‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 53 sur 141 · NAPOLEON ET SES ORDRES · texte numérisé non relu

NAPOLEON ET SES ORDRES

qui concordent si bien qu'elles ne peuvent manquer d'avoir été concertées, mais Tavera est au service de Lucien et c'est assez pour que les soupçons de Napoléon s'éveillent. On lui a rapporté aussi qu'un bâtiment parlementaire, portant un pavillon français et un anglais, est parti de Cività sur son lest, et qu'il est allé à Cagliari \ Tout de suite, le 4 août, il a écrit à Savary : « Vous ferez connaître au général Miollis qu'il doit surveiller le sénateur Lucien, qui paraît entretenir des correspondances avec les ennemis de l'Etat, qu'il doit le laisser aller et que, s'il fait effectivement des démarches pour s'embarquer et se livrer aux Anglais, il doit le faire arrêter ; que je recommande le secret à sa fidélité et à son zèle ; il surveillera le sénateur Lucien tant qu'il restera aux environs de Rome, mais il le ferait arrêter au moment où il s'embarquerait. Vous vous concerterez avec la marine, ajoute-t-il, pour faire arrêter le bâtiment qui est allé à Gagliari, lorsqu'il reviendra, pour faire saisir en même temps ses papiers et y mettre les scellés, faire arrêter le capitaine et l'équipage et les faire venir directement à Paris. Ecrivez directement au commissaire de police à Gività-Veccbia. »

1 C'est le bateau que Staraati a expédié le 17 juillet pour porter les lettres de Lucien en date du 16 : cela ressort d'une façon évidente : 1° de la lettre de Lucien à Stamati du 16 ; 2° de la lettre de M. llill à Lucien; mais il n'y a point de trace officielle de cette expédition et, par une lettre du 16 août, le comujissaire général nie expressément qu'aucun navire parlementaire ait été expédié soit en Corse, soit à Cagliari; fort habilement, il essaie d'établir une confusion entre ce bateau, parti le 17, et le N.-D. du Monl-Carmel rentré à Cività le 16.

A cette date du 4 août, il ignore encore l'arrivée à Gività de l'Hercule et de l'Achille : ces deux navires y ont paru le 21 juillet, mais c'est seulement le 23 que le commissaire de police en a averti le comte Auglès, chargé du troisième arrondissement. D'ailleurs personne n'a d'instructions en ce qui touche le frère de l'Empereur : Lucien présente des passeports qui sont en règle et qui ont tous les caractères d'authenticité ; le navire qui doit le recevoir est venu de No pies sous l'escorte d'un cutter du beau-frère de Sa Majesté. De quel droit l'arrêter ? Qui oserait porter la main sur le Sénateur ? Gouverneur général, commissaire de marine, commissaire de police, toutes les autorités, assistent chapeau bas à l'embarquement de la famille, et c'est seulement le 12 qu'on reçoit les ordres de l'Empereur en date du 4.

Gomment s'excuser? On fait subir à Tavera un deuxième interrogatoire; mais l'homme est adroit et fidèle; il emmêle avec une extrême habileté le faux et le vrai; il s'étend en détails sur ses démarches pour se procurer un navire, mais il se tient à ce qu'il a dit de son séjour forcé à la Madeleine. On n'est pas plus heureux avec Marazzi ; même système de déclarations prolixes et confuses sur les préliminaires et de dénégations sur l'essentiel du voyage. On met en cause les habitués et les employés de la maison, deux prêtres, P. A. Fiorella et M. A. Golonna d'Ornano, chargés l'un et l'autre de parties d'affaires de Lucien et habitant Rome ou la Ruffinella, puis un sieur Alexandre Bourry, directeur des forges et établisse-

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