‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 97 sur 141 · PROTESTATIONS CONTRE LE TRAITE · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS CONTRE LE TRAITE

des écuyers, des secrétaires, des pages, surtout des médecins. Le roi, en habit bleu foncé brodé d'or — l'habit uniforme des chevaliers de l'Union — s'arrête à une maison où d'avance son appartement a été préparé par ses gens, toujours de même : dans une pièce, son bureau, devant qui l'on a disposé son fauteuil et où Ton a étalé ses portefeuilles fermés; dans une autre, la table à manger, que pare un surtout d'argent, avec quatre gobelets de cristal garnis de fleurs, servante par derrière pour l'argenterie et le service à dessert en vermeil, ailleurs une table en marqueterie portant des petits vases à fleurs ; puis, la chambre à coucher avec le lit d'acajou à rideaux de percale à franges noir et orange, à courte-pointe en mousseline piquée, et, aux fenêtres, des rideaux semblables à ceux du lit ; sur une table couverte de nappage, un bassin d'argent avec des chandeliers d'argent sans branches. 11 arrive, se met au travail, dîne, Couche, repart, toujours précédé de cet attirail, rôdant autour d'Amsterdam, sans s'écarter, un jour ici, un autre là, constamment nomade.

11 revient pourtant pour recevoir, méditer et annoter les rapports qu'on lui fait sur Hortense, pour redoubler sa surveillance inquiète, pour donner des audiences à ceux qui entrent le mieux dans ses idées, c'est-à-dire qui sont le plus partisans de l'indépendance, pour écouter leurs récits des exactions françaises, pour combiner avec eux des moyens d'échapper à l'exécution du traité.

Dès le 18 avril, il soulève des difficultés : il écrit à l'Empereur pour protester contre l'arrivée prochaine des Français à Leyde et à la Haye, contre leur marche . sur Utrecht, qui doit être occupé dès qu'il l'aura quitté. Courrier par courrier, l'Empereur répond qu'il ne veut que la stricte exécution du traité, que l'Etat-major doit se rendre d'abord à Utrecht pour se porter ailleurs. « Quand un traité existe, dit-il, ce sont les termes de ce traité qui servent seuls de loi et mon intervention n'est plus nécessaire en rien. Toutefois, ajoute-t-il, ne doutez jamais de la volonté où je suis de saisir toutes les occasions de vous être agréable. » Simple formule où Louis fera bien de ne pas se laisser prendre, puisque toutes les clauses du traité sont maintenues et que les détails sont renvoyés à Clarke dont il connaît la malveillance. Il n'obtient même pas que l'on ne mette pas de troupes à Utrecht, où il ne peut supporter d'en voir.

Mais quoi! n'est-ce pas le traité, et, en le signant, Louis ne savait-il pas ce qu'il faisait? Gomment les Français occuperaient-ils les côtes s'ils n'occupaient l'intérieur même d'un pays que la mer découpe comme à l'emporte-pièce? Ne doivent-ils pas tenir les embouchures de toutes les rivières et qu'est la Hollande, sinon l'alluvion de ces embouchures même ? Hypnotisé par sa couronne qu'il voulait garder, il n'a point vu cela, ni que, malgré des impôts écrasants, la dette inscrite pour 80 millions n'a pas été payée depuis 1808; ni que le budget des dépenses monte à 155 millions pour 110 millions de recettes, et il s'est engagé à

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