‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 24 sur 104 · LA REGENCE AUTRICHIENNE · texte numérisé non relu

LA REGENCE AUTRICHIENNE

tèges, point do place pour aligner des soldais, point de chapelle pour prêter des serments. Au lieu des ombres des rois, de tous les rois depuis les Valois, ce sont les ombres assez mal famées du comte d'Évreux et de M""^ dePompadour, de MM. de JMarigny et de Beaujon qui accueillent dans celte maison, hier encore un lieu de plaisirs payant, l'Impératrice Marie- Louise accompagnée de la reine Horlense et de la reine de Westplialie. Eb Ton s'asseoit sur les meubles de Murât qu'occupaient tout à Tlieure les familiers de Joséphine.

Cette cérémonie manque de prestige, et que ce soit Napoléon qui Tait réglée, lui si amoureux d'étiquette, si llatté en sa latinité profonde par l'éclat des costumes, Tordredes défilés, la richesse des décors, cela dit plus sur son découragement que toutes les paroles. Et il ne rentre pas même aux Tuileries ; de l'Elysée, le 7 avril, il vient à Saint-CIoud où il s'occupe des sûretés qu'on prendra en son absence, des postes, des gardes, de la police et de la défense. Il enlève toute autorité au chevalier d'honneur, Beauharnais ; confie sa femme et son fils uniquement au général Cafi'arelli, son ancien aide de camp. L'attentat de Malet a porté ses enseignements. Le 13, sans rentrer à Paris, peut-être encore dupe de Scliwarzenberg qu'il vient de voir, il part pour Mayence,

Là, les voiles commencent à se déchirer. Il ne doit plus compter sur l'alliance et la coopération de TAutriche, mais, en forçant de victoires, ne peut-il pas au moins gagner sa neutralité? Puis, en entraînant

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après lui ses conscrits, en se jetant, sous prétexte de les animer, au plus fort du feu, un boulet ne simplifiera-t-il pas la situation, ne permettra-t-il pas à la Régente et à son conseil, où la seule tête estTalleyrand, de traiter, moyennant l'abandon, qu'il ne peut faire, lui, du Grand Empire et de l'Italie, moyennant le détrônement, qu'il ne peut signer, de ses frères et de sa sœur? Lutzen, Bautzen, Wurlclien, des victoires où pour les achever, manque la cavalerie d'Espagne, où, pour les rendre décisives, manquent les 100,000 hommes, rançon de la Régence !

Ce n'est pas Austerlitz, et Metternich n'est pas Haugwitz. Il tient sa revanche, mais, pour la prendre entière, pour replonger Bonaparte au néant, pour exercer sur la France vaincue et démembrée sa rage d'aristocrate, point si sot que de négliger une chance, de presser un mouvement, de déclarer sa haine avant l'heure. D'ailleurs, de cet empereur plébéien qui a les mains autrement larges que les « Légitimes », n'y a-t-il plus rien à tirer? Au moins fera-t-il monter l'enchère des Anglais, et pour être héritier désigné à la principauté d'Ociisenhausen en Souabe, aux seigneuries de Spurkenburg et Riidesheim au Rhin, aux comtés de Konigsmark, Amons-Marken-Griin et Miltigau en Bohème, on n'est pas moins sensible aux profits. Metternich accule Napoléon à une comédie de négociations, où il exigera, sous couleur de conclure la paix, un certain nombre de sacrifices: si Napoléon y accède, et qu'il ait contenté l'Autriche, ce sera l'Angleterre, puis la Russie, puis la Prusse qui élèvera à

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chaque fois des exigences nouvelles. Napoléon est pris dans l'engrenage : ou il se soumettra à toutes les conditions que chacun de ses ennemis pose aujourd'imi, à toutes celles que chacun d'eux posera demain, ou il rompra hrusquement. Alors on l'écrasera. Mais on aura atteint son prestige en le montrant réductible, impatient de la paix, découragé de la guerre; on aura gagné le temps qu'il faut pour achever la mobilisalion autrichienne et recevoir les renforts russes et prussiens; pour préparer les défections militaires qui elles aussi ne se déclareront qu'à l'heure la plus néfaste, dans la circonstance la plus aggravante; pour pratiquer à la cour de Napoléon, dans son gouvernement, dans son armée même, des intelligences utiles et des complicités souhaitables. On aura ainsi mis de son côté ce qu'on appelle le bon droit et rejeté sur l'Empereur la responsabilité de la guerre.

Et Napoléon, qui, malgré les illusions qu'il se fait et que certains nourrissent, pressent le péril, est acculé à cette prétendue négociation, àcelte prétendue médiation de l'Autriche, à cette paix prétendue. L'armistice est signé le 4 juin; il doit durer deux mois : c'est le terme que Schwarzenberg a lixé pour (jue l'Autriche soit prête à entrer en ligne.

Comme si ce n'était pas assez de la Russie, de la Suède, de la Prusse, de l'Angleterre, conjurées contre lui et de l'Autriche faisant le jeu, comme si c'était peu <|ue ses armées d'Allemagne à réorganiser, à réarmer et à instruire, ses armées d'Italie à former de toutes pièces, ses places à mettre en défense, l'Empire entier

à gouverner, les embûches des négociateurs alliés à éventer, les agissements de Murât à surveiller, il a ses frères !

Le 24 juin, de Brunswick, Jérôme lui a écrit : « Je serai le 20 à Halle, sur les frontières de la Saxe et à quelques lieues de Leipsick ; je me regarderais comme infiniment heureux si Votre Majesté, cédant à l'extrême désir que j'ai de la voir, me permettait d'aller à Dresde lui faire ma cour, ne fût-ce que pour vingt- (juatre heures. » Le 17, l'Empereur a répondu qu'il ne voyait pas de difficulté à ce que Jérôme vint. Il faut arriver à une explication : Depuis que le roi a quitté comme il a fait la Grande Armée de Russie, Napoléon n'a pas voulu le voir et ce ne sont pourtant pas les sollicitations qui ont manqué.

Dès l'arrivée de l'Empereur à Paris, Jérôme a envo3'é tout exprès Marinville qui a eu l'honneur d'être présenté le 1"' janvier ■ — en habit habillé, non en costume de chambellan Avestphalien ; Marinville a été bien accueilli par Duroc qui a tiré de lui des renseignements sur la situation en Westphalie,lesmovens de « réparer le déficit de l'armée », la vente à bas prix des domaines, le reliquat qui en subsiste, mais qui, sur le voyage du roi, s'est contenté de dire d'abord « que l'Empereur ne paraissait pas très disposé à voir le roi en ce moment », et qui, à une autre

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audience, a dit ([u'il on avait parlé deux fois à l'Empereur, lequel n'avait pas voulu s'expliquer et, à la fin, « en avait parlé de lui-même comme d'une chose qui n'était guère pratical)le en ce moment. »

Jérôme donc, sur la lettre qu'il a reçue de son frère, a renoncé pour le moment au voyage; mais, sur la nouvelle que le couronnement de l'Impératrice et du Roi de Rome était fixé au l"'" mars, il s'est cru certain d'y être- invité; la rupture dû Concordat et l'ajournement indéfini du Couronnement ayant dissipé cette illusion, Jérôme, le 17 février, a employé le ministre de France pour solliciter « qu'il lui fût permis de se rendre à Paris avec un seul aide de camp et seulement pour vingt-quatre heures ». « Je prendrais si bien mes mesures, disait-il, qu'on ne s'apercevrait pas de mon absence. » Refus encore et péremptoire : le roi devait rester à son poste et y faire son métier. Nouvelles sollicitations le 22 et le 28 avril, et même réponse, mais plus apaisée et moins nette : ce n'est plus qu'une question d'opportunité. A la fin. Napoléon s'est rendu. En admettant Jérôme en sa présence, il pardonne la désertion de Russie et il i-eiid cette grâce officielle. Sans doute a-t-il encore bien des griefs contre son frère, mais il doit reconnaître que, depuis quelques mois, le roi a tout fait pour se rendre un allié utile et qu'il vient en outre de subir des épreuves dont on peut lui tenir compte. D'ailleurs cette situation ne saurait se prolonger indéfiniment et la femme ayant été reçue, il n'y a point de raison pour exclure le mari.

Qu'a fait pourtant Jérôme depuis le mois de décembre ?

Dès qu'il a connu les désastres de Russie, il a déployé un zèle méritoire pour reformer son armée qui, après la retraite, ne comptait plus que 280 officiers et 2 000 soldats, sans un cheval, un caisson, un canon, un fusil ! De 1808 à 1812, il avait appelé par la conscription 36 000 hommes : (! 000 avaient formé la division d'Espagne anéantie, sauf quelques cadres reparus au début de 1813 ; 23 000 étaient sortis du royaume pour la campagne de 1812 : il en restait environ 1 oOO hommes, enfermés à Dantzig oi^i ils avaient retrouvé les dépôts de la brigade Dauloup-Yerdun et formé le 1^'' régiment de ligne, et moins de mille enfermés à Custrin, la plupart incapables d'un service et supposés former les 4" et 3" de ligne. Dès la fin de 1812, Jérôme a reformé les fusiliers de la reine (garde) à deux bataillons et le 9® de ligne ; en janvier 1813, les bataillons des grenadiers et chasseurs de la garde, cinq régiments de ligne portant les numéros 2, 3, 6, 7 et 8, trois bataillons d'infanterie légère, un régiment de chevau-légers de la garde à quatre escadrons, deux régiments de hussards et deux de cuirassiers ; il n'avait pas de fusils : l'Empereur l'a autorisé a en tirer 4 000 des manufactures de Mutzig ; il n'avait pas de canons : Allix a trouvé les moyens d'en fondre et d'en forer, et a fourni quarante pièces attelées.

11 a donc été en droit d'écrire à l'Empereur le IG janvier : « Je fais des efforts inouïs afin de pou-

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voir, dans quelques mois, présenter à Votre Majesté une belle armée Je 18 000 hommes et 2 000 chevaux. Je vends le reste de mes domaines..., enfm je porte à Texécution de toutes ces mesures un zèle dont un frère et un prince français sont seuls capables. »

Mais, si l'Empereur tenait aux hommes et demandait que le contingent westpiialien se retrouvât au complet, il ne s'attachait pas moins aux moyens de faire vivre l'armée française dans la campagne qu'il allait entreprendre en Allemagne. Tous les immenses magasins qu'il avait formés en Pologne, en Lithuanie et en Prusse étant détruits, pris, ou employés comme réserves de siège, il avait à en établir de nouveaux à proximité de la frontière. Ces magasins, qu'il prétendait obtenir des Etats confédérés sans délier sa bourse, il no pouvait demander qu'on les remplît que sous le prétexte d'assurer la défense des places fortes : Magdeburg, bien que constamment occupé par les Français, qui seuls y étaient maîtres, n'en faisait pas moins partie du territoire westpiialien : c'était donc à Jérôme d'approvisionner Magdeburg. On lui avait demandé de le faire pour 15 000 hommes durant trois mois : il y avait accédé et il y employait les ressources d'un dernier emprunt qu'il venait d'ouvrir. L'Empeieur, bruscjuement, modifia les chillres, les tripla tout net et exigea l'approvisionnement i>our 20 OOO hommes pendant six mois : « Je ne [)uis, répondit Jérôme, que rendre compte à Votre Majesté que je n'ai aucun moyen de satisfaire à sa demande. On peut, en traitant la Westphalie comme un pays

ennemi et en frappant des réquisitions, rassembler des vivres, mais, alors, les contributions ne rentreront plus, Tarmée ne pourra être réorganisée et l'esprit public qui me donne tant de peine à maintenir se perdra entièrement. « Tout ce qu'il pouvait, c'était se charger de l'approvisionnement moyennant quatre millions: encore, dans un post-scriptum, s'enhardissait-il à produire une balance de compte d'où résultait, au profit de la Westphalie, une créance de 1846 604 francs.

Il s'attendait « à une réponse assez dure de l'Empereur », et il eût pu le craindre d'autant plus que, à ce moment même, l'Empereur ordonnait à Lacuée de former à- Magdcburg un magasin contenant 150 000 quintaux de farine, 6 000 quintaux de légumes secs, et 6 000 000 de boisseaux d'avoine « qui devaient être fournis par la Westphalie » ; mais, outre que l'Empereur tenait fort à la belle division westphalienne, bien armée et bien équipée, que dès lors Jérôme disait prête, outre qu'il comptait bien que « le pays un peu poussé » aurait, dès le mois de mars réorganisé l'armée entière et fourni son contingent complet de 20 000 fantassins, 2 500 cavaliers et cinquante pièces attelées, il avait des ménagements à garder à' l'égard de Jérôme, s'il voulait obtenir que celui-ci abandonnât le commandement de ses troupes aux généraux français. Il avait destiné le contingent westphalien à compléter le Corps d'observation de l'Elbe et, dès le 20 janvier, il avait ordonné à Lauriston, qui avait le commandement de ce corps, de

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