LE MARIAGE AUTRICHIEN
(Décembre 1809 — Juin 1810.)
Le voyage de Trianon. — Les Bonaparte à Trianon. — Napoléon et les [L'auharnais. — Position qu'il fait à Joséphine. — A ses enfants. — Le mariage. — Russe, Saxonne ou Autrichienne. — Les Beauharnais et les Autrichiens. — Naturelle opposition des Bonaparte. — Raisons majeures de l'opposition île Mnrat. — Gomment l'Empereur rassure Caroline. — Il la charge de ramener Marie-Louise. — Avantages qu'en prend Caroline. — -Nouvelle tournure que le mariage autrichien donne à l'esprit de Napoléon. — L'Europe trop petite pour la race qui sortira de lui, l'héritage trop médiocre. — Sénatus-consulte du 30 janvier et du 17 février. — L'Italie reprise. — Le Grand-duché de Francfort, Fesch et Eugène. Eugène dépossédé. — L'Empereur ne l*en aime pas moins. — Il veut lui donner la Suède. — Refus d'Eugène. — Quel le sera le sort de Naples, dans le remaniement de l'Europe Napoléonienne? — L'Empereur suspend ses projets pendant les fêtes du mariage. — La Famille assemblée. — Mauvaise humeur. — Les séjours à Coinpiègne. — L'Empereur et la Famille. — Marie-Louise et la Famille. — Catherine choisie comme compagne de l'Impératrice pour le voyage d'Anvers. — Malgré l'apparente v. 1
faveur des Jérôme rien n'est changé dans les desseins de l'Empereur.
Les Bonaparte, en ce triomphe de leurs rancunes qu'assure à leurs yeux la répudiation de Joséphine, n'ont garde de ne pas soigner leur victoire. Ils comprennent que Napoléon, en rompant avec cette femme qui, quatorze années durant, a, comme il dit, fait le charme de son intérieur, brise du môme coup toutes sortes d'habitudes qui lui manquent et qu'il regrette : eâlincries féminines dont son enfance a été sevrée, effusions gamines que sa dignité ne lui permet que dans la stricte intimité conjugale, confidences de l'oreiller où le cerveau fatigué se délasse, curiosité des cires et des choses de la société qu'il trouve toujours à satisfaire, le sans-gène d'une liaison ancienne, l'accoutumance des sens, la compréhension à demi mot, ce qui attache et relient plus que l'amour môme. Pour ne pas le laisser reprendre par les Beauharnais, il faut que les Bonaparte s'attachent constamment à l'entourer, l'occuper et le distraire. Aussi, jamais réunion de famille ne fut aussi nombreuse, aussi fournie en jolies femmes que ce triste voyage de ïrianon, dans le vent, la pluie et la neige de décembre. Pauline y mène la beauté de Mme de Banal, la grâce de Mme de Chambaudoin, la joliesse de Mmo de Mutliis ; Caroline y porte l'éclat strident de son rire; Madame sa noblesse d'altitude, Jérôme ses enfantillages, Murât ses complaisances et ses rodomontades, et Louis se lient lui-môme obligé