MESURES A PRENDRE CONTRE LUCIEN
parte, en renonçant au rang- auquel l'appelle sa naissance, et en manifestant le désir de se retirer en Amérique, a renoncé aux droits de citoyen français et à la qualité de sénateur dont il jouissait comme membre du Grand-conseil de la Légion d'Honneur.
« Les actes des Constitutions ne l'avaient pas appelé à l'hérédité du trône...
« Nous avons fait tous nos efforts pour le ramener; la perversité de son caractère les a rendus inutiles.
« Ayant d'ailleurs violé toutes les règles qui ne permettent pas à un sénateur de rester absent sans autorisation du Sénat, nous jugeons convenable qu'il ne soit pas conservé sur les listes du Sénat.
« Fondateur d'une monarchie à laquelle sont attachés le bonheur et le repos du Monde, nous avons besoin de prévenir tout ce qui pourrait être une occasion de troubles et servir un jour les desseins des ennemis de la France; nous pourrions considérer ainsi l'existence dans le Sénat d'une personne qui s'est rendue étrangère aux intérêts de la France et aux devoirs que lui impose sa naissance dans les temps de crise et de lutte qui ont précédé la fondation de la monarchie et qui durent encore aujourd'hui. »
Cette forme ne le satisfait pas encore : plus la blessure est profonde et douloureuse, plus il lui en coûte de la mettre à nu. Dire au public, à la France, à l'Europe, au Monde, que la trahison, la désertion au moins, est dans sa propre famille, le dire, fût-ce pour v. 9
frapper le coupable, c'est ébranler l'édifice , c'est livrer aux rumeurs et aux conversations de la Grand'- Yille, sa race et son nom : toute lettre publique, où il donnera des développements, présentera de pareils dangers : la plus brève sera donc la meilleure et, de Fontainebleau, où il est arrivé le 25 septembre, il écrit ces trois lignes au comte Garnier, président actuel du Sénat :
« Le sénateur Lucien Bonaparte, absent du territoire français depuis cinq années et sans aucune autorisation, a renoncé à ses droits de sénateur. En conséquence nous vous écrivons cette lettre pour vous faire connaître que son nom ne doit plus être porté sur la liste des sénateurs. »
Même injonction, sous pareille forme de lettres closes, aux questeurs et au trésorier du Sénat.
Yoilà pour le public et pour « les Caillettes de Paris » ; mais l'avenir? Fondateur d'une dynastie qu'il voit se dérouler au travers des âges, l'Empereur n'at-il pas le devoir d'arracher du tronc dynastique « cette fausse branche », dont, dès 1805, il se préparait à prononcer « l'exclusion entière et absolue » si Lucien « restait sourd aux sentiments de la destinée de la Famille et au bien du peuple français » ? Il adresse donc au chancelier du Sénat une lettre close, qui restera secrète tant qu'il le jugera convenable, mais qui, déposée aux archives, y attestera à jamais la dégradation de Lucien et l'exclusion de sa postérité : « Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître que le nom du sieur Lucien Bonaparte ne doit plus être