‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 5 sur 104 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

texte d'y rétablir les droits du roi de France, dans le principal des ports de guerre, s'emparer du matériel, brûler l'arsenal et la flotte; après ToTilon. viser Brest et, par vingt tentatives pour quoi rien n'estménagé, essayer de s'y introduire pour anéantir, après la flotte de, la Méditerranée, la flotte de l'Océan; organiser en régiments les officiers de la marine, les jeter sur une plage de Bretagne, les y livrer aux républicains dix fois plus nombreux, rappeler alors les chaloupes et couper les câbles, pour que, dun coup, périssent le présent et l'avenir, c'est, dans la Révolution, la mission utile et pratique que se réserve le gouvernement britannique.

La Révolution provoquée repousse l'invasion et se jette en conquêtes sur le continent : voilà qui est bien ; à se détruire entre eux, les Européens font le jeu des insulaires. Ceux-ci les excitent, les poussent, les fournissent d'armes et d'argent. Ils échauffent et nourrissent les guerres civiles ; ils prêtent aux révoltés tous les secours ; ils se rendent généreux et même prodigues pour aider les Français à s'entre-tuer, pour élargir et creuser l'abîme qui les sépare, pour les rendre irréconciliables et par l'anarchie oii ils la jettent prendre leurs garanties pour que la France s'enfonce à l'abîme.

Elle se relève pourtant : Un homme est venu qui comprend tous ses intérêts, connaît tous ses besoins, partage toutes ses aspirations, revendique tous ses droits; un homme pour qui la conquête de l'Italie n'a semblé qu'un moyen, non uç but, et qui, ayant contraint à la paix l'empereur allemand, ayant formé des deux grands peuples latins une coalition de principes, de sentiments et d'utilité, s'est jeté aussitôt sur cette Egypte, la clef du monde, et s'en est emparé. Clef du monde, oui. De là, la conquête de l'Asie est un jeu; la conquête de l'Afrique, une promenade : toutes les colonies d'Amérique mises ensemble ne valent pas l'Egypte systématiquement exploitée. « Les Français, une fois maître des ports d'Italie, de Corfou, de Malte et d'Alexandrie, la Méditerranée devient un lac français. ■» Et vers ce lac, de l'Inde, par le canal de Suez percé, couleront toutes les ri^-hesses du monde.

Rappelé par la France qui a besoin de lui, cette homme accourt, laissant en Egypte des forces qui, si ceux qui les commandent avaient la volonté de combattre et de vaincre, sutïi-

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raient à repoussor toutes les attaques; il comprime raïuirchie, déblaie les frontières, dissout la coalition préparée, contraint l'Europe et même l'Angleterre à accepter la paix que, pour son début, il leur a ofTerte. Et dès lors, sous son autorité bienfaisante, la Fi'ance se réorganise; pour la première fois depuis dix ans, elle connaît des lois stables qui ne sont point des délires philosophiques, des formes de persécution, des arrêts de proscription; elle connaît une administration etun budget; dans la sécurité rétablie, elle se reprend à vivre, à produire, à commercer : plus de guerre civile, plus de guerre religieuse, l'ordre dans la nation, la paix dans les consciences! Mais, rÉgypte échappant, pour procurer à cette France les débouchés nécessaires, acquérir les matières premières, entretenir l'industrie, rétablir la marine, il faut rechercher des colonies: donc, retourner à cette Amérique où le Premier Consul s'est ménagé les anciennes possessions de la France royale, arrondies de territoires espagnols. Avec Saint-Domingue arraché à la tyrannie des nègtes, avec la Louisiane, sanatorium, pays de ravitaillement, point d'appui militaire, avec les Antilles et la Guyane, c'est encore un beau domaine, et, aux ressources qu'il fournit jadis, on peutmesurer les richesses qu'il produira. Un rêve généreux, cela ; mais, outre que l'Angleterre n'entend point qu'il s'accomplisse, elle se refuse à restituer les conquêtes qu'elles a faites et que, par le traité d'Amiens, elle s'est engagée à abandonner : l'Egypte, qu'elle n'évacue que devant les menaces de la Russie ; le cap de Bonne-Espérance où elle contredit et révoque, jusqu'au 21 février 1803, ses ordres de rétablir l'autorité batave ; Malte enfin que, sous aucun prétexte, elle n'entend restituer. Les Anglais maîtres de Malte et de Gibraltar, c'est la Méditerranée à leurs mains. Malte est l'occasion ou le prétexte que les Anglais cherchent. Abattre l'homme qui à la tète de la France régénérée, menace leur domination, c'est le but : l'Angleterre rompt la trêve et déclare la guerre.

En voici la troisième période, • celle où, pour chacun des deux peuples, l'existence même est en jeu. La première bien que, matériellement, elle eût peu rapporté à la France s'était terminée à son avantage et à-sa gloire, dans l'espérance légitime d'une grandeur future ; la deuxième, bien que, par le

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traité d'Amiens, l'Angleterre n'eût officiellement gagné que la Trinité et Ceylan, s'est achevée, au profit de celle-ci, par une prodigieuse extension de sa marine, par l'abaissement de la marine adverse, par la perle de la plupart des colonies françaises, livrées au pillage et à l'anarcliie , abandonnées aux Américains qui allaient les envahir.

La France sans doute a fait preuve, sous la baguette du magicien, d'une étonnante vitalité. Mais la Révolution a distendu en elle, même brisé, bien des ressorts. L'immuable fidélité au souverain qui, dans les grandes crises nationales, groupait tous les cœurs, réveillait toutes les énergies, et, comme après Malplaquet, montrait le peuple entier, gens de métier, de noblesse et de clergé, debout autour du chef, a fait hélas ! ses dernières preuves contre l'indépendance de la nation, à l'armée de Condé, dans les guerres de Vendée et de Bretagne ; c'est dans les rangs des étrangers envahisseurs que se sont confondus les derniers serviteurs du roi de France. La discorde a énervé et contredit la puissance française, armé les uns contre les autres les enfants du même sol; élevé entre •eux des barrières qui ne peuvent être franchies; non seulement les convictions politiques et la foi religieuse les séparent, mais les intérêts qui ne peuvent être conciliés, les crimes qui ne peuvent être pardonnes. L'unité nationale est rompue. Pour la rétablir, et pour combien de temps! à une heure de suprême danger, il faudra plus d'un demi-siècle. Jusque-là une incurable faiblesse, des complicités prêtes, des trahisons s'offrant, tout ce que l'étranger encourage, tout ce dont il profile pour abaisser un peuple et le réduire à être esclave.

Refaire l'unité a été le but exprès de Bonaparte : il y a employé son génie et, dans toutes les parties où il a pu atteindre, il a contraint les êtres à se réconcilier. Mais il manquait à §on pouvoir le prestige des siècles ; de la Révolution, dont il était le fils et le soldat, il eût vainement renié les principes; il n'eût pu en détruire l'œuvre matérielle : les biens ne pouvaient appartenir à la fois à ceux qui les possédaient hier et à ceux qui les possédaient aujourd'hui. De ceuxci ou de ceux-là, il fallait choisir, et Bonaparte se fût aliéné les uns sans conquérir les autres. Ces autres, il concentra ses efforts pour les gagner : Il crut y parvenir en faisant d'eux

INTROniCTION XIII

des chambellans, dos écuyers, des préfets, des oilîciers de ses armées. Il disposait des emplois; il n'était point le maître du temps. Le temps seul eût consolidé lédilke, aggloméré et uni tous les matériaux divers dont un seul homme l'avait formé. Que cet édifice eût l'air de monument, c'était beaucoup; de fait, il ne tenait debout que parla constante application de son architecte, gourmandant les ouvriers, les contraignant à besoigner, leur commandant l'union. Mais on ne commande pas la concorde.

Donc, lui seul du côté de la France, et à la tète des Anglais, emportés tous par la même passion, tendant tous au même but, avec la puissance coalisée et compacte de leurs traditions, de leurs intérêts, de leurs dépits, de leurs ambitions et de leurs haines, une oligarchie irresponsable, gouvernant despotiquement sous rétiquette d'un roi insensé et d'un régent méprisé, pensant, voulant, exécutant un unique dessein qui est celui de la nation entière, — celle qui compte, le paijii légal; ne s'en laissant distraire ni par les propositions pacifiques des Français, ni par les souffrances de la populace anglaise, ni parles échecs subis, ni par l'immensité des sacrifices, engageant pour le remplir toutes les ressources, tout le crédit, tout l'avenir du royaume, s'élevant au-dessus de tous les scrupules, employant tous les moyens, soudoyant Saint-Rejant ou Cadoudal comme l'Autriche ou la Prusse, étranglant à Pétersbourg, bombardant à Copenhague, incendiant à Boulogne, mettant en ligne les bandits espagnols, les princes bourbons, les majors prussiens, les machines infernales, les canons et les couteaux; tenant marché pour les consciences et payant à guichet ouvert les trahisons: racolant tous les intrigants, Dumouriez ou Pozzo, Rivoire ou Kolli, Pichegru ou Sarrazin ; comme les individus, mais plus chèrement, achetant les cabinets et les cours, introduisant à chacune ses agents boute-feu, prêchant la résistance, organisant l'attaque et l'un après l'autre, ruant les peuples contre ce misérable Bonaparte.

L'adversaire est digne d'une telle haine, puisqu'à lui seul il la défie, mais, pour se défendre, il emploie d'autres armes; il joue francjeu, etc'est leheaume levé qu'il entre en lice. L'Électorat de Hanovre saisi, le roi d'Angleterre ne cède point. L'oligarchie anglaise se trouverait presque heureuse d'être libérée de

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