IV AVANT-PROPOS
avant-propos de ces volumes, et j'ai le regret de constater une fois de plus que je n'ai point été entendu — je me restreins à fournir, de l'état d'esprit de Napoléon à Tég-ard des siens, et réciproquement, des siens à l'égard de lui, un résumé documenté par l'exposé de leur conduite et de leurs actes. Qu'on cesse donc de chercher ici ce que je n'ai nulle prétention d'y mettre : l'histoire de l'Espagne ou de Naples, de la Hollande ou du grand-duché de Berg\ Qu'on y cherche seulement le sujet que j'ai prétendu traiter : Madame, Joseph, Louis, Lucien, Jérôme, Fesch, Elisa, Pauline, Caroline dans leurs rapports avec Napoléon : les manifestations de leurs opinions, le détail de leurs caractères, la façon dont ils présentent leurs actes à l'Empereur et la façon dont l'Empereur les apprécie. Je n'ai point affaire de leur façon de gouverner, pas plus que des Hollandais,
' Un mot à ce sujet : J'ai été attaqué avec une étrange violence par un jeune employé des Archives nationales, à propos de ce que j'ai écrit sur Murât dans le grand-duché de Berg. J'ai été accusé d'avoir confondu les époques, estropié les noms, presque d'avoir imaginé ce que je rapportais. Or tous les faits que j'ai cités se trouvent relatés aux dates que j'ai indiquées et dans l'ordre que j'ai suivi par les journaux contemporains. Les journaux étant tous officieux et n'insérant — on l'a dit assez — que les nouvelles qui agréaient à l'Empereur, j'ai estimé que j'avais plus d'intérêt à relever ce que l'Empereur et Murât voulaient qu'on sût du grand-duché de Berg, qu'à rechercher ce qui s'y était réellement passé, car j'avoue que je prends à Berg en soi un intérêt médiocre. Mon jeune critique no pense pas de même et, après avoir alfirmé, dans une réunion où l'un de ses amis discourait contre mes livres, que j'étais, en ce qui touche Berg, d'une nullité regrettable, il m'a fait l'honneur de le répéter dans une des notes de la thèse qu'il a soutenue en Sorbonne. Cela prouve qu'il n'a dépouillé ni le Journal de l'Empire, ni le Journal de Paris, ni la Gazette de France, ni même le Moniteur universel. La jeunesse est un beau défaut, mais, pour démontrer qu'elle s'accommode de présomption, il était superflu d'aller si loin.
AVANT PROrOS v
des Napolitains ou des Espagnols, mais de Napoléon et de Napoléon seul.
De même, je ne raconte pas les campagnes de Russie ou d'Espagne, de Saxe ou de France. Je ne retiens que les épisodes qui, dans le rapport étroit que j'ai indiqué, projettent une clarté sur le caractère, la conduite, la responsabilité des uns et des autres. Pareillement pour les négociations où je laisse de côté tout ce qui n'importe pas directement à mon sujet.
Même ainsi délimitée, la tâche est immense ; je ne puis mener à terme cette enquête qu'en présentant la troupe de mes acteurs sur un théâtre dont les dessous aient été solidement établis, dont la machinerie me soit familière et dont je connaisse tous les portants ; sur les scènes principales qui s'y jouent je n'ai point à m'étendre ; je rends compte d'une petite pièce qui s'entremêle à la grande et de scènes presque accessoires. Pourtant mes personnages passent à des minutes au premier plan, ils influent même sur le dénouement, mais ils n'en sont pas moins secondaires et leurs caractères, tout curieux qu'ils me paraissent, ne se dessinent presque jamais en beauté ou en héroïsme.
Par bonheur, Napoléon domine le drame entier; lui seul en mène ou en subit les péripéties; il suffit à le rendre le plus passionnant qu'ait acclamé l'humanité, et c'est assez que la figuration de mes personnages y ajoute l'occasion de quelques répliques pour qu'une sorte d'intérêt se répande sur eux.
Le but de ces études est d'apprendre à connaître