‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 212 sur 213 · RÉSULTATS DE L'ANNÉE · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DE L'ANNÉE

L'année 1812, commencée dans les lumières d'apo- ♦théose, s'achève dans un crépuscule sanglant. Le Grand Empire est lézardé de toutes parts. Le cidevant maréchal d'Empire, prince de Pontecorvo, actuellement prince héréditaire de Suède, a montré la route aux gens avisés. Il tient déjà en ses mains le billet des trente deniers dont sera payée sa trahison. Ayant pris les devants en reniant son Dieu, il s'est offert pour livrer son maître. Gela est d'une belle âme et vaudra à sa postérité de montrer au monde, durant le xix® siècle entier, comme il faut pratiquer la fidélité à ses serments, pour qu'elle rapporte des couronnes. Le cadurcien Murât jalouse le béarnais Bernadotte. 11 n'a pas eu la chance de s'être établi renégat — ce qui tout de suite a mis les souverains en confiance avec l'autre — mais il fait ce qu'il peut pour gagner du terrain et se montrer égal à cet émule d'infamie. En est-il d'autres déjà, en est-il parmi les frères même de l'Empereur, peut-être; mais de ce qu'a proposé Lucien, de ce que Louis rédige, nul péril ne résulte ; c'est un vilain jeu qu'ils jouent, mais ils le jouent à blanc. Joseph ne cause peut-être plus avec l'ennemi; mais il fait pis. Le canon des Arapiles a sonné le glas de la domination française en Espagne. Le désastre du Midi fait pendant à celui du Nord, mais, de l'un, l'on accuse justement les frimas et les tempêtes, de l'autre, sont seuls

responsables l'ineptie du chef et l'indiscipline des lieutenants; l'un a laissé intact le prestige de l'Empereur ; l'autre a prouvé que, où l'Empereur n'est pas, tout n'est que désordre et défaillance. Entre les frères et les lieutenants de Napoléon, lutte ouverte : Davout contre Jérôme, Soult et Marmont contre Joseph. Le système familial auquel nul ne croit encore, hormis les frères de Napoléon, et que sembleraient, aux yeux mêmes de celui qui l'inventa, avoir déflnitivement condamné ces deux dernières expériences, vaut le système dynastique que la seule poussée d'un Malet a ébranlé jusque dans ses bases. Pourtant à l'un et à l'autre, l'Empereur va encore accrocher sa fortune et celle de la France, tant est puissant chez lui, qu'on imaginerait supérieur à toute faiblesse humaine, cet esprit de famille dont l'amour paternel dynastique n'est qu'une application et qui tient à sa chair du fait de son atavisme et de son éducation corses.

Avant-propos

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