XI
une diminution des pouvoirs du Gouvernement provisoire? Il y parvient. La Chambre passe à l'ordre du jour motivé : i" Sur ce que Napoléon II est devenu empereur des Français par le fait de l'abdication de Napoléon I" et par la force des Constitutions de l'Empire; 2" Sur ce que les deux Chambres ont voulu et entendu, par leur arrêté à la date d'hier, portant nomination d'une Commission de gouvernement provisoire, assurer à la nation la garantie dont elle a besoin dans les circonstances extraordinaires où elle se trouve, pour sa liberté et pour son repos, au moyen d'une administration qui ait toute la confiance du peuple. »
Les niais crient vive l'Empereur! avec enthousiasme et s'imaginent qu'ils ont ville gagnée. Les malins qui ont senti combien, au milieu des périodes enflammées sur la Guerre, l'Indépendance et la Liberté, portent seules les phrases honteuses sur la paix, les ménagements qu'on doit garder à l'égard de l'ennemi, l'opportunité de lui laisser le choix du souverain... les malins comprennent que Fouché, devenu dictateur, va livrer la nation, pourvu qu'on lui garantisse le respect des personnes et des fortunes, sinon le maintien des emplois aux Jacobins nantis. Peut-être s'est-il fait l'illusion de penser qu'il avait encore un grand rôle à jouer ; du moins, croyant les Bourbons inévitables, a-t-il voulu que leur rentrée ne fût point marquée par une réaction sanglante dont il eût été une des premières victimes.
xNAPOLEON Eï SON FILS 355
Les Pairs, malgré Boissy-d'Anglas et Lamelh, sur un discours de Thibaudeau très violent contre les Bourbons, adoptent une délibération analogue à la première qu'avaient prise les Représentants : « La Chambre des Pairs déclare que Napoléon II est devenu empereur des Français par le fait de l'abdication de Napoléon P'' et par la force des Constitutions de l'Empire. »
Manifestation platonique, a-t-on dit. Sans doute, la déclaration des Chambres n'eut point pour effet d'investir efficacement Napoléon II de Tautorité impériale. Nul décret ne fut rendu en son nom; nulle loi promulguée ; mais il suffit de ces actes pour que Napoléon II ait été le souverain légitime de la France et que, par ce même fait, il ait conservé en puissance et qu'il ait transmis les droits imprescriptibles de la dynastie nationale.
Si l'Empereur, dans ce désastre où entraînait la désunion, avait presque omis le nom de son fils, et s'il avait considéré comme oiseuse une transmission de pouvoirs qui n'existaient plus à un enfant prisonnier de l'ennemi, à présent il avait senti la faute et Ton peut bien penser qu'il avait employé ses fidèles à la réparer. Lucien, qui s'était prodigué avec d'autant plus de dévouement que sa fortune nouvelle était en jeu, qu'il ne manquait pas plus d'être persuadé de sa dignité princière que de son habilitation dynastique, y avait échoué; Joseph avait à peine dit un mot; Jérôme s'était tù. La voix
de l'armée par la bouche de Labédoyère ; la voix du peuple par les milliers de bouches criant Vive l'Empereur ! autour de l'Elysée avaient imposé, quoi qu'il arrivât désormais, que Napoléon II était et demeurerait l'Empereur. — Et cela suffisait à la Nation si quelque jour elle entendait se reprendre.
Toutefois, quand Regnaud vint lui rendre compte, il parut presque indifférent. « Il demanda à quoi s'occupaient les représentants. — Au projet de la Constitution, Sire. — Toujours le Bas Empire, dit l'Empereur, ils délibèrent, les malheureux ! Quand l'ennemi est aux portes! » Que leur importait? N'est-ce pas un des principaux meneurs de cette chambre, M. Dupin, celui qui préludait alors à cette carrière d'honneurs et d'infamie, n'est-ce pas lui qui, le 3 juillet, parlant sur la Constitution, répondit à un collègue lui disant : « Hâtons-nous. Les Prussiens elles Anglais arrivent! — Ils seraient là que je voudrais encore émettre librement mon opinion !.. »
L'Empereur sentait qu'il n'avait plus rien à faire en France. Il avait compté demander Thospitalité aux Anglais. A présent, en apparence au moins, il était converti à l'idée de passer aux Etats-Unis, mais, ouvertement, sous son nom, avec des passéports anglais pour le moins. On les lui promettait et il devait croire que cela rentrait d'une façon formelle dans les instructions que Bignon, chargé