‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 75 sur 104 · JOSEPH — PROPOSITIONS DE JOSEPH · texte numérisé non relu

JOSEPH — PROPOSITIONS DE JOSEPH

à Votre Majesté Impériale et Royale et, dérobant au grand jour un front dépouillé, attendre dans le sein de ma famille les coups dont il plaira encore au destin de frapper l'Espagne et moi, etles bienfaits qu'il nous est encore permis d'espérer de votre génie et de la grandeur du peuple français, »

Un « légitime », Stuart ou Bourbon, le chevalier de Saint-Georg-es ou le comte de Lille eût-il autrement parlé? Il eût fait seulement intervenir la Providence, et Joseph n'y eût point manqué, n'était qu'il parle à son frère; mais, s'il n'évoque point un droit divin, au moins atteste-t-il son droit natif et « l'estime de la nation qu'il s'est concilié ». Tout l'homme est ici — au moins le politique : pour le général on Ta vu à l'œuvre — et, dès lors, que reste-t-il des protestations qu'il allait abdiquer, qu'il entendait se retirer, qu'il trouvait odieux le fardeau de la royauté, qu'il n'aspirait qu'à sa chaumière de Mortefontaine, à la vie champêtre et bourgeoise : quelques amis, des livres et des fleurs? L'ennemi en France, aux Pyrénées et sur le Rhin, l'Empire envahi par toutes les frontières, il réclame encore que la nation française le replace sur son trône, il prend l'air de l'exiger, et coilTé de ses trois couronnes imaginaires, il ordonne à son cadet de lui retrouver un royaume.

Le surlendemain du jour oi!i il a écrit cette lettre, le 2 décembre, Joseph convoque Rœderer à Mortefontaine. « Le temps est affreux, mais les affaires pressent et elles sont importantes. » Rœderer rentre à Paris dans la nuit du 3, par une tempête effroyable, et, dès

le matin, il se présente au lever de l'Empereur, auquel il expose les prétentions de son frère. Joseph compte qu'une négociation peut être engagée à son sujet avec les puissances coalisées et que la médiation de Bernadotte, qui lui est acquise, peut singulièrement y influer. Il réclame en outre certaines distinctions d'étiquette, car il a été choqué de la façon dont il a été reçu par l'Empereur — ■ cela n'a point du tout été royal — et, au cas fort improbable oii il condescendrait à n'être plus que le premier prince du sang, il tient à conserver certaines distinctions extérieures qui affirment son rang. Ce n'est là d'ailleurs qu'un pis aller qu'il envisage à peine : il, a droit, s'il cède l'Espagne, à une compensation territoriale, et cette compensation, ill'exige. « L'Angleterre, répond l'Empereur, veut le rétablissement de Ferdinand VU comme condition préliminaire à tout traité. L'Autriche et la Russie veulent la même chose et aussi comme condition antérieure à toute négociation. Le prince de Suède est, à l'égard de laFrance, dans des torts qui ne permettent pas qu'un prince français entre en contact avec lui. Enfin, le prince de Suède n'a pas la moindre autorité sur les alliés, ni la moindre considération près de la cour d'Autriche. La cour de Vienne est fort mal pour lui. L'Empereur regarde comme un malheur d'être obligé de remettre sur le trône un membre d'une famille contre laquelle il a tant fait, mais il se soumet à ce malheur parce qu'il le juge inévitable. Il croit le sort de sa dynastie tellement assuré aujourd'hui par son mariage et par l'exis-

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