‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 19 sur 141 · CATHERINE COMPAGNE DE VOYAGE · texte numérisé non relu

CATHERINE COMPAGNE DE VOYAGE

rine, en en faisant part à son père, ajoute : « l'Impératrice a beaucoup contribué à l'amitié qui existe de nouveau entre l'Empereur et nous. Aussi nous a-t-il invités cette nuit, par courrier, de la manière la plus aimable du monde à le suivre dans un voyage à Anvers et sur les côtes. »

Marie-Louise, qui voulait d'abord éviter Caroline, eùt-elle pu mieux choisir? La maison de Wurtemberg eut assez d'alliances avec celle d'Autriche (témoin le premier mariage de l'empereur François) pour marcher de pair avec elle. Catherine est élevée en princesse allemande ; elle sait ce qu'on doit dire et taire, garde les distances, les fait garder vis-à-vis d'ellemême et ne se rend point importune. Elle a subi elle aussi la loi du vainqueur, mais elle a pris son parti, sans rien oublier ni de la race d'où elle sort, ni de la religion où elle fut élevée, ni des formes d'étiquette qui ont été sa règle de vie. De plus, elle s'amuse à peu de chose et elle a des côtés d'enfance plus jeunes que son âge. En même temps, il n'est point à craindre qu'elle entreprenne sur l'Impératrice : elle calcule ses démarches, ne fait point un pas mal à propos et prévoit les orages que déchaînerait une trop grande faveur : comme elle l'écrira à son père, quand elle pourra, de Cassel, « lui parler à cœur ouvert », « il n'aurait tenu qu'à moi de me lier intimement avec elle, mais quoi que mon inclination m'y eût portée, je l'ai évité, ne voulant pas exciter trop de jalousie. »

Le voyage se passe donc à merveille entre les

deux belles-sœurs, chacune tenant son rang-, chacune témoignant à l'autre les égards qui conviennent te l'affection que l'alliance impose : cela ne va pas plus avant, mais l'extérieur et l'apparence ne sont-ils pas tout ce qu'il faut en de tels rapports et, pour vouloir brusquer la confiance, ne voit-on pas ce qu'il fut de Caroline?

De ce que l'Empereur a cru avoir besoin de Jérôme et de Catherine, de ce qu'il a, durant le voyage, témoigné à Jérôme quelque faveur, est-ce à dire qu'il se rattache à sa famille, qu'il égare sur un de ses membres quelque part de son ambition et qu'il se reprenne à l'idée familiale dont il a semblé dégoûté depuis qu'il a arrêté son second mariage ? Non pas : ce n'est ici qu'un épisode qui ne change rien à ses projets. C'est uniquement sur la race qui sortira de lui qu'il a concentré sa passion de grandeur : c'est lini maintenant, au moins veut-il en être convaincu, de ses faiblesses à égard des siens. Pour atteindre le but qu'il se propose — but qui à la vérité reculera sans cesse — il s'apprête à briser quiconque, même dans sa famille, ne plie pas à sa volonté, ne subit pas sa loi et n'obtempère pas à ses ordres.

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