JOSEPH. — NEGOCIATION AVEC NAPOLEON
alors à l'Empereur une lettre très courte^ dans laquelle il lui mandait qu'ayant été instruit par le Monileur des événements qui avaient eu lieu à Paris, il offrait de se rendre immédiatement près de Sa Majesté Impériale et d'arriver au Luxembourg- le jour même. Cette lettre expédiée par un courrier fut remise à l'Empereur qui fit dire seulement qu'il y répondrait ».
On ne saurait croire que, « si courte fût-elle», cette lettre ne contint que ces oiïres de Joseph : l'Empe- -reur n'eût point manqué de les ag-réer aussitôt, si elles avaient été telles ou si elles n'avaient pas été accompagnées de prétentions espagnoles. Toutefois, iNapoléon marquait un si vif désir de s'arranger qu'il multipliait les avances. Le 1"'' janvier, sans répondre directement à la lettre qu'il avait reçue la veille, il écrivait à Joseph pour le remercier des vœux qu'il lui avait adressés, et comme Zénaïde, en approchant d'une cheminée, avait enflammé sa robe et eût été brûlée vive, sans son père qui, en éteig^nant le feu, avait été blessé à la main, il ajoutait : « Je vois avec satisfaction que l'accident arrivé à ma nièce n'a pas eu de suites fâcheuses », et il envoyait pour leurs étrennes, à chacune des Infantes, un portrait de l'Impératrice par Isabcy sur une tabatière de porcelaine de Sèvres montée en or.
■ Ce n'était point là ce qu'attendait Joseph. Depuis que l'Empereur avait ajourné le Corps Législatif, il
' Il est fâcheux qu'on no connaisse cette lettre que par l'analyse (fu'en donne Miot et par l'allusion qu'y fait Josepli dans sa lettre à Louis du 2 janvier : elle serait une des pièces probantes du procès.
mourait d'impatience. Il expédia Miot à Paris pour recueillir des nouvelles, voir « toutes les personnes de qui il pourrait tirer quelques lumières sur l'état des afTaires en général et sur ce qui le concernait personnellement; il le chargea en outre de remettre à Louis une lettre où il affirmait encore et précisait, à cette date du 2 janvier, ses prétentions royales. Après avoir raconté à son frère — sans exactitude — les péripéties de cette sorte de négociation engagée depuis le 27 novembre et les avoir présentées dans un ordre que la moindre comparaison des dates suffit à renverser, il concluait : « Le fait est que je puis tout sacrifier à l'Empereur, hormis l'honneur. L'honneur ne me permet pas de me montrer autrement que comme roi d'Espagne tant que je n'aurai pas abdiqué, ce que je ne puis et ne veux faire que pour la paix générale, et après avoir assuré ce que je dois aux Espagnols, et par un traité dans les mêmes formes que celui qui me donna la couronne d'Espagne, traité dont a été négociateur à Bayonne le duc de Cadore. Qu'on me traite en roi ou qu'on me laisse dans mon obscurité. »
Pour ses prétentions royales, Joseph est assuré de trouver dé l'écho chez Louis comme chez Jérôme. Tous trois ont la même opinion de leurs couronnes^ obéissent aux mêmes vanités, se montrent également intraitables sur leurs droils ; mais, tandis que Jérôme n'a autour de lui que quelques courtisans la plupart Français, malgré leurs noms allemands, et que Louis