JOSEPH. — SES PRÉTENTIONS
serait fort embarrassé de montrer un seul Hollandais qui se soit attaché à sa fortune, Joseph a entraîné dans son désastre des Espagnols en quantité qui se trouvent maintenant en France sans emploi, sans argent et sans moyens d'existence, et il est intéressé, même par le cœur, à ne pas les abandonner. Napoléon ne peut lui dire que, par le traité singulièrement aléatoire qui a été signé le mois précédent à Valençay, il a stipulé une amnistie en leur faveur : il ne saurait guère conserver d'illusions sur la valeur d'un tel engagement et il est obligé de conserver le secret sur ce traité dont l'approbation par les insurgés est au moins douteuse. Il consacre à secourir les réfugiés une sonnnc mensuelle de 200 000 francs, mais Joseph voudrait (juelque chose de mieux. Quoi? II serait fort embarrassé de le dire ; le duc de Santa Fé qu'il a pris pour porte-parole est incapable de le formuler, et Caulaincourt, le nouveau ministre des Relations extérieures (|ue l'Empereur a autorisé à en conférer avec Santa Fé, cherche vainement quelle suite pourrait avoir, pour le bien des Espagnols, un échange de vues avec le ci-devant ministre d'un roi sans États qui n'est plus reconnu même par l'Empereur. « Comment cette négociation peut-elle s'entamer et quel but peut-elle avoir? dit Caulaincourt aux envoyés de Joseph, Miot et Regnaud. Comment s'ouvrir à M. de Santa Fé sur la véritable situation des affaires, sur l'impuissance oii nous sommes maintenant d'exercer aucune influence près du roi que nous allons renvoyer en Espagne? Et, en supposant que, par le traité qu'on se propose
de faire avec lui \ il soit amené à quelque concession en faveur du parti français, quelle garantie auronsnous de l'exécution d'une clause à laquelle il ne consentira qu'avec une répugnance infinie et avec l'espoir d'y échapper? Le roi, ajoute Gaulaincourt, ne doit pas non plus voir dans la condescendance de l'Empereur à céder sur ce point une reconnaissance de ses droits comme roi d'Espagne. Sur cette dernière question, la volonté de l'Empereur n'a point changé et ne changera point. Sans doute il désire voir auprès de lui son frère, mais, s'il y venait autrement que comme prince français et premier sujet de l'Empire, il compliquerait étrangement la position du Gouvernement au dehors et à l'intérieur. On croirait que l'Empereur veut toujours reconquérir l'Espagne ; on ferait de la présence du roi en cette qualité un argument contre les vues pacifiques de Sa Majesté Impériale. Si, au contraire, le roi vient à Paris comme grand électeur, comme prince français, il annonce par ce fait seul sa disposition à tout sacrifier pour faciliter la paix: il se présente à la nation, à son frère, comme renonçant, pour elle et pour lui. à la couronne qu'il porte encore, »
' Ce traité duiil Caulaincuurt parle au futur, parce que, si l'on en a révélé le principe, on en atenu jusque-là les clauses secrètes, a été signé le fl décembre et les ratifications en devaient être échangées dans le délai d'un mois, mais il fallait au traité l'approbation de la Junte et des Cortès, elle duc de San Carlos envoyé par Ferdinand VII n'a pu l'obtenir. En attendant qu'on l'eût, on a retenu Ferdinand à Valençay. Le 11 mars, on signera un troisième article additionnel pour porter à cent vingt jours de cette date le terme pour l'échange des ratifications; mais Napoléon, constatant la vanité de ce traité, laissera Ferdinand, quitter Valençay pour rentrer dans son royaume, et lesratifications ne seront jamais échangées.