‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 60 sur 104 · JEROME. — SECONDE RETRAITE · texte numérisé non relu

JEROME. — SECONDE RETRAITE

arrive le l*"" novembre ù Cologne, « bien portant et avec une grande dose de courage et d'espgrance. Je t'avais dit, écrit-il à la reine, qu'avec les troupes qu<; j'avais, j'étais sûr de faire ma retraite en bon ordre, c'est ce qui m'est arrivé, j'ai mis sept jours et je n'ai rien perdu de mes équipages ». Dans le contentement de soi oi!i il est, il licencie les gardes du corps qui l'ont suivi depuis Cassel ; il leur reprend leurs chevaux, leurs équipements, leurs uniformes et les renvoie nus, sans un sol de gratification. Les agents français en sont indignés.

Quant à lui, « il attend la nouvelle de l'arrivée de l'Empereur àMayence pour se rendre auprès de lui )>. Le 2, ayant vu M. de Rumigny, secrétaire du cabinet de l'Empereur, (jui lui a appris que l'Empereur va partir pour Paris, « il montre un grand désir de le suivre, dès que le duc de Tarente aura pris le commandement » sur toute la ligne du Rhin, depuis Mayence jusqu'à Wesel. Mais le 3, arrive à Cologne le duc Charles de Plaisance apportant pour le roi une lettre de l'Empereur.

Cette lettre doit être terrible '. On ne peut juger de ce qu'elle renfermait que par les instructions adressées le lendemain par Bassano à Reinhard, où les violences de forme disparaissent, oi!i les considérants sont supprimés, oiî la discussion est abolie comme l'invective, mais oii les mesures imposées

' Elle a disparu des Archives Nationales do même que les leltres ('dites au moment du départ de Russie, etc.

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parlent assez haut pour qu'on puisse juger quelles ont dû être les expressions de l'Empereur. « L'intention de l'Empereur, écrit le duc de Bassano, est que le roi s'établisse dans un château des départements de la Sarre, de la Roër ou du Rhin-et- Moselle et qu'il y fasse venir la reine. Les dispositions de Sa Majesté à cet égard sont précises et elle désire que le roi ne s'en écarte point. Elles sont déterminées par des considérations telles que, si le roi ne s'y conformaitpas, l'Empereur serait obligéde prendre, même envers sa personne, des mesures pour en assurer l'exécution. Sa Majesté juge convenable que vous vous expliquiez avec le roi à ce sujet... Le but sera rempli si le roi est bien persuadé des intentions bien positives de l'Empereur.

« L'Empereur a été également mécontent de ce que le roi a fait et de ce qu'il n'a pas voulu faire. Il ne veut pas donner à Paris et h la France le spectacle d'un roi détrôné qui, dans son malheur, n'a pas la consolation d'avoir laissé des amis dans le pays qu'il a gouverné. Il ne permet pas au roi de venir àMayence. Le roi n'ayant jamais voulu suivre les conseils de l'Empereur, ni faire aucune des choses qui importaient si essentiellement à son intérêt et à celui de sa couronné, ses entrevues avec Sa Majesté ne sauraient, d'après de telles dispositions qu'être pénibks et sans objet...

« Ce qu'il y a de mieux dans des circonstances présentes, c'est que ni le roi, ni la reine ne fassent parler d'eux. Moins ils feront de bruit, mieux cela

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A'aiidra. Le roi est à sa place dans un déparlement voisin de ses Étals. Il sérail par exemple d'une manière tiM's convenable au château àe Briiiil. La manière d'être la plus simple et l'attituée la plus modeste sont les convenances impérieuses du moment. Sa Majesté fait «ans doute une grande ditférence entre le roi de Westphalie et le roi d'Espagne; cependant, elle a voulu que ce dernier ne vînt pas à Paris, restât à Mortefontaine, n'y vît ni les ministres, ni les sénateurs, ni aucun des fonctionnaires publics et se tînt dans l'incognito le plus complet.

« Sa Majesté m'a ordonné d'entrer avec vous dans ces détails pour votre gouverne. Elle a pour but que le roi sache bien à quels désagréments il s'exposerait en s'écartant de ses volontés. Usez du reste de ces communications avec prudence et pour prévenir des fautes contre lesquelles Sa Majesté devrait sévir, mais avez soin de n'aigrir ni humilier personne. »

Reinhard croit avoir réussi à convaincre le roi qui paraît prendre son parti, cause avec le préfet, dit qu'il se décide pour Aix-la-Chapelle, parle d'y passer deux ou trois jours, annonce ensuite qu'il y restera trois semaines ou un mois, envoie l'ordre ({u'on y loue pour lui la plus belle maison et, le 5 novembre, à neuf lieures du malin, (juitte Cologne pour s'y rendre.

L'Empereur cependant, rentré à Paris après la terrible leçon donnée à Hanau aux Bavarois, a nettement jugé la situation. Les prestiges que la fortune avait

présentés à ses yeux se sont dissipés. Voyant les choses telles qu'elles sont et luttant à présent, nonj)lus pour le rêve d'une monarchie universelle, mais pour la réalité de cette France qu'il ne veut laisser ni diminuée, ni Immiliée, qu'il prétend au moins transmettre à son fils telle que Consul il l'a reçue, il a pris son parti. « Le Grand Empire n'existe plus, c'est la France qu'il faut défendre », dit-il le 14 novembre aux sénateurs, après avoir reçu et rendu les paroles officielles. Sans doute, le Grand Empire est écroulé, les royaumes napoléoniens ont disparu ; mais restent les rois.

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