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loi qu'il a décrétée, il maintienne tous les peuples qu'il réduit à la misère et dont il trouble toutes les façons de vivre : il faut qu"il convainque à chaque instant les souverains qu'il a vaincus et dont il a cru se faire des alliés, les souverains qu'il a établis et dont il a cru se faire des feudataires, que, par là seulement, l'Angleterre est vulnérable, que, par là seulement, la liberté des mers peut être acquise à l'Europe, donc l'essor industriel, commercial, colonial, donc la prospérité, et l'indépendance.
L'Angleterre se défend; elle engage dans sa querelle chacune des nations d'Europe après l'autre : Dès 1806, durant que Napoléon esta Berlin, elle agite l'Espagne; après Eylau, Friedland, Tilsit, par quoi Napoléon a cru fermer le cercle, en enlevant aux Anglais leurs derniers marchés, il revient à celte Espagne suspecte, à ce Portugal décidément anglais. Conquérir le Portugal? Soit, c'est affaii^e d'une marche forcée. A l'Espagne à présent? Pourquoi pas? Ne fait-elle pas depuis huit ans tout ce qu'il veut, prévenant ses désirs et s'offrant toute, comme sa reine. Il mettra là un de ses frères, de même que Louis XIV son petit-fils, et point à lutter contre le Savoyard, l'Autrichien ou le Hollandais : non, mais contre les Espagnols, et chacun des royaumes, chacune des villes, chacun des hommes. L'abdication de Charles IV en faveur de Joseph ne vaut-elle donc point le testament de Charles II en faveur du duc d'Anjou? Il y manque le huitième de sang espagnol qui coulait aux veines de Philippe V, et, cela, c'est le passé, le temps, la légitimité : surtout, nul, en Espagne, ne croit que, par un frère de Napoléon, l'Espagne puisse être indépendante, tandis que, par un descendant de Philippe IV, tout le monde en était convaincu. Et une guerre s'engage alors, guerre nouvelle où nulle victoire n'apporte de fruits, où, des villes prises, on ne garde que des ruines et des cadavres, où tout est hostile, la montagne et le torrent, l'église et l'hôpital, où les petits enfants crachent sur les soldats, où les femmes les empoisonnent, où, pour les brûler, les vieillards incendient leurs maisons. L'Empereur n'a point compris : dans sa mentalité, nulle insurrection populaire ne saurait tenir devant un régiment : que ce soit à Paris, ou à Pavie, en NVestphalie ou à Parme, cela ne saurait compter. Avec une exécution militaire on en a raison. Alors, il envoie des conscrits qui se font cerner et prendre ; puis, il verse sur
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l'Espagne, pour épargner des Français, les contingents de ses alliés, des Italiens, des Napolitains, des Polonais, des Westphaliens, des Badois, des Hessois, des gens de Nassau, de Berg, de Francfort, de Saxe. d'Anhalt, de Lippe, de Schwarizbourg, de Waldeck, de Reuss, de Wurtzbourg, lécume de vingt peuples. Et tout cela passe à l'Anglais qui paye bien, s'em- ^ bauche à des guérillas cosmopolites, fournit de soldats les régiments britanniques, écume les routes et soutient Tindépendance espagnole. L'Empereur nourrit lui-même la guerre :tout renfort qu'il croit envoyer à ses armées accroît la résistance de l'ennemi.
Partout, en Europe, un flottement se produit; les vaincus reprennent courage, les légitimes prêchent aux peuples la révolte et la révolution ; l'Angleterre souffle le feu, et jetant ses missionnaires dans toutes les cours, annonce la chute prochaine du tyran. Ainsi fait-elle partir l'Autriche avant que la Coalition dontelle assemble les éléments soit formée. Du fond de l'Espagne, Napoléon accourt, et par un grand effort — car la fortune a cessé d'être constamment fidèle, — il triomphe encore.
Comment, par quels moyens s'assurer cette Autriche qu'il eut cette fois tant de peine à vaincre et qui n'a pas craint de s'allier contre sa domination au.\ sociétés secrètes et aux ligues d'assassinat et de vertu? Comment, du même coup, se faire agréer par l'Europe monarchique, acquérir ainsi une légitimité de reflet, sinon d'essence, et contraindre les souverains à adopter son système politique, en les engageant par des alliances de famille ?
A défaut de la lUissie qui se dérobe, l'Autriche offre son archiduchesse. Par ce mariage, il voit sa puissance affermie, sa dynastie fondée. Il se tient, en France, pour le successeur naturel dos Bourbons dont il devient le neveu ; il se tient, en Europe, comme pareil aux Habsbourg dont il est le gendre; il n'en reste pas moins pour la France le soldat de la Révolution dont elle s'émeut qu'il paraisse déserter la cause ; il n'en reste pas moins, pour l'Europe, le Corse parvenu, dont les aristocrates conjurés méditent l'écrasement : pour l'Angleterre, l'unique ennemi, celui qui, ayant deviné ses desseins, a porté à les déjouer la hardiesse, la persévérance, la fertilité de moyens, par qui seulement elle pourrait succomber.
vni. b
xviii INÏllODUCTlON
Dans Tenivrement de son mariage, de la naissance de son fils, il laisse couler les jours; il n'en finit pas avec l'Espagne. 11 laisse ouverte la plaie qui suppure. Sentant que nulle part on ne se conforme à son esprit, on n'obéit à son plan de guerre, il assume seul le gouvernement d'un empire dont chaque jour étend les frontières. Il le porte tout entier dans sa tête, il y commande seul, il est, dirait-on, le seul à y penser. De Cadix comme de Hambourg, de Laybach comme de Varsovie, tout arrive à lui, et, de même, tout part de lui. Cela demande, rien que pour la route, des jours et des jours. A la moindre crise nul n'a droit de parer, on attend des ordres. Si les communications s'interrompent, tout est en péril. Révolté par la médiocrité d'êtres qui le servent mal ou qui le desservent, il les a réduits à la passivité. La machine marche par cet unique ouvrier : au moindre grain de sable, tous les rouages seront paralysés.
L'Angleterre, cependant, a levé un autre empire. Malgré l'Espagne toujours en révolte, il se lance dans cette guerre de Russie qu'il ne saurait éviter ; il entraîne à sa suite l'Allemagne frémissante, la Prusse irréconciliable, l'Autriche traîtresse. C'est l'Angleterre qu'il va combattre si loin, mais, la Russie abattue, ce sera fini ; elle ne trouvera plus sur le continent personne pour embrasser sa cause, — cette cause qu'elle dit être la liberté de l'Europe e,t qui n'est que la servitude des mers.
11 est victorieux par les armes ; il est vaincu par les éléments. A grand'peine, il revient presque seul en France, dans celte Fiance où il a suffi du bruit de sa mort pour ébranler son empire jusqu'aux fondements. L'incendie est partout allumé : c'est la Suède ennemie, puis la Prusse, l'Autriche, les États de la Confédération, lAllemagne entière ; c'est l'Italie qui échappe, l'Espagne qui, d'envahie, se fait envahissante, la Hollande qui se soulève ; l'Europe entière est ruée contre lui — et par les Anglais. Officiers anglais à tous les quartiers généraux d'armée, émissaires anglais dans tous les cours, à Stockholm, à Konigsberg, à Vienne, à Munich, à Naples, partout la haine anglaise qui excite, la roideur anglaise qui commande, l'or anglais qui paye.
Il tombe — avec lui, la France, et sans qu'elle en ait conscience, l'Europe. Il tombe parce que la France s'est divisée
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contre cllo-mème. que les Hourbons ont surcnchéii à des conditions de paix qu'il eût pu subir, mais qu'il n'eût Jamais acceptées telles qu'elles anéantissent la puissance maritime de la France. Celte puissance, il l'avait renouvel<'<' 'M il ni tendait l'heure de l'employer.
Au l*^"" avril 1814. il existait sur mer. dans ses ports, depuis Dunkerque jusqu'à Toulon, à Anvers, à Gènes, Venise et Corfou 559 liàtiments de toute force et de tout rang : dont 41 vaisseaux de haut bord à la mer, 2i en réparation, 38 en construction; 20 frégates à la mer, 18 en réparation, 17 en construction ; le reste, corvettes, bricks, flûtes, gabarres, transports et bâtiments légers. Les Bourbons livrèrent tout ce qui était d'armement terrestre hors des frontières de 1702, dotation îles forteresses d'Allemagne et d'Italie, dépôts d'artillerie et de munitions, vivres et provisions de tout genre. Ils livrèrent, avec les places maritimes, les arsenaux et les vaisseaux de guerre armés qui s'y trouvaient, les matériaux de construction, l'artillerie et les munitions navales. Pour les navires armés, désarmés ou en construction qui étaient à Anvers devenu le grand port français' refusé pour cela jusqu'à la dernière heure par l'Empereur (35 vaisseaux, 12 frégates, 4 bricks) la France en obtint les deux tiers, à condition de faire retirer ou vendre dans le délai de trois mois tout ce qui lui appartiendrait par ce partage. Ainsi, pour les .\nglais, grâce aux Bourbons, plus de flotte française à craindre. Anvers leur devenait redoutable : Anvers ne sera plus qu'un port de commerce. L'Angleterre trouve à sa convenance les îles de Tabago et de Sainte-Lucie, l'Ile de France, Rodrigue et les Séchelles; elle les garde, et l'Inde tout entière. Ce n'est pas sur la France seulement que l'Angleterre entreprend, mais sur ceux qui, contraints et forcés, se trouvèrent un temps les alliés de la France : des Hollandais, il lui faut le Cap de Bonne-Espérance, Deraerary, Essequibo et Berbice, le district de Bernagore près de Calcutta et l'île de Ceylan ; des Espagnols, l'ouverture à son commerce des colonies qu'elle se charge de détacher de la métropole, et l'engagement de n'entrer avec la France dans aucun traité analogue au Pacte de Famille.
Enfin, Malte lui reste et, pour le temps qu'elle veut, elle s'établit aux Iles Ioniennes.
Ainsi, sur toutes les mers s'étend-elle, complétant son sys-