JEROME. — SON ARMÉE ET MAGDEBURG
passer à Cassel à son retour de Hambourg et d'y voir toutes les troupes que le roi avaient organisées, et qui devaient former la u" division et compléter relïeclif de son corps à 40 000 hommes. iMais il se doutait Lien que Jérôme ne céderait pas volontiers l'unique moyen qu'il eîit de se réhabiliter.
En effet, ce même jour, 20 janvier, comme s'il avait pressenti le coup qui le menagait, Jérôme avait remis à Reinhard une lettre où il demandait à l'Empereur le commandement entre l'Elbe et le Rhin, seul moyen assuré, disait-il, de garantir son royaume de toute insurrection, d'utiliser et de régulariser toutes les ressources qu'il offrait, et, la reine allant à Paris, de disposer immédiatement de toutes les troupes westphaliennes. « Dans ce cas, il se porterait de suite en avant avec dix à douze mille hommes, toute sa garde comprise; il s'enfermerait au besoin dans Magdeburg. ))
Averti par les expériences de 1807 et de 1809, l'Empereur était décidé à ne contler à Jérôme aucun commandement important, mais il ne pouvait le signifier, sous peine de renoncer aux 20 000 hommes que la ^Yestphalie devait fournir. Il devait donc, sur la question du commandement, gagner du temps, et pourtant il n'en avait pas à perdre pour approvisionner Magdeburg. Jl sentait fort bien que Jérôme ferait tous les sacrifices pour réorganiser son armée, parce que ses goûts l'y portaient, qu'il en tirait une puissance; ellective, et qu'il se llattait d'obtenir, grâce à elle, un grand commandement sur les troupes fran-
çaises, mais qu'il était bien moins disposé à employer ses ressources pour approvisionner Magdeburg dont les magasins ne serviraient qu'à l'armée française de campagne, sans aucun profit pour ses propres intérêts. L'Empereur tenait aux deux termes : il voulait les hommes — sans qu'ils fussent commandés par le roi; et il voulait les approvisionnements, — sans qu'il eût à les payer. En ce qui touchait l'armée qui, à présent, était levée et s'organisait, il laissait dans le vague la question du commandement, ce qui permettait à Jérôme de prendre des espérances, et, afm d'obtenir l'approvisionnement comme il le comprenait, il faisait des concessions, telles que de reconnaître la dette de la France vis-à-vis de la Weslphalie; avec une habileté de prestidigitateur, il jonglait avec les chiffres, retournait les nombres, affirmait que tout ce qu'il en faisait était pour être agréable à son frère et qu'il diminuait ce qu'en fait il aggravait : Ainsi de 1330 000 rations qu'il demandait d'abord, était-il monté à 3 600 000 et prétendait-il à présent qu'on fit àMagdeburg l'approvisionnement nécessaire pour 15 000 hommes et 2 000 chevaux durant une année, ce qui représentait la consommation de 200 000 hommes et 20 000 chevaux durant un mois. Il ne pouvait vraiment exiger intégralement du roi cet immense magasin sur la destination duquel on ne pouvait se méprendre. Aussi consentait- il à prendre à son compte l'approvisionnement de six mois, — c'est-à-dire à promettre de le payer, la Westpliah'e n'en devant pas moins fournir la totalité, au