JOSEPH. — CE QUE PE^■SE NAPOLÉON
aucune importance. Le maréchal Soult s'est trompé, voilà tout. Gomment s'occuperait-il de pareilles niaiseries dans un moment où il est à la tête de oOO.OOO hommes et où « il fait des choses immenses », Aussi bien, les soupçons du duc de Dalmatie ne l'étonnent que faiblement, beaucoup de généraux de IMrmée d'Espagne les partagent et pensent que Joseph préfère l'Espagne à la France ; il sait, lui;, que son frère a le cœur français, mais ceux qui le jugent sur ses discours doivent avoir une autre opinion. Quant au maréchal Soult, c'est la seule tète militaire qu'il y ait en Espagne, il ne peut l'en retirer sans compromettre l'armée ; d'ailleurs, il doit être parfaitement tranquille sur ses opinions, puisqu'il vient d'apprendre, par les journaux anglais, que l'Armée du Midi évacue l'Andalousie et se réunit aux Armées du Centre et d'Aragon. Cette réunion opérée, on sera assez en forces pour prendre l'ofTensive. D'ailleurs, il n'a pas d'ordres à envoyer, il ne sait pas en donner de si loin ; il ne se dissimule pas l'étendue du mal et il regrette plus que jamais que Joseph n'ait pas suivi le conseil qu'il lui avait donné de ne pas retourner en Espagne.
Ces discours qu'il a tenus au colonel Desprez, l'Empereur, en en atténuant la forme, les résume et les précise dans une lettre qu'il écrit le même jour à Clarke. « Vous sentez, lui dit-il, qu'éloigné comme je suis, je ne puis rien faire pour les Armées d'Espagne. Yous devez faire connaître au roi et au duc de Dalmatie le peu de secours qu'ils doivent espérer et com-
bien il est nécessaire, dans leur position, qu'ils se réunissent et diminuent autant que possible les malheurs qu'un mauvais système a causés. » Allant au fait et tablant au pis, il insiste sur ces garnisons imprudemment laissées en arrière qu'on a laissé prendre ; il prévoit l'évacuation de toutes les places de la Catalogne et ordonne de les faire sauter ; il enjoint même à Glarke de faire avancer la cohorte de la Rochelle et d'autres cohortes de l'intérieur pour défendre la frontière qu'elles ne dépasseront pas et s'opposer à toute invasion. Le 5 novembre, de Dorogobouje où il a appris que la frontière des Pyrénées a été insultée par une cinquantaine de brigands, il réitère les ordres pour envoyer là une brigade de cohortes de gardes nationales. Il pressent donc les pires événements et s'inquiète même plus que de raison : le 29 novembre, de Zanivki, rive droite de la Bérésina — dans quel moment ! — il se plaint à Maret de n'avoir pas de nouvelles d'Espagne. Quand, à Molodetchno, le 4 décembre, il en reçoit par le Mo?iiteur, elles sont en parties fausses ; d'une part c'est la glorieuse résistance du château de Burgos, « une belle affaire militaire », mais qui lui semble sans effet sur les opérations générales, d'autre part une défaite prétendue de Hill, « mais cette nouvelle ne mérite aucune croyance ». Pour voir clair sur l'échiquier, pour se renseigner à la fois sur le passé et le présent, il faut être à Paris.
Napoléon y court. Il sera aux Tuileries le 18 décembre à huit heures du soir.