‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 27 sur 104 · JEROME. — EXIGENCES DE NAPOLEON · texte numérisé non relu

JEROME. — EXIGENCES DE NAPOLEON

qu'il paiera, c'est avec des restrictions qui font penser, car le Juc de Bassano déclare volontiers que la totalité de l'approvisionnement incombe à la Westphalie.

Jérôme s'est donc tenu en droit de demander un secours d'argent, de solliciter une avance de quatre millions pour payer à proportion qu'on livrera. Car, s'il frappe des réquisitions sans les payer, il renonce à percevoir des impositions et il n'a plus à compter sur son armée qu'il a eu tant de mal à lever, et qui n'est encore ni habillée, ni armée.

Mais Napoléon a la fièvre. Le grand joueur va engager sa suprême partie et il prétend la gagner. Dans son activité prodigieuse, il crée des ressources, il mobilise des forces, il brise les obstacles ou les tourne, il persuade, il prie, il ordonne, il emploie tous les moyens pour convaincre comme il est nécessaire que chacun se dévoue à l'œuvre commune : « Je suis obligé, écrit-il à Jérôme, de faire fortifier Magdeburg à mes dépens, de l'armer à mes dépens et de lutter constannnent contre les autorités westphuliennes pour toutes les mesures qui n'ont pour objet que d'assurer la défense de la ville et du pays. A quoi donc vous sert votre esprit, puisque vous voyez si mal ? Et pourquoi mettre votre vanité à contrarier ceux qui vous défendent, lorsque c'est surtout à votre royaume que l'ennemi en veut le plus? » Pour de l'argent, il en donnerait s'il en avait : « Vous croyez, dit-il, qu'il y a des milliards disponibles, alors que, si vous preniez la plume en ce moment, vous verriez combien trois cent mille hommes que j'ai en Espagne, combien

toutes les troupes que je lève cette année et les cent mille chevaux que jéquipe en ce moment me coûtent d'argent. » Et la conclusion, Tunique, c'est ce mot qu'il écrit à Bassano : « Qu'ils comprennent donc qu'il faut laisser là tous ces chiffres et que, lorsque le feu est à la maison, il faut d'abord l'éteindre. »

Sans doute: mais si, en France, bien des gens déjà ne pensent point comme lui, combien plus en West" phalie? Combien, qui ne sont retenus ni par le patriotisme, ni par le loyalisme, qui, tout au contraire, mettent leur patriotisme à n'être point francisés et leur loyalisme à regretter leurs anciens souverains, trouvent excessifs les sacrifices qu'on leur impose et, poussés au désespoir par la ruine, s'affilient aux sociétés secrètes qui organisent les rébellions futures en promettant l'indépendance de la nation et l'expulsion des Français. Jérôme qui, par intermittences, ne se fait pas d'illusions, annonce encore, le 10 février, un mécontentement universel qui se traduira quelque jour par des coups de fusil, et ce n'est pas le don qu'il a fait à l'Université de Gœttingue de son buste colossal en plâtre, « précurseur d'un monument plus durable )>, qui, malgré les remercîments empressés du chevalier de Hugo, prorecteur, modifiera les dispositions des étudiants, devenus les directeurs occultes du mouvement.

Le départ de la reine a été singulièrement hâtif; il a été amené par des considérations qui n'avaient rien de politique, mais ensuite les événements se sont

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