‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 6 sur 104 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

ce poids mort qui alourdit san vaisseau. C'est donc la Grande- Bretagne qu'il faut viser. En Irlande, où l'on croit encore avoir des amis, on tentera, le moment venu, une expédition, mais ce ne sera qu'une divei^sion, subordonnée à l'eflort principal : celui-là, sur Londres. Des côtes de France aux côtes d'Angleterre, c'est un saut qu'on peut faire. Il suffit de bateaux plats qu'on construira sur tous les fleuves, toutes les rivières, qu'on groupera sur le détroit, qu'on protégera par des batteries de terre, qu'on tirera au besoin sur le sable. Deux heures de bon vent et de mer libre et la Grande Armée touche le sol anglais.

Mais pour nettoyer le Pas-de-Calais, il faut, ne fùl-ce que deux heures, que la flotte française y soit maîtresse. Comme il fait sur terre avec ses fantassins, Napoléon, sur mer, fait marcher ses vaisseaux. Il pointe ses cartes et dresse ses plans : une envolée sur les Antilles enti'aînant en poursuite une partie des Anglais, un retour en coup de vent débloquant les ports de la Péninsule, ralliant au pavillon quiconque est Français ou Espagnol, et, toutes les forces assemblées, l'entrée dans la Manche et la bataille.

Pour exécuter un tel dessein, qui veut de l'intelligence, de la décision, de l'habileté et de la manœuvre, manquent les officiers du Corps Rouge que l'Angleterre fit tuer à Quiberon, manquent les équipages que ces officiers avaient formés et dont la Révolution a anéanti la discipline et l'instruction, manquent les vaisseaux que les Anglais brûlèrent à Toulon. Eu une année, on lève, on instruit, on aguerrit une armée de terre ; une armée de mer est la résultante des efforts continus d'une nation durant une suite de générations. Napoléon lésait, mais qu'y peut-il ? Là non plus il n'est pas le maître du temps. Des heures parcimonieusement mesurées qui lui oui été imparties, il fait des miracles, mais tels que l'homme peut en faire. Il ne peut ni reculer dans le passé, ni devancer l'avenir, il n'a que le présent. Tous les éléments que le présent peut fournir, il les lui prend.

L'Angleterre tremble ; depuis les temps de Philippe II et de la Grande Armada, jamais telle menace contre son indépendance. A tout prix, il faut une diversion sur le continent et, bien que les fils de sa trame ne soient pas rejoints encore, bien

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que la Coalition dont elle est l'âme ne soit encore ni assurée ni prête à l'action, pour détourner le coup et se donner de l'air, elle lance l'Autriche en avant; le reste, Russie et Prusse, suivra. Xapoléon quitte en hâte les rivages de l'Océan ; il marché, il arrive, il triomphe : c'est Ulm. et l'Autriche ahattue, mais l'Angleterre a respiré et, au même moment, Nelson abolit la flotte française.

C'est fini de la mer pour dix années : les efforts isolés ne serviraient qu'à sacrifier des hommes et des navires. Après Austerlitz, où les Russes, tardivement accourus au secours des Autrichiens, ont subi le même échec, Napoléon prend son parti. Le royaume des DeuxSiciles s'est fait l'allié des Anglais : les Bourbons ne régneront plus à Naples. La Péninsule entière, des Alpes à l'Adriatique, subira la loi française et s'opposera au commerce anglais. Avec l'Espagne alliée, la Hollande sujette, la Prusse achetée et payée par l'Électorat de Hanovre. l'Europe se fermera aux Anglais. L'Angleterre, pour parer le coup, suscite par une surenchère la Prusse qui, tout ù l'heure, s'enorgueillissait de ses dépouilles : Napoléon y marche et, lorsqu'il l'a abattue à léna, et que, le royaume conquis, il est entré en triomphateur dans la capitale des Ilohenzollern, il précise et affirme son nouveau plan de guerre.

L'Angleterre a les mers ; soit! Il aura, lui, le continent entier, seul marché où l'Angleterre écoule son industrie, où elle véhicule et détaille les produits du monde. Plus de port qui soit ouvert à ses navires, plus d'entrepôt pour ses marchandises, plus de commerce ; la mer libre, la terre fermée. La première des guerres économiques commence. Pour un intérêt que les peuples et les gouvernements abusés croient politique, et que l'Angleterre s'efforce de leur montrer tel, alors qu'en fait, c'est l'avenir industriel, commercial, financier de l'Europe qui est en jeu, il faut que Napoléon contraigne et tyrannise les goûts, les habitudes, le commerce, la fortune de l'universalité des Européens; qu'il étende, des bouches du Cattaro au golfe de Finlande, un réseau de douanes si serré que rien ne le traverse diîs marchandises que les Anglais fabriquent ou transportent ; il faut que, partout, à tout instant, il se tienne prêt à réprimer la contrebande et la fraude, car, s'il laisse une fissure, par elle, coulera sur l'Europe l'Angleterre entière ; il faut que, sous la

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