu plus heureux dans ses procès contre sa mère : s'il fut battu à propos d'une demande en reddition de comptes et d'une plainte en escroquerie, il se fit reconnaître comme fils naturel et obtint, le 2 juillet 1846, à défaut d'une pension alimentaire, une provision de 4 000 francs. Il semble avoir retrouvé quelque argent en 1848, car il songe à se présenter comme candidat à la présidence de la République en concurrence avec le prince Louis-Napoléon, avec lequel, huit ans avant, en mars 1840, il a voulu se battre en duel. C'est là une histoire telle-

ment singulière que, seul, un certain désordre mental peut l'expliquer. On en trouvera le détail dans une brochure intitulée Réponse de M. le Comte Léon demeurant à Paris rue de Provence 53, au gérant dit journal « le Gapitole » (Paris, imprimerie de Pierre Baudouin, 1840. In-4*^). En 1849, il se porte aux élections législatives et publie un manifeste : Le citoyen Léon, ex-comte Léon, fils de Vempereur Napoléon, directeur de la Société pacifique, au Peuple Français,

L'Empire arrive : Léon obtient de Napoléon III, qu'il a voulu tuer, une pension de 6 000 francs et le paiement du legs de conscience de Napoléon P'", soit un capital de 22o 319 francs ; ce n'est pas là pourtant de quoi le contenter : en 18o3, il réclame 572 670 francs, en vertu d'on ne sait quels décrets d'avril, mai et juin 1815 ; en 1857, il actionne le ministre des Travaux ' publics en restitution de 500 000 francs qu'il dit lui être dus pour études du tracé du chemin de fer du Nord.

Pas une année sans des monceaux de propositions, réclamations et pétitions. Quatre, cinq, six fois, la liste civile paie ses dettes. Son cerveau est dans une ébullition perpétuelle pour des chemins de fer, des percements de boulevards, des procès, des affaires. Sa brochure : La paix, solution de la question italienne, publiée en 1859, est décisive : il y proclame que Goessin est le prophète de ce temps. « Il a seul résolu toutes les difficultés de l'époque actuelle et de l'avenir. » Goessin — on Tignore peut-être — est Tauteiir des Neuf livres (1809), le fondateur de la

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Maison grise (1810), de la Nouvelle Maison grise et des Familles spirituelles. Il est très vraisemblable que la Société pacifique dont Léon s'intitulait le directeur en 1849, était une émanation des Familles spirituelles que, en 18o9, il était probablement le dernier à se rappeler.

Léon est mort à Pontoise le 15 avril 1881, certainement irresponsable.

On a imaginé bien des romans sur cette hypothèse d'un fils naturel de Napoléon. Quel roman vaudrait cette histoire dont on ne sait encore que des bribes récoltées çà et là dans des mémoires judiciaires, des registres de l'état civil, des circulaires et des affiches électorales, et qui, s'il était permis de la suivre et de la raconter dans son entier , donnerait encore bien d'autres surprises * ?

* xM. Paul Ginisty a étudié, dans des articles singulièrement informés {Gil Blas des 8 et 15 janvier 1894), les derniers jours de ce malheureux i.éon. Il a donné des détails émouvants sur la position actuelle de sa fille, institutrice à l'école communale des filles à Boghari département d'Alger ; mais quelque pitié que puissent inspirer la fin misérable du comte Léon et la situation de ses descendants, je crois que quiconque se donnera la peine de jeter les yeux sur les brochures qu'il a publiées, arrivera à des conclusions plus sévères que celles que m'a reprochées M. Ginisty.

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