II AVANT-PROPOS
souvent favorisé : d'heureuses trouvailles, de bienveillantes communications, l'entrée dans mes mains des documents qu'avait assemblés, durant une vie entière de labeur obstiné, mon vieil ami, le comte de Martel, m'ont permis d'aborder, sans trop d'inquiétudes sur les conclusions que je soumets au lecteur, la partie la plus douloureuse de mon travail, celle oij il est le plus difficile sans doute et le plus grave de trouver et de dire la vérité.
Je tente de présenter la part qui incombe à l'esprit de famille dans les événements qui ont déterminé l'écroulement de la plus haute fortune que jamais l'humanité ait vu s'élever, dansla chute de l'homme le mieux doué par la nature, le mieux servi par le destin que l'Histoire ait encore vu naître. Je crois cette part déterminante, non que je me dissimule l'importance d'autres causes, mais celles-ci sont hors de la volonté de Napoléon, tandis que celle-là résulte d'un plan de conduite qu'il a arrêté, dérive de la conception qu'il appliqua au gouvernement du Grand-Empire.
J'envisage moins, dans le tome VU, l'action exercée par Napoléon sur les siens que l'action exercée par les siens sur son œuvre. Ce n'est plus à jirésentNapoléon qui élève ses frères ou les dégrade, ce sont eux qui se rendent les artisans de sa décadence; ce n'est plus lui qui leur impose ses lois, ce sont eux qui, consciemment ou non, par leurs fautes ou par leurs crimes, préparent sa déchéance. Leursactes sont le pi us souvent accomplis hors de son contrôle, hors de son autorité, hors de sa volonté ; mais ils le sont en vertu
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tlela délégation qu'il accorda, des pouvoirs qu'il fournit, du système qu'il établit. Par là, ils se lient d'une façon si étroite à sa conception de gouvernement, que, s'il n'est point historiquement responsable de la plupart, il a dû en porter la peine. D'ailleurs, en bien des cas, il a conservé une forme d'action lointaine qui a influé gravement sur les événements. Les instruments qu'il a choisis et employés étaient mauvais ; il les a rendus pires par sa contradiction ou par sa faiblesse. Delà, deux parts à faire, d'autant plus délicates à distribuer que, après la mort de Napoléon, chacun de ses frères s'est efforcé de se disculper, a publié ou inspiré des apologies dont le but était de rejeter sur l'Empereur seul leur commun désastre, de justifier leur conduite à ses dépens et d'acquérir ainsi un renom d'intelligence, de loyc^uté, de libéralisme dont ils pussent user à l'occasion pour lui succéder.
Pour être complète, la recherche des responsabilités exigerait des développements qui, quelque étendus qu'ils soient, paraîtront toujours insuffisants à ceux qui ont pris le parti de se méprendre sur l'objet que je poursuis. Ce n'est nullement d'écrire l'histoire de chacun des Etats napoléoniens; un tel cadre excède mes forces ; il ne saurait être rempli que par des monographies successives dont les éléments devront être recueillis par de longs séjours dans les neuf ou dix capitales de ces royaumes fugitifs. Encore est-il douteux que rois ou princes n'aient point, en partant, emporté leurs papiers les plus secrets.
Je me restreins — je l'ai dit déjà dans chacun des