LE PAPE A FONTAINEBLEAU
tion, occupera le logement qu'il a déjà habité et verra les cardinaux qui sont en France.
De Fontainebleau, le saut sera moindre encore que d'Avignon au palais archiépiscopal de Paris. « Tout avait été préparé, a écrit l'Empereur, pour que ce palais fût meublé avec plus de magnificence que les Tuileries. Tout devait y èlre or, argent ou tapisseries des Gobelins retraçant des événements tirés de ITIistoire sainte. Le Sacré Collège, la Dalerie, la Pénitencerie eussent été logés autour de Notre-Dame et dans rile Saint-Louis » et le rêve giganlesque eût été réalisé. L'Empereur « était certain de la réussite, avec du temps et ses grands moyens d'influence, car, à la religion près, il était en mesure de tout exiger des évêques. »
Certes, s'il était victorieux encore et toujours; mais s'il était malheureux? La lulle est désormais engagée, et le clergé qui, depuis le Concordai, quels que fussent ses senlimenls intimes, s'est montré un auxiliaire souvent utile, est devenu un adversaire avec lequel il faudra compter, d'autant plus que, par sa hiérarchie, il forme un Etat dans l'Elat, qu'il semble organisé tout exprès pour transmettre secièlenient et rapidement les nouvelles, les conseils et les injonctions, et que, dès qu'il est détaché de Bonaparte, il retourne fatalement aux Bourbons avec lesquels la Révolution l'a solidarisé en vouant aux mêmes proscriptions les fidèles du Trône et ceux de l'Autel. Dès lors, sous couleur de religion, se noue une vaste conspiration oii les plus ardents royalistes, ceux qui tantôt montre-
ront aux étrangers les routes de Paris et précipiteront la catastrophe de la France, sont agrégés à des conseillers d'Etat de rEmpereur, au premier président de sa Cour impériale de Paris, à des grands vicaires qui hier encore, mendiaient, en attcstantleurdévouement, des sinécures laïques, au haut personnel de l'Université impériale, à des femmes, à des jeunes gens, à la Grande Aumônerie presque entière, au grand aumônier lui-même. Les royalistes, organisant la résistance du clergé, se rendant les intermédiaires entre les cardinaux noirs et les prêtres de Paris, profitent de l'occasion pour constituer, sous prétexte de dévotion, les associations secrètes qui, deux années plus tard, dans le Nord, dans l'Est, et dans le Sud-Ouest — pour ne citer que les points oii leur rôle est avéré — prépareront et accompliront, par l'invasion et le démembrement de la patrie, la restauration des Bourbons.