MARIE-LOUISE ET LA FAMILLE
çaises, a dû, dans les larmes, quitter Compiègne sur Tordre de l'Empereur et rejoindre Louis à Amsterdam. Catherine est irritée du peu d'affabilité que Marie-Louise a montré à Stuttgard et, à sa rancune filiale, elle joint ses colères conjugales, car Jérôme excédé du désagrément de ce séjour « ne cherche qu'un prétexte honnête pour retourner chez lui et sans avoir l'air de l'humeur ». Auguste, qui ne pardonne pas sa déchéance et qui est mis à la dernière place après avoir eu l'assurance de la première, double son antipathie de Beauharnais de la traditionnelle haine des Wittelsbach contre les Habsbourg. Des Corses, Pauline intimide par l'éclat de sa beauté, l'énigme de son sourire et l'excès de ses toilettes; Elisa, qui déplaît par son air d'autorité et sa laideur masculine, ne se sauve que par la petite Napoléon, queMarie-Louise prend en passion. Caroline enfin s'est rendue haïssable dès le voyage en exécutant brutalement des ordres qu'elle supposait peut-être : elle a renvoyé à Vienne, sans pitié et malgré des promesses authentiques, la grande maîtresse de l'Archiduchesse et jusqu'à son petit chien; partout elle a joué celle qui est excédée de la corvée, adressant ses plaintes à tout venant et se posant en victime; elle a imposé ses volontés, telle qu'un maître des cérémonies à Barataria, pour les repas, les couchers, les départs, les fêtes, sans nul égard pour la lassitude, la tristesse et la fatigue. A Compiègne, à Saint-Cloud, à Paris, de nouveau à Compiègne, il lui faudrait un tact infini pour garder la juste mesure et, dans cette constante intiv. 3
mité où la met son frère, ne pas heurter à tout moment la pudeur de la jeune fille, la fierté de l'Archiduchesse, la dignité de l'impératrice. Comme elle ne pense qu'à faire sa cour à l'Empereur, elle ne s'aperçoit pas que presque chaque mot qu'elle dit devient une offense. Marie-Louise, si simple qu'ait été son éducation et si peu fastueuse qu'ait été sa vie, ne peut supporter qu'on s'ingère, malgré elle, à lui donner des avis de conduite ou d'élégance et à lui fournir des conseils même de toilette. De plus, le seul ton de Caroline, qui plaît à l'Empereur — et à beaucoup d'hommes — a toujours été odieux à la plupart des femmes. Aucune ne s'attache à elle, aucune ne lui reste dévouée et toutes celles qu'elle prend dans sa maison la quittent mal. Bientôt, malgré la soumission que Marie-Louise témoigne à l'Empereur, l'antipathie se fait jour, et, le couple impérial devant tout de suite parcourir la Belgique, Napoléon se trouve quelque peu embarrassé, car, après certaines leçons données et certaines paroles échangées, il ne saurait être question de Caroline pour accompagner l'Impératrice.
Il faut pourtant, à la suite de Marie-Louise, quelque reine qui lui adoucisse les corvées, et lui tienne société. Par un brusque revirement, l'Empereur va à ces Jérôme qu'il avait si fort délaissés et dont le mécontentement ne tiendra pas devant un sourire. Au moment où ils vont quitter Compiègne, il leur témoigne des bontés qui dissipent tous les nuages. C'est « un père » qu'ils retrouvent et Cathe-