‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 55 sur 141 · MESURES A PRENDRE CONTRE LUCIEN · texte numérisé non relu

MESURES A PRENDRE CONTRE LUCIEN

réfléchit « que faire un sénatus-consulte pour rayer Lucien du Sénat est une trop petite chose et une mesure moins décente et moins digne de l'auguste Famille impériale qu'une disposition qui résoudrait toute la question et dont la radiation du Sénat ne serait qu'une conséquence : ainsi pourrait-on dire : que le sénateur Lucien a été sourd à tous ses devoirs ; que les sollicitations multipliées qui lui ont été faites ont été inutiles ; que, dans les différentes chances des circonstances politiques, il n'est pas revenu à d'autres sentiments; qu'il a persisté à demeurer dans un pays étranger à la France et que, quand ce pays est devenu français, il l'a quitté pour aller habiter les Etats-Unis d'Amérique ; que, lors de l'élévation du trône impérial, il a été mis hors de la ligne de l'hérédité; que cette disposition ne statue à son égard que d'une façon incomplète, qu'il est nécessaire de prévenir les tracas, les erreurs et les dangers qui pourraient en résulter dans une dynastie naissante ; qu'en conséquence... ensuite les dispositions à proposer pour établir qu'il ne peut, ni lui, ni les siens être investi d'aucune fonction, dignité, autorité, ete. De là, sa radiation du Sénat. »

L'idée prend ainsi une forme plus sereine, plus juridique, plus politique, mais de nouvelles objections se présentent. L'Empereur ne peut taire que, « il y a huit mois, le sénateur Lucien demanda au duc d'Otrante et reçut un passeport pour les Etats- Unis »; donc, qu'il a lui-même donné son consente-

ment au départ; il ajoute, il est vrai, comme correctif, que « Lucien s'est mis aussi en rapport avec les Anglais pour avoir des passeports de l'Angleterre et qu'il les a reçus » ; mais il serait bien embarrassé d'en fournir la preuve, et, vraie pour 1808, l'assertion est fausse pour 1810. D'ailleurs, peut-il dissimuler que, sans des passeports anglais, l'autorisation de partir, n'aurait été pour Lucien que la permission de se rendre prisonnier? Il reconnaît ces difficultés et, comme d'usage en pareil cas, il fait appel à Cambacérès qui, avec son esprit de juriste, saura trouver la forme opportune et légale pour un arrêt de proscription.

Cambacérès fait écarter le sénatus-consulte trop solennel, peut-être trop embarrassant : puisqu'il est impossible de cacher le départ de Lucien, devenu public en Angleterre — le dernier cartel sorti de Morlaix en a apporté la preuve — au moins faut-il que le châtiment soit proportionné, qu'il soit uniquement politique, qu'il soit énoncé dans les termes les plus brefs et qu'en frappant Lucien, on donne le moins de prise possible aux ennemis de l'Empire. Il fait donc prévaloir l'idée d'une lettre au président du Sénat et il en remet un projet. Mais l'Empereur trouve ce projet trop simple, trop peu explicite. Il prétend condenser dans sa lettre les griefs développés dans la première minute du sénatus-consulte et, tout en modérant l'expression, y introduire toutes les idées nécessaires.

Il projette donc d'écrire : « Le sieur Lucien Bona-

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