‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 97 sur 104 · PAULINE EN · texte numérisé non relu

PAULINE EN

Saint-Germain et à Hartwell : Mais là, c'était tout simple : écrits à Tiiorngrove par un frère de TEmpereur, ces mots prenaient une autre portée^ et l'employé du cabinet noir autriclùen qui les recueillit avait droit à une gratification.

C'est d'une autre encre qu'écrit Pauline ; c'est d'un autre ton qu'elle parle : Récoltées par les cabinets noirSy ses lettres attesteront safriv'olité, sa vanité,, sa coquetterie, son inconstance en amour ; elles attesteront qu'elle fut sèche de cœur, fort ladre, brouillonne, capricieuse et coléreuse, mais que, à son frère, elle fut et resta inébranlablement fidèle. Gomme, duj'ant toute l'année 1813, elle a vécu éloignée de Paris, sa correspondance avec Madame et Fesch, avec son intendant et ses dames la peint au naturel.

Le mois de janvier l'a trouvée à Hyères, nullement en disgrâce, comme on a dit. Si elle écrit peu à Marie-Louise, elle lui adresse pourtant les compliments d'obligation et l'Impératrice lui répond avec autant d'amabilité gourmée qu'à ses autres bellessœurs — Hortense exceptée. Marie-Louise a été chargée de lui annoncer pour ses étrennes un cabaret de porcelaine de Sèvres : ce sera au choix de l'Empereur, un cabaret de six tasses, forme Jasmin, doublées d'or, fond vert de chrome, avec, en médaillons, des portraits de femmes célèbres peints en miniature par

M"- Jaquotot, qui coûtera 2 400 francs ; mais Pauline n'a que faire des femmes célèbres, elle veut des peintures à son goût et elle écrit à son intendant : « Je vous prie d'aller à Sèvres me choisir le déjeuner que l'Empereur m'a destiné. Vous choisirez celui qui sera le plus beau et faites en sorte que, sur plusieurs tasses, il y ait le portrait de l'Empereur. »

Non seulement la Cour ne lui est pas interdite, comme on s'est plu à le raconter, mais l'Empereur souhaiterait qu'elle y parût. Il lui écrit le 27 janvier : « Je vois avec peine le mauvais état de votre santé. Vous auriez mieux fait de venir à Paris que de vous laisser promener de contrée en contrée par l'espérance des médecins. Vous auriez mieux fait d'aller à Nice qu'à Hyères ; je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous alliez dans cette ville. » Vous auriez 7nieux fait d'aller à Paris, répond à toutes les histoires d'exil.

L'Empereur ne croit pas que sa sœur soit sérieusement malade, il la tient toujours pour malade imaginaire et, par là, il est injuste. L'état de Pauline est toujours aussi précaire ; elle a grand'peine à supporter la voiture ; ne se promène qu'en chaise à porteur et, pour prendre de l'air et de l'exercice, imagine de se faire balancer sur une escarpolette des heures durant; elle est maigre à faire peur; ses forces disparaissent de jour en jour. Elle ne cesse d'ailleurs dépenser à Canouville ; elle a voulu qu'on tressât pour elle, avec ses cheveux qu'elle avait soigneusement recueillis, un bracelet « qu'elle se propose de toujours

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porter ));et, s'inquictanldes souvenirs matériels qu'elle lui a donnés ou qu'elle pourrait recevoir île lui, elle les réclame au frère de son amant, le Canouyille, maréchal des logis du Palais.

Cette passion rétrospective n'était point troublée par la présence de Ducliand, lequel n'en était pas plus mal partagé, mais, en janvier, Ducliand a dû partir. Vainement, son congé expirant avec l'année 1812, a-t-il sollicité le 13 janvier une prolongation. Elle lui a été sèchement refusée et il a reçu l'ordre de rejoindre la Grande Armée. Il y fait merveille. A Bautzen, il a deux chevaux tués sous lui et, en récompense, l'Empereur lui accorde le 8 juillet l'Aigle d'or de la Légion et le 27 août le grade de major; à Leipzig, avec douze bouches à feu, il résiste victorieusement à 25 000 hommes, soutenus par trente canons, et l'Empereur le crée baron de l'Empire. Quant à l'avoir autorisé à prendre le nom du terrain sur lequel il avait combattu, pure légende. Ducliand ne se fit appeler Ducliand de Sancey qu'en 1818 et Sancey, commune du Doubs, n'a rien à voir en Saxe.

Après le départ de Ducliand, voici Pauline mécontente, agitée, nerveuse, écrivant sans cesse, faisant écrire tout ce qui l'entoure, lésinant sur tout ce qui ne la concerne point et jetant des cent mille francs aux bijoutiers. M"® de Cavour, exaspérée de payer de sa poche le papier et la cire, car la princesse tient sous clef sa provision, écrit à l'intendant : « Il est bien assez que je fasse tout le jour le secrétaire

parce que je n'en ai aucun, sans qu'on me fasse tirailler pour le papier. C'est énorme ce que je dois écrire pour la princesse, envoyez-moi vite donc un grand carton de papiers de toute espèce, plumes de corbeau, cire d'Espagne, hosties, enveloppes, etc. »

Tout le monde est attelé aux écritures, Montbreton qui est venu remplacer Tonnerre, M"^'' de Gavour constamment de service, Rosalie de Quincy qui enrage d'avoir quitté Paris. On travaille moins dans Le cabinet d'un ministre — et c'est le ministère des caprices.

Plus la princesse est condamnée à rester immobile, plus sa tête s'agite, plus son cerveau travaille, plus ses lettres courent, plus ses ordres se multiplient, se croisent et se contredisent. Mais oii ils ne varient point, c'est sur l'article des économies. IVP^^ de Barrai avait jusque-là conservé son traitement ; elle est rayée des états ; on ne l'avertit pas : elle le saura, à La fin du quartier. Les dames françaises touchaient IL 000 francs par an; c'est assez de 8000. Les Piémontaises descendent à 2 000, sauf M""^ de Brignole et M""" de Saluées, mais, pour celle-ci, on impute sur son traitement sa pension de 3 000. M""^ de la Trinité est morte ; on ne la remplace pas, non plus que M. de Mussan d'Hallet-Deshayes, écuyer. Ce n'est riea là : « Je renvoie mes chevaux et une partie de mes gens, écrit la princesse à son intendant, vous renverrez tout ce qui est cuisine ou office... Vous donnerez à tous ces gens-là un mois de gratification. On ne fera de livrée pour personne jusqu'à mon retour

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