‹ Napoléon et les savantsChapitre 3 sur 8 · DR ES · texte numérisé non relu

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En revanche, la rigueur du raisonnement géométrique devait fatalement séduire cet esprit net et précis ; aussi le jeune écolier réussit-il à merveille dans cette branche de l'enseignement. Sans doute, à ce propos, connaissez-vous déjà l’anecdote du maître d'allemand de l'Ecole militaire de Paris, devant qui l’on citait l'élève Bonaparte comme « le plus fort mathématicien de l'Ecole », et qui s’écriait: « Eh bien, j'avais toujours pensé que les mathématiques n’allaient qu'aux bêtes ».

On voudrait être sûr que ce brave magister a vécu assez longlemps pour se rendre compte de ce qui a pu sortir de la « bêtise » par lui discernée, avec un flair si subtil, chez son écolier.

Longtemps après la fin de ses études, Bonaparte ne s'était pas encore dépris de son goût très vif pour les choses de la géométrie. Nous verrons que lorsque, en 1796, il fut rejoint par Monge en Italie, il tint à se faire initier, par l'illustre géomètre, à la nouvelle doctrine inaugurée par lui sous le nom de géométrie descriptive. D'autre part, lors du séjour prolongé qu’il fit en Italie au lendemain de la paix de Campo-Formio, qui avait mis fin à sa glorieuse campagne de 1797, il eut à cœur de se mettre en relation personnelle avec les plus distingués des savants du pays. Parmi eux se trouvait un géomètre d'une très grande originalité, l'abbé Mascheroni, professeur à l'Université de Pavie. Nous allons, si vous le voulez bien, nous y arrêter quelques instants en raison de la suite curieuse qu’à eue cette rencontre. |

Mascheroni était le créateur d’une branche nouvelle de la géo métrie élémentaire à laquelle il avait donné le nom de Géométrie du compas. Voici en quoi elle consiste ; on suppose que l’on ne possède ni règle, ni équerre, rien qu’un compas, et l’on se propose d'effectuer avec ce seul compas toutes les constructions de la géométrie plane où interviennent ordinairement règle et équerre. C'était à priori une entreprise assez audacieuse. Pour vous donner une petite idée des difficultés qui s'y rencontrent, je prendrai l'exemple le plus simple, le premier de ceux auxquels s’attaqua Mascheroni, et dont au reste il vint brillamment à bout. Supposez que, sur une feuille de papier, vous ayez marqué, tout à fait au hasard, quatre points À, B, C, D ; vous n’avez pas de règle, vous ne pouvez donc tracer les droites AB et CD ; alors, on vous demande, en ne vous servant que du compas, de déterminer sans tâtonnement, par une construction rigoureuse, le point où se couperaient ces droites AB et CD, si elles étaient tracées. Essayez

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de le-faire : vous verrez que ce n’est pas commode: il faut être un très fin géomètre pour y réussir. (1)

Peut-être vous semble-t-il que nous nous sommes un peu éloignés de Napoléon ; point tant que vous le pensez, et d’ailleurs nous y revenons. Le général Bonaparte s'étant fait initier par Mascheroni à sa géométrie, s’'amusa, une fois rentré à Paris, à en proposer les problèmes, et particulièrement celui que je viens d'énoncer, sous formes de sortes de défis aux illustres mathémaliciens qui siégeaient avec lui à l’Académie des Sciences — car vous n’ignorez pas qu’il appartenait lui-même à ce corps savant. Ces grands maîtres qui avaient, cela va de soi, résolu des problèmes bien autrement difficiles mais d’un tout autre genre, n’aperçurent pas de prime abord le moyen de se tirer d'affaire, et ce fut le jeune général, leur confrère, qui leur donna la clef de l'énigme. « Général, lui dit Laplace, nous nous attendions à tout recevoir de vous, excepté des lecons de mathématiques ». Ce petit fait — et c’est pourquoi j'ai tenu à vous le rapporter — a valu à la modeste question que nous venons de voir le nom de « problème de Napoléon ». En 1909, un périodique mathématique allemand publiait encore une note portant le titre : Die Napoleons-Aufgqabe.

Nous clorons là, en ce qui concerne le sujet dont avons à nous occuper, les souvenirs se rapportant à la jeunesse de Napoléon.

Parmi les grands savants qui devaient atteindre l’apogée de leur brillante carrière sous le règne de Napoléon, celui qui, le premier, se trouva en relation avec lui fut Laplace. C’est, en effet, Lapcace, qui comme examinateur à l'Ecole militaire, prononça l'admission de l’élève Bonaparte dans le corps de l'artillerie. Plus perspicace que le maitre d'allemand dont je viens de vous citer la si judicieuse appréciation, Laplace sut discerner — ce n’était, au surplus, pas bien difficile — les hautes qualités d’intelligence du jeune homme. Toutefois, et ceci mérite d’être noté, l’illustre savant devait, par la suite, répéter à diverses reprises, quil avait rencontré un autre élève qui, en tant que mathématicien, s'était

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