‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 21 sur 141 · LUCIEN. — L'ENTREVUE DE BOLOGNE · texte numérisé non relu

LUCIEN. — L'ENTREVUE DE BOLOGNE

donnés à Miollis. — Quand ils arrivent. — ■ Interrogatoire des gens de Lucien. Murât et Y Hercule. — Mesures à prendre contre Lucien. — — Premier projet de sénatus-consulte (18 septembre). — Deuxième projet. — Cambacérès consulta. — Projet de lettre au président du Sénat. - Lettre publique (25 septembre). — Lettre secrète déposée aux archives du Sénat. — Radiation de Lucien du Sénat, du Grand Conseil de la Légion et de l'Institut. — L'Empereur apprend que Lucien est prisonnier à Malte. — Amnistie pour les comparses. — Regrets de l'Empereur.

Seul, Lucien n'a point assisté au mariage et pourtant il n'a point tenu à Napoléon qu'il n'y vînt et ques la réconciliation accomplie, il ne reçût un grand établissement, mais l'Empereur s'est heurté comme toujours à l'obstination de son frère et les conséquences, cette fois, doivent être bien plus graves puisque la rupture définitive va s'en suivre.

Depuis 1803, Lucien se berce d'illusions que chacun des membres de sa famille s'est plu à entretenir et Napoléon, de son côté, est arrêté à ne point dépasser les concessions suprêmes qu'il a faites lors de l'entrevue de Mantoue. Hors de lui pourtant, des négociations ont couru; les frères et les sœurs, spéculant sur leur désir de faire rentrer Lucien dans le système, ont fait des promesses et ont imaginé des combinaisons que Lucien croit autorisées et qui, à chaque fois, ont accru sa vanité, ses prétentions et sa résistance.

Lorsque, le 27 mai 1808, allant de Naples où il régnait, à Bayonneoù l'attendait une autre couronne, Joseph, à Bologne, a proposé à Lucien le choix entre

le trône de Portugal, celui des Deux-Siciles, la viceroyauté d'Espagne ou celle des Indes, nul doute qu'il ne se soit avancé au delà des intentions de l'Empereur. Napoléon lui a écrit : « Vous verrez seulement le Sénateur ; sachez quelle est sa dernière résolution » ; mais Joseph compte que, arrivant à Bavonne porteur d'un traité de réconciliation, Napoléon sera trop heureux d'ouvrir la main.

S'il avait été plus diligent, peut-être eût-il arraché à Murât la couronne promise, même déjà donnée, mais, par ses retards, il la lui assure; tout au plus, par les difficultés qu'il lui oppose, par les constitutions qu'il octroie à son ci-devant royaume, par les croix de Naples qu'il distribue à ses fidèles, par les domaines et l'argent de Naples dont il fait largesse à ses courtisans, peut-il témoigner avec quel déplaisir il cède la place à son beau-frère; et aussi suffit-il des despotiques exigences du traité de Bayonne, surtout en ce qui concerne les biens personnels des Murât, pour prouver quelle mauvaise volonté il a inspirée à l'Empereur. Mais cette médiocre vengeance n'a point pour effet d'attirer sur Lucien une vicerovauté de Naples ou d'Espagne ; car, quant aux Indes, qui n'existeront pour Joseph que sur les mappemondes, il n'est plus temps de les offrir. Un soldat intrépide, tel que Linières, n'a pu, malgré son prestige, conserver ou conquérir Buenos- Ayres à la dynastie Napoléonienne, qu'irait y faire Lucien ?

En admettant — et rien n'était moins sûr — que l'Empereur eût donné sans conditions son agrément

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