‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 63 sur 104 · JOSEPH. — SES RANCUNES · texte numérisé non relu

JOSEPH. — SES RANCUNES

si rEmfpereur est irrité et offensé, lui est dépité et rancunier, à la façon corse. Il en veut à son frère des échecs qu'il a subis, des sottises qu'il a commises, du trône (ju'il a perdu, de la morne tranquillité ([ui lui est ordonnée, de Clarke qui l'a brimé, de Clausel qui ne l'a pas rejoint, de Soult qui l'a remplacé, il lui en veut de tout et encore d'autre chose, d'être l'Empereur, par exemple. En admettant, comme le rapporte Rœderer, qu'il daigne confesser son insuffisance sur certains points subalternes et accessoires du métier militaire, il ne met pas un instant en doute que ce ne soit la jalousie de son frère, les ordres du ministre de la Guerre, l'insubordination des généraux, les obstacles qu'on a mis de tous côtés à ses desseins politiques qui aient causé son retour. De désastre, il n'y en a pas, il n'y en eut jamais : «Il laisse l'armée plus forte du double que celle qu'il avait à Vitoria. » Sa confiance en son génie politique, administratif, diplomatique, financier, militaire, n'est pas un instant ébranlé ; il est méconnu, il est persécuté, mais il est salisfail de lui-même — et c'est assez.

Toutefois, sa dignité royale lui interdit de tolérer les entraves qu'on mettrait à sa liberté, de môme, que de supporter les propos qu'on oserait tenir contre lui, et elle le met en droit de commander à tous, comme si, en France, il était souverain. Dès le jour de son arrivée, il mande impérieusement Rœderer à Mortefontaine, et c'est pour se plaindre qu'on retienne ses armes de chasse — à (juoi nul n'a jamais pensé ; qu'un secrétaire de l'archichancelirr ait parlé contre

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lui — ce dont Rœderer n'a point de peine à justifier M. Lavollée; qu'on ne s'occupe pas des réfugiés espagnols — alors que l'Empereur y consacre 200 000 francs par mois et qu'il a désigné le comte Olto pour en faire la répartition de concert avec M. Azanza, duc de Santa Fé ; mais ce sont là des escarmouches ; voici la bataille : Joseph entend que Rœdererrapporte à l'Empereur que, pendant «l'absence de Sa Majesté, le roi trouve fort convenable de rester à 3Iortefontaine dans un scrupuleux incognito, mais qu'il s'afflige que l'Empereur n'ait pas jugé suffisant de lui faire connaître que tel était son désir et qu'il ait manifesté par un ordre précis un mécontentement que le roi croit n^avoir pas tout à fait mérité, ayant au Qioins donné aux troupes l'exemple d'une bravoure et d'un* dévouement dignes de sou nom et de son rang ». Sous les phrases dont Rœderer enveloppe ces réclamations, n'y a-t-il point toute la révolte et l'apologie entière, le refus de rester à Morte fontaine contraint et forcé et la déclaration de guerre ou peu s'en faut?

Rœderer y ajoute, comme de Joseph, «l'admiration pour le grand spectacle que Sa Majesté offre en ce moment au monde et à la postérité, les vœux pour le succès de ses négociations et la gloire de ses armes » ; du patriotisme par-dessus. « Ayant rencontré dans un appartement le portrait du prince de Suède, le roi s'en trouva choqué, écrit Rœderer, et s'exprima sur la défection de cet infidèle français comme il convenait à un prince de votre sang" ! » Sans doute,

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