JOSEPH. — JULIE ET MAUIE-LOUISE
viiL's ». Ello est eiitrée pleinement dans son rôle en sollicitant (( 1-a bonté qui appartient au cœur de l'Empereur » en faveur des Espagnols qui ont accompagné le roi, des personnes ijui sont à son service, des militaires qui forment sa garde. « Permettez-moi, Sire, a-t-elle dit eniin, de vous demander la continuation de vos bontés ; nous la méritons par les sentiments de reconnaissance et d'attachement que nous portons à Votre Majesté. »
Moins impulsive et plus adroite que Joseph, Julie s'est établie ainsi la médiatrice entre les deux frères qu'elle a su déjà reconcilier tant de fois; elle porte, là comme ailleurs, avec son air de douceur et de soumission, cette ténacité dont elle ne se départ jamais, cette aménité qui triomphe des colères, cette abnégation de la fidélité de Joseph et ce dévouement à sa personne qui l'éclairent sur les moyens de le tourner. Quoique vivant très retirée, ce qui convient à ses goûts, ne se mêlant apparemment de rien qui soit politique, et s'écartant par système des intrigues de la Cour impériale, elle a été la seule dans l'Empire et dans la Famille, à n'avoir fait depuis dix ans que ce qui lui a plu, à avoir gardé sur l'Empereur une sorte d'autorité, à avoir conservé ses amis, fussent-ils factieux, à avoir imposé ses parents, fussent-ils hostiles à a France, et à s'être établie sur un bon pied avec Marie-Louise!
Sans doute n'y a-t-il pas d'intimité, mais Julie s'est sentie portée vers la nouvelle impératrice par l'antipathie ({u'elle éprouvait contre l'ancienne ; elle
ne s'est point jetée à sa tète ; elle a su, pour contenter à la fois la vanité de son mari et ses propres goiits de retraite, trouver d'honnêtes prétextes pour s'abstenir des fêtes et des cérémonies où la reine d'Espag-ne n'eût point reçu tous les honneurs que réclamait le roi catholique et où M'^" Clary fût, contre son gré, sortie de son milieu d'habitude ; mais elle a su inspirer une sorte d'intérêt pour sa faiblesse, sa mauvaise santé, l'abaildon où elle vit, et la dignité qu'elle j porte. Marie-Louise s'ennuyait à Saint-Gloud, cherchait les distractions honnêtes que lui permettrait la jalousie de l'Empereur, et elle a saisi avec empressement l'occasion qui lui était offerte d'admirer à Mortefontaine, deux jours durant, ce coin de France à ce point pittoresque que l'art du jardinier n'est pas. parvenu à y gâter la nature. Elle y a trouvé réunis, par les soins intelligents de Julie, ce qu'elle préfère à tout : des chevaux de miracle sur qui elle a fait de grandes promenades ; des g-âteaux inédits, car, pour cette occasion, Carême a exécuté pour lapremière fois des génoises à la reine, qui soM restées estimables, enfin un spectacle gai, comme elle n'en a ni aux Tuileries, ni à Saint-Cloud, des farces de Vaudeville : Amour et mystère et Gaspard l'avisé. Cela s'est passé le 8 juin, à la veille du départ de Julie pour Vichy, et, sans qu'il en résulte une présomption d'intimité avec Marie-Louise, du moins doit-on en conclure que la reine a su faire ce qu'il faut pour ménager la bonne volonté de l'impératrice.
Mais Joseph est en ce moment le moins Iraitable;