‹ Napoléon et les savantsChapitre 8 sur 8 · PRO MUR · texte numérisé non relu

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de l’Intérieur, circonstance qui eut pour effet de le faire rayer pour la seconde fois de la liste de l’Institut, cette fois par le gouvernement royal, et de le contraindre à aller finir ses jours à l'étranger. [Il mourut à Magdebourg le 2 août 1823, léguant à la France, en la personne de son fils Sadt, qui, entré en 1812 à l'Ecole Polytechnique, devait mourir prématurément en 1832, un des plus grands physiciens dont se puisse glorifier notre pays, le créateur de la thermo-dynamique.

x + Tous les savants dont je vous ai parlé jusqu'ici ont été des mathématiciens ; c’est parmi ceux-ci que Napoléon s'était créé le plus de relations personnelles. Mais il s’en est trouvé aussi en d’autres branches de la science, qui ont compté au nombre de

ses amis particuliers. Il me suffira de citer ici l’illustre chimiste

Berthollet et l’éminent naturaliste Lacépède. Comme Lagrange, Claude Berthollet n'eut pas, dès sa naissance, la qualité de Français, bien que né sur une terre destinée à

- devenir française un peu plus d’un siècle plus tard. C'est en effet,

à Talloires sur les bords du lac d'Annecy qu'il vit le jour le 9 novembre 1748. Après avoir conquis à Turin le grade de docteur en médecine, il vint s'établir à Paris où Tronchin, alors à l'apogée de sa réputation et ayant su discerner ses hautes qualités d’intelligence, assura rapidement sa fortune. Mais ce fut la chimie qui peu à peu s’empara de toutes les forces intellectuelles du jeune homme admis dès 1780 comme adjoint à l’Académie des sciences ; il y devint associé en 1785, et pensionnaire en 1792, à la veille de sa suppression par la Convention.

Entré à l’Institut lors de sa création, il s’y montra le digne héritier et le continuateurde Lavoisier. Ainsi que le firent Lagrange pour l'analyse et Monge pour la géométrie, ce fut lui qui instaura à l’Ecole Polytechnique l’enseignement de la chimie.

Avec Monge, nous l'avons vu, il fit partie de [a mission scientifique envoyée en 1796 auprès de Bonaparte en Italie : avec Monge également il fut emmené en Egypte par le général en chef. Dans tous les souvenirs se rattachant à la première partie de la carrière de Bonaparte, les noms de Monge et de Berthollet sont inséparables, au point même que, pour bien des soldats de l’armée d'Egypte, ils avaient fini par se fondre en un seul personnage : Monge-Berthollet. Lui aussi fut fait par Napoléon comte, grand

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officier de la Légion d'honneur et sénateur, avec la sénatorerie de Montpellier. Dépourvu de toute ambition et de tout esprit d'intrigue, Berrozcer ne rechercha nullement les faveurs de la Restauration, mais elles vinrent à lui et n'étant pas pourvu de Ia même fidélité obstinée que Monge, il ne les repoussa pas non plus et devint pair de France sous le nouveau régime pour mourir paisiblement, le 6 novembre 1822 à Arcueil où, avec son ami Laplace, il avait fondé cette fameuse société au sein de laquelle dans l’atmosphère la plus sereine, se débattaient les plus hautes

questions préparant Îles immenses progrès scientifiques du XIX° siècle.

De tous les savants qui gravitèrent aulour de Napoléon, celui qui réalisa le plus complètement le type de l'homme de cour, ce fut sans conteste Lacépède faisant un peu, du côlé des sciences, le pendant de Fontanes, du côté des Lettres.

Né à Agen le 26 décembre 1756, Etienne de La Ville, comte de Lacépède, eut le privilège d’être le disciple direct de Buffon pour devenir son conlinuateur. Sa mauière procède très nettement de celle de son maître ; on a fait la remarque que son style n'a pas laissé de s'inspirer du sien — ce qui, après tout, est un assez beau compliment — ; comme lui il a également eu le goût d’un certain décorum dans sa façon de vivre, d'une élégance recherchée dans sa mise, en même temps que le souci d’une politesse raffinée, et toujours souriante, toutes qualités propres à se faire bien voir dans le monde. À l'exemple de cet illustre modèle, la légende le représente n'écrivant qu'âvec des manchettes de dentelle. Mais l’analogie de Lacépède avec Buffon ne s'est pas bornée à ce côté tout extérieur. L'œuvre du disciple s’est montrée non seulement pour la forme, mais aussi pour le fond, digne de celle du maître; on àa même pu lui reconnaitre un caractère plus strictement scientifique, au sens moderne du mot. :

Professeur au Muséum, membre de l’Institut dès sa création, Lacépède sut plaire à Napoléon tout à la fois par sa valeur de savant et ses qualités de parfait homme du monde.

Sénateur au lendemain de Brumaire, il présida le Sénat en 1801, 1807 et 1811, et fut, dès 1804, pourvu de la première des sénatoreries, celle de Paris,

En créant la Légion d'honneur, Napoléon lui en attribua la grande chancellerie. Nous sommes tellement hahitués, et depuis

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longtemps, à voir cette haute situation toujours conférée à de grands chefs militaires à la retraite que ce choix du Premier Consul peut sembler à priori un peu surprenant ; c'est que l’on ne fait pas tout de suite la réflexion qu'à cette époque tous les grands chefs de guéërre étaient de jeunes hommes dont aucun n’élait en mesure d'occuper un poste qui ne pouvait convenir à un militaire qu après sa mise à la retraite.

Lacépède eut à jouer, à une certaine heure, dans l’histoire de Napoléon, un rôle de premier plan ; c'est lui, en effet, qui, comme sénateur, eut mission de faire le rapport sur le sénatus-consulte déférant au Premier Consul le titre d'Empereur.

A la Restauration, Lacépède fut privé de la grande chancellerie, mais maintenu comme pair de France. Etant resté auprès de Napoléon pendant les Cent jours, il se vit, en 1815, déchu de sa qualité-de pair ; elle lui fut pourtant restituée en 1819 alors que les passions politiques s'étaient un peu calmées; il la conserva jusqu’à sa mort survenue à Epinay-sur-Seine Île 6 octobre 1825.

Ainsi, de tous ces grands savants dont Napoléon avait eu plaisir à s'entourer et qu'il avait comblés d’honneurs, et sans parler de Lagrange mort sous l’Empire, seul l'excellent Monge lui est resté indéfectiblement fidèle ; cela vaut bien que nous saluions avec une particulière sympathie sa mémoire; mais n’accablons pas trop les autres pour n’avoir pas eu le courage de sacrifier l'automne de leur carrière au culte du souvenir que plusieurs d’entre eux, à toutle moins, ne reniaient tout de même pas en leur for intérieur. Les plus intimes compagnons d’arme du grand Empereur, ses maréchaux, n’ont pas, hélas, fait montre envers lui d’un plus immuable attachement. IL faut tenir compte de l'infirmité de la nature humaine et se montrer indulgent.

Quant au goût manifesté par Napoléon pour tous ces savants, il s'explique non seulement par l'attrait qu’offrait à ses yeux un commerce suivi avec des intelligences supérieures, mais assurément aussi par le penchant que, de tout temps, il a manifesté pour les sciences. Il s’est, au reste, très nettement expliqué à ce sujet dans ce passage d’une de ses lettres : « Pensez-vous que si

je n'étais pas devenu général en chef et l'instrument du sort d'un

grand peuple. j'aurais couru les bureaux et les salons pour me mettre dans la dépendance de qui que ce fût, en qualité de ministre ou d'ambassadeur ? Non, non ! je me serais Jeté dans

Mgr, es

l'étude des sciences exactes. J'aurais fait mon chemin dans la … route des Galilée, des Newton. Et puisque j'ai réussi constamment dans mes grandes entreprises, eh bien! je me serais hautement distingué aussi par des travaux scientifiques. J'aurais laissé de belles découvertes. Aucune autre gloire n’aurait pu tenter mon ambition », |

Comment n'être pas frappé par de si fiers accents ? Et qui donc, en-dehors de Napoléon, eût pu, sans que cela parût surprenant, se permettre de tenir un pareil langage ? Mais aussi, quel légitime orgueil les gens de science ne sont-ils pas en droit de ressentir à voir l'attrait tout particulier que leur labeur a pu exercer sur un tel homme ?

M. D'Ocacne.

membre de l'Institut

Vannes. — Imprimerie Lafolye et J. de Lamarselie.

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