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Ce n'est point pour des motifs de cette sorte que, le 6, Josepli se décide à rentrer à Paris. D'abord, il a été fort enrhumé à Mortefontaine, il y a froid et l'hiver lui en déplaît. Puis, Miot, rentré dans la nuit du 4 au 5, lui a représenté que ses lettres ne permettaient pas qu'on vît, dans sa retraite à Mortefontaine, de la modestie ou de l'indifférence pliilosophique; qu'on y verrait plutôt le moyen d'échapper aux dangers du moment; que, en tardant davantage à rentrer à Paris, il perdait tout le mérite de la démarche qu'il serait bien obligé de faire quelque jour; surtout, qu'il ne serait pas à portée de débattre ses intérêts, de réclamer « dans une nouvelle souveraineté le sacrifice qu'il avait fait d'une couronne ». Pour cela, il lui fallait être à Paris, oi^i seulement on lui tiendrait compte « de sa générosité et de son désintéressement au milieu du péril ».
Ce sont là — avec l'absence de calorifère — les raisons qui l'ont déterminé et qui, le 6, l'ont amené au Luxembourg. De là, il écrit à l'Empereur une nouvelle lettre où, sans s'expliquer, ni sur sa renonciation à l'Espagne, ni sur son retour comme prince français, il maintient ses prétentions royales et fait valoir seulement sa générosité bénévole d'apporter à l'Empereur et à la France son désirable concours. Il envoie cette lettre sous cachet volant au prince de Neuchâtel « pour mettre l'Empereur dans le cas de connaître positivement le fond de sa pensée. J'attends, écrit-il, la réponse de Sa Majesté ou la lettre de Votre Altesse pour m'établir définitivement ici ou retourner à Mortefontaine ».
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Le 7, l'Empereur lui répond : « Mon frère, j'ai regu votre lettre. Il y a trop d'esprit pour la position oi^i je me trouve. Voici en deux mots la question. La France est envahie ; l'Europe tout entière en armes contre la France, mais surtout contre moi. Vous n'êtes plus roi d'Espagne j je n'ai pas besoin de votre renonciation parce que je ne veux pas de lEspagne pour moi, ni je n'en veux pas disposer; mais je ne veux pas non plus me mêler des alîaires de ce pays que pour y vivre en paix et rendre mon armée disponible. Que voulez-vous faire? Voulez-vous, comme prince français, venir vous ranger près du trône? Vous avez mon amitié, votre apanage et serez mon sujet en votre qualité de prince du sang. Il faut alors faire comme moi, avouer votre rôle, m'écrire une lettre simple que je puisse imprimer, recevoir toutes les autorités et vous montrer zélé pour moi et pour le Roi de Rome, ami de la Régence de l'Impératrice. Cela ne vous est-il pas possible? N'avez-vous pas assez de bon jugement pour cela? Il faut vous retir»!r à (|uarante lieues de Paris, dans un château de province, obscurément. Vous y vivrez tranquillement, si je vis. Vous y serez tué ou arrêté, si je meurs. Vous serez inutile à moi, à la Famille, à vos filles, à la France ; mais vous ne me serez pas nuisible et vous ne me gênerez pas. Choisissez promptement et prenez votre parti. Tout sentiment de cœur [ ] est inutile et hors de saison. »
Berthier, qui peut-être a été chargé de cette lettre, vient au moins au Luxembourg dans la journée, por-
teur (le paroles de l'Empereur. Après deux heures d'entretien, les affaires paraissent encore plus brouillées. Joseph déclare à 3Iiot qu'il est décidé à tout abandonner et à se retirer définitivement. Il est « lié, dit-il, envers les Espagnols qui ont embrassé son parti et abdiquer le titre de roi serait abandonner làcliement leurs intérêts ». On peut se demander sans doute en quoi il importe aux Espagnols que Josepli, n'étant plus roi d'Espagne, en conserve de titre, mais il importe essentiellement à Joseph, et, de fait, c'est sur ce point d'étiquette que porte toute sa résistance, comme le prouve une lettre que Caulaincourt adresse ce même jour au duc de Santa Fé : Miot a eu en effet l'idée ingénieuse de vaincre les scrupules de Joseph en lui faisant consulter ses ministres espagnols et en tenant avec eux, en présence delà reine dont le bon sens lui est connu et dont l'appui lui est assuré, un conseil oii il reproduit tous les arguments que, depuis un mois, il présente vainement au roi. A la fin, grâce au concours des Espagnols, il lui arrache une lettre qui donne à l'Empereur satisfaction, sinon sur tous les points, au moins sur les essentiels.
« Sire, écrit Joseph, l'envahissement de la France impose à tout Français l'obligation de voler à sa défense et c'est surtout à ceux qu'elle a élevés à un si haut rang qu'appartient la noble prérogative de voler les premiers à la défense du Trône et de la Patrie. Premier prince français et, en cette qualité, son premier sujet, permettez-moi. Sire, de vous prier d'accepter l'offre de mon bras et de mes conseils. De quelque
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manière que vous jugiez devoir les diriger, je m'estimerai heureux si je puis contribuer à rendre à cette France à qui je dois tout, la tranquillité et le bonheur dont l'Europe entière a besoin. Dans les circonstances actuelles, je ne vois que les dangers de la Patrie ; tout bon Français doit faire abnégation de tout autre sentiment. Vous sauverez encore la France, Sire, si tous les Français mettent à servir votre trône le môme dévouement que celui avec lequel je vous offre mes services. »
Passant sur les réserves qui eussent encore prêté à discussion, l'Empereur, qui veut en finir, se déclare content et, par une nouvelle lettre, il assure Joseph de sa satisfaction et de son amitié. Joseph y répond aussitôt : « Votre Majesté me parle de son amitié et j'avoue que je n'y comptais plus. Je respecte trop Votre Majesté et j'aime trop son amitié pour ne pas m'y livrer avec mon abandon d'autrefois. » Et il s'empresse de demander d'abord que le duc de Santa Fé ou tout autre Espagnol soit chargé de la répartition des secours aux réfugiés espagnols; puis, qu'il lui soit permis de garder avec lui des officiers français et espagnols « qui, lui ayant montré un dévouement particulier, ne sauraient être abandonnés par lui sans le rendre le plus ingrat et le plus insensible des hommes ».
L'Empereur, sans accorder tout entière la seconde demande, admet la conversation : le 9, il reçoit son frère et il a avec lui un entretien qui dure plus de trois heures. Joseph a pu consentir à perdre le titre de roi d'Espagne, mais, quant au titre de roi et au trai-
tement de Majesté, rien ne saurait l'y faire renoncer : cela est indélébile. Après le sacre, dira-t-on, ou tout le moins le couronnement. Joseph n'a été ni sacré ni couronné, mais il aurait pu l'être et, pour lui, c'est tout comme. L'Empereur consent à lui donner cette satisfaction. Il sera a annoncé désormais sous le nom de roi Joseph et la reine sous celui de reine Julie, avec des honneurs et de la manière usitée pour les princes français ». C'est l'étiquette imaginée jadis pour la « reine Hortense » et ce précédent, si disparates que soient les circonstances, se présente à souhait pour aplanir les difficultés. Reste le costume qui, dans ce cas particulier, se trouve prendre une importance. Joseph, lors de son voyage à Paris en 1811, a cherché tous les moyens de se soustraire à l'oblig-ation de paraître en prince français. Cela au moins n'est que pour les grands jours. A l'ordinaire, Joseph, se modelant sur Napoléon, porte l'uniforme des grenadiers à pied ou des chevau-légers de sa garde. Il ne saurait continuer à s'habiller en Espagnol. L'Empereur l'autorise donc à prendre l'uniforme des grenadiers de la Garde impériale tel qu'il le porte, mais il suggère qu'il ne doit se décorer d'aucun autre ordre que du français. En même temps, il prend des mesures pour former à nouveau, avec des Français, les maisons princières du roi et de la reine et il fixe un jour où Joseph recevra les personnes de la Cour et du gouvernement.
Les choses ainsi réglées, Joseph, malgré le titre royal dont il est paré, rentre dans le rang. L'Enipe-