Napoléon et les savants
La science n'a, bien entendu, joué dans la vie de Napoléon qu'un rôle fort accessoire, point négligeable cependant. Si le grand homme n’y a porté personnellement son attention qu’au temps de sa Jeunesse, il ne s'en est jamais totalement désintéressé; 1l a, en tout cas, eu pour les artisans des progrès de la science un penchant qui ne s’est jamais démenti. « Toutes les fois, a-t-il écrit, que je puis être utile aux sciences et aux hommes qui les cultivent, je suis mon inclination et je sens que je m'honore ». Parmi ceux qu’on appelle aujourd’hui des « intellectuels », c'est aux savants qu'allaient nettement ses préférences. Comme intellectuels, en effet, ayant pu se flatter d'être de ses amis — amis de Napoléon, quel titre magnifique — on ne trouve guère qu'un littérateur qui compte, Fontanes, quelques peintres, David, Gros, Gérard, mais surtout, ainsi que vous allez le voir, des savants vers qui le grand homme se sentait très évidemment attiré, ayant d’ailleurs toujours eu l’idée que, si son génie universel ne l'avait pas entrainé vers une autre destinée, il eût pu, lui aussi, faire une belle carrière dans les sciences. 11 vous le dira lui-même tout à l’heure.
Je n'ignore pas, croyez-le bien, qu’il est recommandé aux
conférenciers comme aux auteurs d'éviter de se citer eux-mêmes ;
je me risque pourtant à vous demander la permission de vous lire une page que j'ai écrite il y a quelques années et qui peut se rattacher à mon acluel sujet. Je me suis bien essayé à redire les mêmes choses en des termes un peu différents, mais la paresse l'a emporté sur mon désir de stricte correction. :
(1) Conférence faite le 16 février 1934.
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Voici donc ce que j'ai déjà dit : (1)
Plus on étudie l'histoire de Napoléon, plus on se convainc que Jamais n’a paru dans le monde de génie supérieur au sien, génie capable de tout embrasser, de tout dominer dans l’ordre humain, génie vraiment universel, apte à s'élever aussi haut qu'il eût voulu en n'importe quelle branche d'activité intellectuelle. Il semble que tout ait été dit de son génie militaire, le plus grand qui se soit jamais manifesté sur cette terre, au témoignage même de ses pires ennemis, de son génic de législateur, célébré à l’envi par tous ceux qui ont étudié à fond l'élaboration du code auquel son nom reste attaché ; et pourtant nous voyons constamment surgir des occasions nouvelles d’exalter ce génie, et dans les directions les plus diverses. En réalité, l'extraordinaire puissance de ce cerveau unique était en mesure de s'appliquer à un objet quelconque et de triompher de toutes les difficultés qui s'y pouvaient rencontrer. C’est par l'action que ce formidable génie a principalement été sollicité ; c'est à des fins de direction des hommes et de domination qu’il s’est dépensé par dessus tout. Il eût certes tout aussi bien pu attester sa fécondité en quelque autre ordre qu’il eût voulu, dans l'ordre de la science, par exemple, et, plus particulièréement, dans celui des athlétique ».