‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 28 sur 104 · JKROME- — ON EST AUX PUISES · texte numérisé non relu

JKROME- — ON EST AUX PUISES

précipites avec une rapidité qui a dépassé toute prévision et ils ont pris une g'ravité à laquelle Jérôme luimême était bien loin de s'attendre. Quant à l'Empereur, conmie il s'était plu à grossir dans son esprit les éléments de résistance dont disposait Eugène, comme il avait résolu que les Russes, aussi éprouvés que les Français, n'étaient pas en état de former des atta(jues sérieuses, il faisait fond sur les forces que Jérôme se vantait de devoir réunir, sans vouloir réfléchir que, recrutées par force, mal encadrées, peu habillées et mal armées, n'ayant aucun esprit militaire et moins encore de dévouement au souverain, elles n'existaient que sur le papier. Jérôme avait annoncé 20000 hommes; mais, seulement à la fin de mars, il pourrait faire marcher quatre bataillons et douze canons, dans le courant d'avril, quatre autres bataillons et deux régiments de hussards. Si, par un prodige de l'activité de Sabla et d'AUix, il avait devancé ces termes et, dès le 2i mars, s'il avait proposé de mener à Brunswick et de porter au besoin sur l'Elbe, dans la première semaine d'avril, dix bataillons, deux mille cavaliers bien montés et vingt-quatre pièces de canon, cela ferait des hommes, mais ces hommes se battraient-ils ?

Or, on était aux prises.

L'aile droite des Russes était commandée par le général Wittgenstein, et, à l'extrémité de cette aile droite, mana:'uvrait en partisan GzernitchetT, ayant le colonel prussien Tettenborn pour commander ses éclaireurs et Dôrnberg, l'ancien colonel des chas-

seurs de la garde westphalienne \ promu général par Alexandre, pour diriger son service d'espionnage. Czernitcheff,- débordant constamment la gauche des Français, avait obligé Eugène à se retirer de l'Oder sur Berlin et de Berlin sur Magdeburg ; dès que Berlin avait été évacué, il avait continué sur le bas Elbe; il avait paru aux portes de Hambourg que, le 12 mars, lui avait abandonné Carra Saint-Cyr, faisant sa retraite sur Brème où il s'était réuni à Morand, l'ancien commandant de la Corse. Morand, qui n'avait avec lui que mille fantassins, quatre canons et un piquet de cavalerie, avait été attaqué à Luneburg par quatre mille hommes ; il avait été tué et sa troupe, réduite de moitié, avait dû capituler (2 avril.) Davout avait repris Luneburg, nettoyé la rive droite de l'Elbe des partisans ennemis; mais Wittgenstein, entrant en action avec le gros de son corps, avait menacé de tourner Magdeburg. Eugène avait fait face et livré combat à Mockern, après quoi, ne voulant pas engager une affaire générale, il s'était retiré. Malgré des épisodes isolés, souvent avantageux pour les Français, tout le nord de la Westphalie était en butte aux partisans. Dôrnberg, qui tenait sa revanche, passant et repassant l'Elbe, lançant ses cosaques à la volée, battu à chaque rencontré, mais remordantaprès chaque défaite, répandait partout ses émissaires, accréditait ses succès, provoquait la fermentation chez les étudiants, la désertion dans les troupes, la panique chez les Français. A Napo-

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léonsholie et à Casscl, des piquets entiers de garde désertaient avec armes et bagages.

Dans cette crise, Jérôme se montre à son avantage. On avait annoncé (29 mars) qu'il allait partir et déjà les Français s'apprêtaient à le précéder. « La plupart fliettaient leurs richesses en sûreté. Bon nombre d'employés se séparaient de leur famille et la renvoyaient en France » ; même les membres du Corps diplomatique faisaient leurs malles. Jérôme ayant déclaré qu'il resterait, tout est à peu près rentré dans l'ordre. Il y avait, autour de Cassel, presque équipés, le 8'' de ligne, le régiment des fusiliers de la reine, les 2'^ et 4" bataillons d'infanterie légère, les chevau-légers de la garde et les deux régiments de imssards. Le roi a envoyé à Ileiligenstadt, pour garder les défilés du Harz, le général de Hammerstein, son premier aide de camp — promu par l'Empereur officier de la Légion le 7 mars — avec les fusiliers, le 4"" Léger, les hussards et douze pièces de canon. De sa personne, il est allé le 4 avril à Gôttingue faire manœuvrer ces troupes. Bien qu'il n'eut guère d'illusion, il a eu le H, à Napoléonshôlie, spectacle, souper et une cour nombreuse, mais le lendemain 12, apprenant que le duc de Valmy envoyait quatre bataillons à Welzlar sur les confins de la Westphalie et du grand-duché de Berg, il a prié Reinhard de demander au maréchal d'en envoyer deux autres à Marbourg. Il n'avait plus en effet à Cassel que cinq bataillons d'infanterie, sept cents chevaux et dix-huit pièces de canon et rien de cela n'était

sûr. Mais Kellermann avait trop à faire dans le moment pour se démunir; il ne répondit pas.

Sur la nouvelle officielle que l'Empereur arriverait le lo à Mayence, la population civile s'est un peu calmée ; mais Fennemi a continué d'avancer. Le 15, le pfénéral Wolff, capitaine des gardes, envoyé en reconnaissance à Nordhauscn par le général de Hammerstein, a perdu un escadron tué ou pris et a fait sa retraite à grand'peine. Les fantassins désertaient par centaines, de Mag-deburg et du camp de Cassel, comme de la division active. Les Cosaques ont passé TAller et sont venus insulter Hanovre. Le général Bourcier, qui y commande le grand dépôt de cavalerie, en prépare le départ. Le général Maurin a évacué Celle. Le 16, Reinliard, « surtout, dans la vue, dit-il, d'arrêter la désertion dans les troupes westphaliennes », a pris sur lui de renouveler sa requête au duc de Yalmy et de lui demander deux bons bataillons de troupes françaises des anciens départements.

Jérôme, auquel il a fait partie 17 de sa démarche, a répondu d'abord qu'il n'a pas d'ordres à donner et qu'il ne peut avouer qu'il se défie de ses propres troupes ; mais, les nouvelles devenant plus mauvaises et Hammer'stein annonçant qu'une de ses compagnies avait été enlevée, il s'est décidé à écrire lui-même au duc de Valmy pour lui demander de diriger sur Cassel six des bataillons qui étaient à Giessen (entre Wetzlar etMarbourg), car, disait-il, « mes troupes sont toutes composées de recrues et je ne sais à quel point elles tien-

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(Iraient si elles étaient seules ». Il a rendu compte à l'Empereur dont il attendait l'arrivée à Mayence comme l'unicjue chance de salut qui restât, sinon pour lui, au moins pour sa capitale.

A Cassel, en elïet, la panique était au comble. « Tous ceux qui pouvaient se procurer des chevaux partaient ; c'était un roulement incessant de voitures ; le peuple s'émouvait, les bruits les plus saugrenus avaient cours; on prétendait que Napoléonshohe était miné et allait sauter. Les habitants s'enfuyaient et répandaient la terreur dans la ville. » Le roi lui-même pensait au départ.

Le 18, à deux heures du malin, on a appris enfin que TEmpereur était arrivé à Mayence, mais, en même temps, ïlammerstein a fait savoir qu'il craignait d'être attaqué et d'être obligé de se retirer sur Witzenhausen, à huit lieues de Cassel, « îl n'avait ([ue les chevaulégers qui tinssent, les autres troupes restaient en arrière ou se débandaient. » Jérôme a écrit au général français commandant à Giessen, et « l'a invité a diriger sur Cassel, à marches forcées, six bataillons pour couvrir ce point important pour toutes les opérations de l'Armée de l'Elbe et toutes les opérations de l'Empereur ». Et il a ajouté : « Je prends sur moi, vis-à-vis de Sa Majesté Impériale, toute la responsabilité qui pourrait peser sur vous. Je lui rends compte de l'ordre que je prends sur moi de vous donner. » A deux heures, les nouvelles sont encore pires. Le colonel Mauvillon, commandant le département du llarz. accourt annoncer que Hammerstein a été tourné.

que ses troupes ne tiennent pas, qu'il est en pleine retraite sur Witzenhausen, que, dans la nuit, l'ennemi sera vraisemblablement à cinq ou six lieues de Cassel. Sans vérifier, Jérôme, qui pense de plus en plus au départ, expédie à l'Empereur un nouveau courrier et demande à Reinhard d'envoyer M. de Malartic, secrétaire de la légation, d'abord à Giessen pour presser la marche des renforts, ensuite k 3Iayence pour rendre compte à TEmpereur. Quant à lui, u il va faire un choix parmi les hommes qu'il croira le plus capables de se maintenir encore et, à la dernière extrémité, il se retirera sur Marbourg, allant à la rencontre des troupes qui viendront de Giessen. »

Jérôme, ayant pris la résolution de rester, « montre dès lors, dit Reinhard, le plus noble courage ». D'ailleurs, la terreur s'est calmée; la nouvelle apportée par Mauvillon était fausse. Le général de Hammerstein n'avait pas quitté Heiligenstadt. L'Empereur a écrit le 18 une lettre annonçant qu'il a donné Tordre au général Teste, commandant la 4" division du G*" corps, de se porter sur Marbourg. Cette division, il est vrai, n'a encore que deux bataillons, mais l'Empereur y joindra quatre bataillons polonais du général Dombrowski. Seulement, les Polonais, « ayant besoin de se remettre, » ne viendront pas et les deux bataillons de Teste n'arriveront que le 21 au plus tôt.

Peu importe, l'Empereur a fait mieux ; dès qu'il a été informé (le 19 à deux heures après midi), il a donné ses ordres directement au duc d'Istrie : « H paraît, lui a-t-il écrit, qu'il n'y a là que des partisans, mais

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agissez de manière à dégager Cassel. » Les mouvements de la Grande Armée ont déterminé Czernilcheff à se retirer ; Ilammerslein, quittant sa position de Heiligenstadt, où il n'a pas été attaqué, a chassé l'ennemi de Duderstadt et l'a rejeté sur Nordhausen. Tout danger a donc été écarté pour le moment, mais l'alerte a été chaude et Jérôme a sévi : il a destitué le colonel Mauvillon qui a apporté la fausse nouvelle ; il a destitué le capitaine de gendarmerie Caussidières qui a abandonné son poste; il a fait arrêter les deux Bulow, Tun, le baron, préfet du Harz, l'autre, le comte, ancien ministre, « mauvais homme, dangereux, intrigant et ennemi du système », dont on a saisi les papiers, Jérôme aurait été bien plus loin, s'il avait osé.

L'Empereur, qui était tenté de penser que ces ennemis si redoutables étaient « des fantômes », n'avait point pris en considération la bonne attitude (jue, somme toute, Jérôme avait gardée, prévenu qu'il était par Reinhard de chacune de ses défaillances. Seulement, il avait tiré occasion de cette alerte pour rappeler à son frère ses anciens conseils et se plaindre qu'ils n'eussent pas été suivis : « Vous devez bien sentir dans ce moment, lui a-t-il écrit, ce que j'ai toujours senti pour vous, l'inconvénient de ne pas avoir à Cassel une garde de quatre mille Français, qu'il vous eût été si facile de former comme ont fait le roi d'Espagne et le roi de Naples. » Il s'est attaché à celte idée, comme si les liommes eussent abondé telle-

ment en France qu'il pût en détourner quelques milliers pour la garde d'un roi étranger. « Profitez de cette circonstance, a-t-il écrit à Reinhard, pour faire comprendre au roi combien sa situation est fausse; que si, dans ce moment, il avait une garde de six cents cavaliers français, de trois mille fantassins et une ou deux compagnies d'artillerie française, il serait maître de son royaume et à l'abri de tout. Le roi d'Espagne et le roi de Naples n'y ont pas manqué. Moi-même, dans mon royaume d'Italie, j'ai eu une garde française jusqu'au moment oii l'esprit de l'armée italienne est devenu si bon que cette précaution s'est trouvée inutile et d'ailleurs je ne demeurais pas dans le royaume. Le gouvernement du roi est contesté par les anciens souverains et même n'a jamais été reconnu par une des puissances prépondérantes, l'Angleterre. Comment, dans cette situation, n'avoir pas adopté le parti que je lui avais conseillé, et qui était si politique, de se composer une garde sûre et qui ne pût jamais le trahir? Je pense que cela est facile à réparer aussitôt ([ue faire se pourra, mais il y aura eu un temps précieux de perdu. Si cela avait été fait il y a trois ans, la garde westphalienne serait superbe au lieu qu'aujourd'hui elle ne pourra se composer que de conscrits... »

L'Empereur calculait trop bien pour donner quatre mille Français sans rien recevoir en échange. S'il voulait pour son frère une garde qui, étant française et commandée par des Français, resterait toujours à sa disposition, s'il trouvait dans cette création desgaran-

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