‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 96 sur 141 · HORTENSE ET LOUIS · texte numérisé non relu

HORTENSE ET LOUIS

montrer qu'il suit la ligne de l'Empereur. Ainsi, le dimanche 16, recevant les félicitations du Corps législatif et du Conseil d'Etat, il dit qu'il compte sur la coopération des premiers corps de l'Etat pour l'exécution du traité, qu'il espère tout de Fappui de l'Empereur et de la France et il annonça que, pour resserrer s'il est possible les liens qui l'attachent au pays, il va réunir sa famille entière en Hollande. Mais quel accueil il ménage à Hortense !

Celle-ci, qui est venue encore passer deux jours à Compiègne et y recevoir quelque encouragement de l'Empereur, en est partie le II avril, ayant son fils aîné dans sa voiture — car elle laisse à Paris le plus jeune. Le 13, elle a traversé Anvers où elle ne s'est arrêtée que pour relayer, et le 14, elle est arrivée à Utrecht. A la frontière elle a trouvé le Grand veneur de la Couronne envoyé pour la complimenter. — Et c'est le baron van Heeckeren tôt de Cloese, dans la maison duquel, en mai 1807, après la mort de Napoléon Charles, elle vint chercher un refuge *. Telle est la première figure hollandaise que le roi lui montre après trois années d'absence, comme pour lui rappeler du même coup toutes les infortunes anciennes !

A Utrecht, les dames et les officiers hollandais se sont rendus pour prendre leur service, mais le roi n'y vient que le 16, après l'audience. Selon son usage, il y passe la Semaine sainte et il est singulièrement assidu aux offices, où il fait ses dévotions. D'ailleurs,

1 Voir Napoléon et sa famille, IV, 137.

il vit entièrement séparé de la reine. Le 24, pour la rentrée à Amsterdam, la reine, avec son fils, arrive à trois heures, le roi à six. Toutefois, une sorte d'effusion de joie populaire s'étant manifestée autour du palais, la famille royale se montre tout entière sur le balcon. Le surlendemain, le roi autorise même les grands corps de l'Etat à offrir à la reine leurs hommages et leurs félicitations. Gela fait des articles dans les gazettes, et l'Empereur, qui veut croire que tout est bien parce qu'ainsi les choses l'arrangent, qui ne reçoit pas de plaintes d'Hortense, trop fière pour en adresser, se croit en droit de lui écrire le 26: « On m'assure que vous êtes contente du roi et de la Hollande, cela me fait grand plaisir. » Or, Louis a pris des mesures radicales pour signifier à tous sa séparation définitive : il ne s'est point contenté de fermer toutes les portes qui donnent de son appartement dans celui de la reine, il les a fait murer. Il la voit seulement au déjeuner où assiste le prince royal, jamais au dîner, ni le soir. Le soir, la reine pourrait recevoir chez elle, mais comme, en y allant, on déplaît au roi, on s'abstient. De fait, elle est en quarantaine.

Mais, pour Louis, c'est trop encore d'habiter sous le même toit. Aussi, autour d'Amsterdam, se déplace-t-il constamment. On voit, sur toutes les routes, son carrosse jaune à six chevaux, qu'escortent des houzards de la garde et qu'accompagnent des nuées d'aides de camp. D'autres voitures, à la suite, portent des ministres, des préfets du palais,

Page 1