FESCH EST EXILÉ
contraints de donner leur démission ; des prêtres sont exilés et déportés; des séminaristes sont envoyés à la caserne; les Sulpiciens sont chassés des séminaires; des congrégations sont dissoutes; l'Empereur prépare son terrain et n'y veut plus d'adversaires.
Fesch, malgré l'échec qu'il a reçu et les tempêtes qu'il a essuyées, est resté à Paris et n'a pas cessé de remplir à la Cour son office de grand aumônier. A plusieurs reprises, toujours avec la même maladresse, il a formé ses plaintes. Pour défendre les Sulpiciens dont il se dit l'élève et auxquels il a confié son grand séminaire, il a eu, dit-on, une nouvelle scène très violente avec l'Empereur. Mais ce n'a point été là, semble-t-il, le motif de son éloignement de Paris et de la Cour : bien plutôt la suspension de la négociation, la remise de la note comminatoire, le resserrement de la captivité de Pie YII. C'est le dimanche 1" mars que l'Empereur lui intime l'ordre de rentrer dans son diocèse. Le cardinal n'étant pas parti immédiatement comme Napoléon le croyait, et ayant prolongé son séjour à Paris, des mesures sont prises. Le 19, le ministre de la Police écrit au préfet du Rhône pour interdire, dans la réception de Fesch à Lyon, « tout ce qui serait au delà de ce qui est dû à un cardinal-archevêque ». Le 22, l'Empereur décide que la disposition des fonds de secours de la Grande Aumônerie sera remise à l'archevêque de Matines ; le 23, en présence du prince de Neuchàtel, il renouvelle au cardinal l'ordre de se rendre à Lyon et, le 28, il lui fait signifier par le grand maréchal sa décision du 22, vu. 5
66 NATOLÉON ET SA FAMILF.E
sur quoi, le 9 aviil, Fesch se décide à faire faire la remise des pièces d'administration des fonds de bienfaisance. Ces (laies coïncident exactement avec celle du retour à Paris des évêques de la Délégation (fin de février, commencement de mars).
On a prétendu qu'à la suite d'observations que Fesch aurait faites à TL^mpereur, celui-ci lui aurait dit avec colère : « Je n'ai {)as besoin de vos leçons ; retournez dans votre diocèse, vous n'en sortirez pas avant que je vous le mande. — Oli ! aurait répondu le cardinal, si c'est un ordre dexil que vous entendez me donner, vous vous trompez bien : un évêque n'est jamais exilé au milieu de ses ouailles. » Celte phrase fut vraisemblablement dite, et Fesch la trouva à son g-ré, car, à son arrivée à Lyon, au séminaire qui eut sa première visite, il s'empressa de la répéter aux jeunes gens qui l'entouraient : « On vous dira, Messieurs, que je suis exilé : un évê(|ue n'est point en exil dans son diocèse. » Sans doule, mais il est plus ou moins pressé de s'y rendre et l'archevêque de Lyon n'avait pas été pressé.
Ce n'est là qu'un épisode; en frappant son oncle même, l'Empereur a montré qu'il ne s'arrêtera à aucune considération étrangère et qu'il continue de marcher à son but. Deux mois après l'exil de Fesch, de Dresde, le 21 mai, il expédie au prince Borj^hèse, gouverneur général des départements au delà des Alpes, les ordres nécessaires pour que le Pape soit transféré de Savone au Palais impérial de Fontainebleau, 011 il sera reçu par les évêques de la députa-